[Critique série] WHO IS AMERICA ? – Saison 1

SÉRIES | 12 septembre 2018 | Aucun commentaire
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Titre original : Who Is America ?

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Créateur : Sacha Baron Cohen
Réalisateurs : Sacha Baron Cohen, Payman Benz, Daniel Gray Longino, Dan Mazer, Todd Schulman, Nathan Fielder.
Distribution : Sacha Baron Cohen, Bernie Sanders, Ted Koppel, Dick Cheney, O.J. Simpson…
Genre : Mockumentaire
Diffusion en France : Canal +
Nombre d’épisodes : 7

Le Pitch :
Sacha Baron Cohen interprète ici plusieurs rôles afin de partir à la rencontre de personnages, connus ou non, politiciens ou simples citoyens, dans l’Amérique d’aujourd’hui et ainsi de souligner des aberrations relatives à la politique en vigueur ou plus généralement de brocarder des idées malsaines…

La Critique de la saison 1 de Who Is America ? :

Ce n’est pas la première fois que Sacha Baron Cohen donne dans ce que l’on appelle communément la caméra cachée. Dès ses débuts, l’acteur a développé des personnages qu’il a ensuite peaufiné au cours de multiples « pièges » filmés, allant parfois jusqu’à les emmener au cinéma, à l’instar de Borat ou d’Ali G. En cela, sa série Who Is America ? rappelle les interviews menées jadis par Ali G dans la série Da Ali Go Show (on se souvient des entretiens avec Buzz Aldrin, Donald Trump, Noam Chomsky ou encore David Bekham). Un show qui voit Sacha Baron Cohen aller plus loin qu’il n’a jamais été, en endossant la personnalité de plusieurs personnages plutôt extrêmes dans leur genre, lâchés dans l’Amérique de Trump, au contact de personnalités politiques pour la plupart malsaines et autres citoyens aux idées nauséabondes… Un show absolument incroyable, qui se paye le luxe d’être non seulement le plus drôle jamais produit par l’artiste, mais aussi d’une pertinence percutante à l’heure où les frasques de l’actuel dirigeant du monde libre effarent autant qu’elles effraient…

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Galerie de personnages

Sacha Baron Cohen interprète ici 6 personnages : Billy Wayne Ruddick Jr., un journaliste conspirationniste de droite ; le Dr. Nira Cain-N’Degeocella, un libéral souhaitant réduire la fracture dans l’Amérique moderne à l’aide d’idées progressistes ; Rick Sherman, un ex-taulard britannique en pleine reconversion ; Erran Morad, un expert du contre-terrorisme israélien désireux d’enseigner les meilleures techniques d’attaque et de défense aux Américains ; Gio Monaldo, un extravagant milliardaire italien et OMGWhizzBoyOMG !, un YouTubeur finnois spécialisé dans le déballage de jouets de collection.
Une galerie plutôt bariolée qui donne l’opportunité à Sacha Baron Cohen d’aborder sous divers angles tous les sujets souhaités et de déclencher chez ses interlocuteurs des réactions outrées. Ou au contraire un certain assentiment. Comme avec Erran Morad, l’instructeur israélien qui enseigne comment mieux combattre le terrorisme, dont les interventions valent le détours en cela qu’elles démontrent la bêtise bien crasse de personnages racistes, englués dans leurs propres contradictions. Morad qui ne recule devant rien pour ridiculiser ses interlocuteurs, qu’ils soient célèbres ou non. Et c’est d’ailleurs à la suite d’une interview menée par Erran Morad, que Jack Spencer, un élu républicain de l’état de Georgie, dut se résoudre à démissionner. Ce qui montre à quel point Sacha Baron Cohen est parvenu à pousser le bouchon assez loin pour justement atteindre son but et mettre en défaut des personnages parfois élus sans la moindre impunité, malgré des idées dangereuses et/ou malsaines.

Charge virulente

Même Michael Moore n’était pas allé aussi loin. La prise de risque était énorme pour Cohen, qui, malgré des maquillages outranciers mais très réussis, s’exposait aussi directement dans des situations parfois risquées mais tentant, quasiment à chaque fois, d’aller jusqu’au bout. À tel point que parfois, c’est presque trop. Presque, car jamais finalement Who Is America ? ne perd sa pertinence au profit d’un simple désir de tomber dans l’outrance. Car ici, tout compte fait, les personnages incarnés par Cohen ne font que tendre des perches que les autres s’empressent de saisir pour déverser leur haine et leur débilité. Le résultat étant très souvent affligeant mais aussi très drôle. Oui, Who Is America ? reste une série documentaire comique, à la source de plusieurs fous-rires qui expriment en réalité un profond malaise devant tant d’intolérance, de méchanceté gratuite et d’ignorance.
Et c’est là qu’on touche au but suprême du show. Hilarante, la série brille avant tout par son intelligence et sa capacité à épingler de réels problèmes actuels, relatifs à des questions brûlantes dans un monde bouffé par des conflits intestins dont les ramifications ne font que creuser un peu plus un fossé désormais béant. Sacha Baron Cohen soulignant plus d’une fois que c’est le manque d’éducation qui est souvent à la source du racisme et de tous les autres sentiments haineux. Lui se faisant le déclencheur d’un mécanisme qui ici, va aussi loin que possible.

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Constat sur un monde à la dérive

Qu’il interroge des Républicains ou des Démocrates, qu’il se montre particulièrement incisif envers certains nantis complètement à la ramasse, qu’il surligne les dérives les plus dingues du capitalisme outrancier ou qu’il se pose simplement comme l’observateur de comportements malsains, Sacha Baron Cohen ne recule devant rien. Il faut vraiment le voir pour le croire. Alors bien sûr, certains épisodes sont mieux que d’autres mais tous contiennent plusieurs passages hallucinants. On retiendra notamment l’intervention surréaliste de Dick Cheney, l’ancien vice-Président de George W. Bush, celles de simples citoyens désireux d’apporter leur pierre à l’édifice, armés de leur racisme et de leur haine, à la lutte anti-terroriste, ou encore de l’interview là aussi franchement incroyable d’O.J. Simpson. L’ancien champion de foot U.S. étant confronté à un Cohen déguisé en milliardaire italien qui, de manière pas du tout détournée, tente de le pousser à avouer face caméra le meurtre de son ex-femme. Et si il n’avoue rien, O.J. Simpson, même pas mal à l’aise, ne cesse de se marrer à l’évocation de la mort de celle qui partagea sa vie avant l’affaire qui défraya la chronique dans les années 90.
Un seul regret ? L’absence de l’interview de Sarah Palin, probablement retirée à la suite du scandale que cette dernière fit quand elle apprit que l’homme à laquelle elle s’était confiée étani en fait un comédien désireux de la piéger.
Mais rassurez-vous, car il y a ici largement matière à s’indigner. À rigoler devant le culot de Sacha Baron Cohen, en étant parfaitement conscient que les rires expriment un profond malaise…

En Bref…
Who Is America ? est un authentique tour de force. Dans le genre, personne n’est allé aussi loin et personne ne s’est montré aussi efficace. C’est d’ailleurs la meilleure chose dans laquelle s’est impliqué Sacha Baron Cohen. Un comédien ici en très grande forme, sans cesse surprenant, drôle et malin dans sa façon d’appréhender son sujet. Sur le papier, le concept avait de quoi retenir l’attention. À l’écran, le résultat est dingue…

@ Gilles Rolland

Who-Is-America-Sacha-Baron-Cohen   Crédits photos : Showtime

Par Gilles Rolland le 12 septembre 2018

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