[Dossier] On se marre encore avec Les Simpson – Part. 2

DOSSIERS SÉRIES | 12 juin 2012 | 1 commentaire

Retrouvez la première partie ICI !

Sur le web, dire que la série Les Simpson fait toujours marrer aujourd’hui est apparemment un « crime ». Comme si on disait que finalement, ce Staline était un chouette type (c’est une blague), ou que le jeu Minecraft est pourri (c’est une blague). Ou encore si on essayait de déterminer quelle série est la meilleure entre My Little Pony : Les Amies, C’est Magique ou Adventure Time (réponse : c’est Adventure Time. Ce n’est pas une blague).

En tout cas, même si je ne change pas d’avis à propos de mon hypothèse (qui consiste à penser que le désenchantement général avec la série est plus lié aux attentes et aux habitudes des téléspectateurs qu’à une baisse de qualité en général), je suis prêt à affirmer que la série n’est pas ce qu’elle était autrefois.

Notez que j’ai bien choisi mes mots : je n’ai pas dit qu’elle n’est plus aussi bien qu’elle était autrefois, mais que les choses ont changé. Après tout, c’est quoi, au final, Les Simpson ? À vrai dire, la réponse à cette question est plus difficile à trouver qu’il n’y paraît, puisque la série a existé depuis si longtemps en tant que force majeure de la pop-culture, qu’elle représente plus une institution à part entière. Mais à l’origine, jadis, avant, il y a fort longtemps, elle avait une identité assez particulière. Les Simpson était une parodie absurdiste. Mon hypothèse est alors la suivante : la raison pour laquelle Les Simpson semble aussi différente aujourd’hui, est moins dû au fait que la série elle-même a changé, mais que le monde qui l’entoure a changé, au point où presque tout ce qu’elle était censée parodier et satiriser n’existe plus.

Lorsque Les Simpson est apparue pour la première fois sur The Tracy Ullman Show en 1987 sous la forme de courts-métrages d’animation, c’était dans un monde analogue où il n’y avait pas internet, (du moins pas l’internet qu’on connaît aujourd’hui) et une quantité à peine appréciable de programmes télé. À l’époque, la culture populaire américaine était encore dirigée par les mêmes forces basiques qui la dirigeaient depuis les années 1950 : quelques chaînes télé majeures (ABC, CBS, et NBC aux States, la BBC en Angleterre, les ancêtres de TFI et France 2, 3, 4 en France…etc.), une poignée d’affiliés locaux et l’industrie des magazines et des journaux. Même si les sous-cultures et les divertissements de niche existaient (Star Trek ou les comics de super-héros par exemple), il n’y avait tout simplement aucun moyen pour qu’elles aient la même grandeur ni la même autosuffisance qu’elles possèdent dans l’âge numérique de nos jours.

Alors, certes, le visionnage des émissions et des infos dépend des goûts de chacun. Mais même si tout le monde ne regardait pas la même chose, ils étaient tous conscients des mêmes chaînes et des mêmes infos, parce qu’à côté, il ne restait pas grand-chose. Ainsi, lors de l’arrivée des Simpson, une incarnation de caricatures exagérées des familles sitcom habituelles (le papa pittoresque, la maman gentille, un gamin vilain, une gamine intello, le bébé, la famille guest-star, les voisins loufoques, les patrons méchants…), tout le monde savait pourquoi elle faisait rire, immédiatement.

 L’humour de la série était universel : non pas parce qu’elle parodiait les faits du quotidien, mais parce ce qu’elle parodiait les versions du quotidien avec lesquelles les réseaux télé à l’influence monolithique avaient bassiné leurs spectateurs durant les trois dernières décennies. Moi-même j’avais environ dix ans quand j’ai commencé à regarder Les Simpson, bien longtemps après les débuts de la famille jaune. Est-ce que des gosses de mon âge pouvaient s’identifier à ces histoires où le père s’attire des ennuis en dansant avec une strip-teaseuse ? Ou quand la mère a une dépression nerveuse et déboule dans une station thermale pour se détendre ? Ou lorsque le même père devient chef de syndicat ? Bien sûr que non.

Mais j’avais compris la parodie, puisque moi aussi j’avais déjà vu les mêmes histoires apparaître encore et encore dans tous les sitcoms qui passaient à l’antenne. La culture populaire pendant le prétendu « âge d’or » des Simpson était une monoculture. Et Bart, Homer, Marge, Lisa et Maggie étaient les plus grands satiristes de cette culture, surtout aux States. Si l’on sortait une blague sur un feuilleton ou une info récente, presque tout le monde l’aurait pigée.

Et puis tout changea vers la fin des années 1990, une période qui coïncide joliment avec l’époque, et surtout l’endroit, où beaucoup de fans insatisfaits ont commencé à faire entendre leur déception concernant Les Simpson. En affirmant que la série avait perdu son éclat. Lorsque l’accès à « l’autoroute de l’information » fut accordé au public pour la première fois, l’idée était qu’elle serait le catalyseur pour une unification de la culture. À la place, le résultat fut exactement le contraire.

