[Critique série] THE CROWN – Saison 4

SÉRIES | 22 décembre 2020 | Aucun commentaire
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Titre original : The Crown

Rating: ★★★★★

Origine : Royaume-Uni/États-Unis

Créateur : Peter Morgan

Réalisateurs : Benjamin Caron, Paul Whittington, Julian Jarrold, Jessica Hobbs.

Distribution : Olivia Colman, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter,Emma Corrin, Gillian Anderson, Charles Dance, Erin Doherty…

Genre : Biopic/Drame/Adaptation

Diffusion en France : Netflix

Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :

Alors que le Royaume-Uni voit l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher, le Prince Charles fait la rencontre de la jeune Diana Spencer. Une femme qu’il ne désire pas, toujours obnubilé qu’il est par Camilla Shand, avec laquelle il entretient une relation cachée. L’héritier du trône qui doit pourtant se plier à la volonté de la Reine qui voit en Diana la parfaite épouse. De quoi un peu plus fragiliser les relations au sein même de Buckingham Palace, qui doit en outre composer avec une crise sociale plus que jamais marquée…

La Critique de la saison 4 de The Crown :

Peter Morgan continue de raconter l’histoire de la famille royale d’Angleterre dans sa série blockbuster portée par Netflix. L’un des titres phares de la plate-forme et à ce jour sa production la plus coûteuse. La plus remarquable aussi probablement tant The Crown n’a jamais failli en 3 saisons, justifiant le moindre de ses choix avec un admirable aplomb et n’ayant jamais eu peur d’affronter de manière pour le moins courageuse le cœur de son sujet. Une tendance encore plus marquée ici, alors que The Crown entreprend de relater la douloureuse histoire de Charles et Diana, sans cesser de s’intéresser aux autres membres de la famille royale… Un nouveau coup de maître.

No love story

Le quatrième acte de The Crown est marqué par deux choses : l’arrivée de Lady Di et celle de Margaret Thatcher. Deux personnages clés ayant fortement marqué l’histoire du Royaume-Uni que Peter Morgan entend ici logiquement placer au centre de son intrigue globale. Au point de délaisser la Reine ? Pas le moins du monde car comme il le souligne avec une diatribe une nouvelle fois parfaitement écrite, la Reine représente ici tout ! Elle est le cœur battant d’une famille soumise à une série de protocoles et de règles parfois difficiles à supporter, mais aussi celui d’une série qui jamais ne l’écarte au profit d’autres protagonistes, exploitant plutôt son aura et sa place centrale pour nourrir ses thématiques.

Cela dit, plusieurs épisodes restent en effet très centralisés sur Diana et Charles tandis que Thatcher, quant à elle, n’est jamais bien loin, faisant, comme Churchill en son temps, la liaison entre le palais et ses intrigues et le monde extérieur. Le premier épisode étant à ce titre remarquable en cela qu’il nous prouve, avec brio, la capacité du show à sans cesse jouer sur plusieurs tableaux pour au final livrer une fresque très complète, fluide et toujours pertinente. Même quand la série se permet, comme depuis le début, de consacrer un épisode entier à Margaret, la sœur de la Reine, magnifiquement campée par Helena Boham-Carter, elle le fait de la plus belle des manières, sans rupture franche. De quoi maintenir non seulement la tension, car tension il y a, mais aussi l’intérêt.

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Derrière la couronne

Il se murmure depuis le début de la série que la Reine et les siens aiment la regarder. Qu’ils la suivent et y prennent un certain plaisir. Cette fois-ci néanmoins, à cause d’un durcissement marqué de la tonalité et d’un revirement plus sévère envers la famille royale, cette dernière s’est sentie obligée d’exprimer son mécontentement par voie de presse. Le tout en expliquant que tous les événements relatés ici n’étaient pas authentiques. Ce à quoi certains acteurs ont répondu qu’ils étaient pour leur part conscients depuis le début de travailler sur une fiction et non un documentaire… Reste qu’il est notable que Peter Morgan a décidé de ne plus prendre de gants. Sans néanmoins cesser d’exprimer, parfois de manière très ténue, son affection envers Elizabeth II. Mais voilà… Il fallait quand même oser attaquer frontalement Charles pour faire de lui une sorte d’antagoniste, alors que son histoire d’amour avec Diana prend l’eau. Même si au fond, le constat se doit d’être nuancé tant l’attitude de Charles envers sa jeune épouse s’explique aussi par le fait que, comme son grand-oncle qui un jour, abdiqua par amour, ce n’est pas lui mais sa positon, qui a provoqué cette situation. Charles qui n’aurait jamais épousé Diana s’il n’avait été qu’un homme comme les autres et non l’héritier de la couronne. Cela dit, The Crown ne se gène pas pour bien écorner l’image de ces têtes couronnées, soulignant parfois la cruauté qui peut découler de leurs actes, la froideur dont certains peuvent être capables ainsi que le caractère immuable d’une institution qui n’a jamais vraiment intégré la nécessité d’évoluer pour subsister dans un monde en perpétuel bouleversement.

Princesse des cœurs

Le destin à bien des égards tragique de Diana est ici particulièrement mis en exergue. Formidablement interprétée par une Emma Corrin plus vraie que nature, touchante à plus d’un titre, Lady Di est l’une des stars incontestables de cette saison. Un personnage important, dont la seule présence permet de nourrir la dynamique d’ensemble, avec un surplus d’émotion parfait pour mettre une nouvelle fois en exergue ce fossé existant entre les Windsor et « les autres ». Une thématique centrale de cette saison qui revient aussi sur l’épisode marquant de cet homme du peuple qui un soir, réussit inexplicablement à s’introduire dans la chambre de la Reine pour s’entretenir avec elle. Margaret Thatcher -incroyable Gillian Anderson- apparaissant aussi comme une prétendante au pouvoir finalement impuissante quand vient le moment de se frotter au protocole ou directement à la figure séculaire de la royauté. Thatcher et Lady Di étant ici un peu considérées semble-t-il comme les deux faces d’une même pièce. Deux « étrangères » introduites auprès du pouvoir et finalement jugées indésirables. Même si Thatcher, contrairement à Lady Di, et c’est normal, est ici décrite sans ambages par un Peter Morgan sans concession. En d’autres termes, on est bien loin du biopic plutôt complaisant avec Meryl Streep.

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Luxe et volupté

Découpant comme son habitude sa narration au fil d’épisodes clés de l’histoire du Royaume-Uni, la série ne cesse de se montrer passionnante. Une grande épopée peuplée de personnages incroyables, magnifiquement interprétés -on ne louera jamais assez le talent d’Oliva Colman- et incroyablement mise en image. Au cœur de décors naturels, entre les murs de fastueux édifices, dans les jardins et autres arrière-courts, parmi la foule, dans la rue ou dans l’intimité de chambres parfois transformées en prisons dorées, The Crown s’impose plus que jamais comme une authentique merveille visuelle. Un show dont l’exigence se lit à travers chaque image, chaque note de sa bande-originale et chaque ligne de dialogue.

En Bref…

Alors qu’il devait négocier un virage délicat, confronté à l’histoire de Lady Di et à celle de Margaret Thatcher, Peter Morgan livre une nouvelle fois une formidable saison, grandiose et passionnante. La saison 4 de The Crown qui, sous l’impulsion d’une Lady Di incroyablement jouée par Emma Corrin, gagne en plus en émotion. Coup de maître. Encore…

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : Netflix
Par Gilles Rolland le 22 décembre 2020

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