Auparavant, être fan de quelque-chose, adepte d’une mode ou encore partisan d’une activité ou d’un mouvement qui ne faisait pas partie de la culture dominante, n’était pas chose facile. Souvent, on devait compter uniquement sur les goûts des voisins ou les passions des amis. Avec l’avènement d’internet, des fans de n’importe quel aspect de la périphérie culturelle – que ce soit une série télé obscure, un film oublié, un groupe politique marginal – pouvaient se retrouver instantanément.

Si on rajoute le streaming, les réseaux sociaux, les satellites, et une quantité croissante de chaînes télé, il n’existe plus rien dans la culture générale qui soit véritablement partagé par tout le monde. Tout est fragmenté, tout est différent, et on appartient tous à tel ou tel fan club, telle ou telle sous-culture, tel ou tel organisme politique. À part des tragédies comme celle du 11 septembre, quelle autre entité peut-on nommer comme étant « partagée » par tous les consommateurs de médias ?

Finalement, tout ceci n’est pas forcément une mauvaise chose. La spécificité des téléspectateurs a permis à des émissions de niche et des genres particuliers de s’épanouir. Des séries comme Game of Thrones, Dexter ou Spartacus n’auraient certainement pas tenu le coup dans un univers télévisuel non-fragmenté, par exemple. Mais une telle transformation laisse une série comme Les Simpson (qui fut justement conçue pour parodier ouvertement le télé-visionnage collectif et la perception de la vie quotidienne d’un public de masse) un peu perdue, sans grande fondation, ni base réelle sur laquelle s’appuyer.

Les personnages et leur univers étaient des « Monsieur-Tout-Le-Monde », à la personnalité intentionnellement large et vague pour correspondre à toutes les situations. Tous les pères, toutes les mères, tous les fils, toutes les filles, tous les enfants…etc. Mais la culture générale d’aujourd’hui ne produit plus grand-chose qui peut correspondre à tout, et encore moins des « Monsieur Tout-Le-Monde ».

Alors que peuvent faire des personnages aussi vagues, si ce n’est cesser d’être des caricatures exagérées du monde qui les entoure et de devenir des caricatures exagérées d’eux-mêmes ? Et si personnellement je ne pense pas que c’est un fait catastrophique, ça les a tout de même rendus moins créatifs et moins identifiables.

Cela étant dit, à condition que Les Simpson garde ses voix de personnages à présent légendaires et qu’elle continue à attirer de bons scénaristes, je pense qu’elle restera l’une des meilleures séries à l’antenne. Tout dépend à présent si elle veut y rester encore longtemps ou pas.

Et puisque je n’ai pas vraiment un Top 10 de mes épisodes favoris en tête, le moins que je puisse faire c’est de proposer une poignée d’épisodes qui valent la peine d’être vus : Homer dans l’espace, Tous à la manif, L’Ennemi d’Homer, Lac Terreur, Homer la Foudre, 22 court-métrages sur Springfield, Le Monorail, Homer le Grand, Le Mariage de Lisa, Aide-toi, le ciel t’aidera, Grève à la centrale, Le Hockey qui tue, Le Sang, c’est de l’argent, Qui a tiré sur Mr. Burns ?, Rosebud, La Mère d’Homer, tous les épisodes Horror Show et 24 minutes.

@ Daniel Rawnsley

Par Daniel Rawnsley le 12 juin 2012

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Cléo
8 années il y a

J’avais tendance a penser que la qualité de la série avait baissé, comme beaucoup de monde. Mais en revisionnant les vieux épisode, je n’ai pas trouvé de grandes differences de style (peut être un peut sur les sujets traités), aussi j’en avais conclu que c’était en grandissant que le gout de cette série m’avais quitté. Cependant, je trouve votre analyse très pertinente, et elle est bien défendue. Et s’il est vrai qu’internet a permis a d’autres cultures de s’exprimer (les cultures dites geek, ce qui du coup sont devenu plus vastes et donc ce qui a fait perdre du sens a ce nom), il est néanmoins vrai qu’internet crée également des monuments, comme les Simpson, et ils sont egalement très mono culture dans le sens ou tout le monde doit les partager sous peine de réactions plus ou moins agressive (en référence au c’est une blague, du début d’article), cependant, je pense qu’il y a toujours des archetypes, et que, peut être qu’en rendant leurs personnages plus spécifiques dans leur caractères, plus définis,et en parodiant les nouvelles cultures comme elle l’a fait avec l’ancienne la série arrivera a se relancer pleinement.

votre affirmation comme quoi ce sont les archetypes de la télé qui sont critiqués me rappel de nombreux episodes, ou des passages visent particulièrement la fox, qui héberge le programme: analyses simplistes (fox news, c’est l’info mâché pour le débile de base qui veut pas avoir a réfléchir,et avec une vision de la géographie très américaine), faux bandeaux de pub, etc… néanmoins, la critique du monde geek existait aussi (au travers du gros vendeur de BD, apparu assez tôt). De manière générale, c’est la société americaine qui est critiquée, parfois de façon explicite, comme dans l’épisode ou les Simpson doivent aller jusqu’au canada pour trouver des médicaments qu’ils assimilent a des produits de consommation courante, mais egalement beaucoup de passages ou des allusions très brèves que l’on peut facilement louper, et sans lesquels on peut trouver les Simpson gamins et simplistes, alors qu’en fait ils sont tellement subtiles que certains ne le voit pas.