[Critique série] DRACULA

SÉRIES | 19 janvier 2020 | Aucun commentaire
Dracula-Netflix-poster

Titre original : Dracula

Rating: ★★☆☆☆

Original : Grande-Bretagne

Créateurs : Steven Moffat, Mark Gatiss

Réalisateurs : Jonny Campbell, Damon Thomas, Paul McGuigan.

Distribution : Claes Bang, Dolly Wells, John Heffernan, Morfydd Clark, Joanna Scanlan, Mark Gatiss, Lydia West, Matthew Beard…

Genre : Horreur/Épouvante/Adaptation

Diffusion en France : Netflix

Nombre d’épisodes : 3

Le Pitch :

En Transylvanie, le Comte Dracula reçoit Jonathan Harker, un clerc de notaire, afin de finaliser l’achat d’une abbaye londonienne. Le jeune Anglais qui ne tarde pas à s’apercevoir que son hôte n’est pas un homme comme les autres. Devenu l’otage d’une créature de la nuit assoiffée de sang, Harker va tenter le tout pour le tout afin de s’échapper…

La Critique de Dracula :

L’arrivée des deux créateurs de la série Sherlock aux commandes d’une nouvelle adaptation de Dracula, le chef-d’œuvre de Bram Stoker a d’emblée pris la forme d’une belle promesse. Il suffisait de voir ce que les deux hommes avaient réussi à accomplir avec Sherlock, leur brillante relecture des écrits d’Arthur Conan Doyle pour imaginer ce qu’ils pourraient faire avec le roi des vampires. Surtout qu’en l’occurrence, le format choisi, une mini-série de 3 épisodes de 90 minutes, pouvait largement leur permettre de prendre leur temps et ainsi de totalement s’approprier ce classique de la littérature. Malheureusement, car autant le dire tout de suite, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur des espoirs et le célèbre vampire de se retrouver au centre d’une histoire repensée d’une façon on ne peut plus maladroite…

Dracula-Dolly-Wells

Bon pour le comte

L’idée de totalement revoir le Dracula de Stoker est partie d’une blague entre Moffat et Gatiss sur le tournage de Sherlock. Un détail qui en fait n’en est pas vraiment un tant c’est un peu à cela que ressemble leur mini-série : à une blague. Pas de prime abord, mais dans sa globalité. Dès le milieu du second épisode à vrai dire quand, après avoir tâtonné et souvent échoué à imposer des idées certes audacieuses (pour la plupart) mais terriblement bancales, la série se complaît dans une sorte de décalage bordélique. Le tout en enchaînant les scènes tantôt ridicules et tantôt anecdotiques. Dracula 2020 qui débute pourtant plutôt bien, si tant est que l’on adhère à la vision du personnage principal livrée par son interprète Claes Bang. Un acteur pas toujours à la hauteur, plus à l’aise dans le cabotinage, qui manque aussi parfois de charisme pour vraiment incarner la figure légendaire. En gros, ce n’est pas Christopher Lee ou Gary Oldman. Loin de là.

Dracula-cast-BBC

Dracula qui commence donc plutôt bien, calquant ses 30 premières minutes (à peu près) sur le roman de Stoker. Harker arrive chez le comte, celui-ci dévoile vite son jeu, Harker se sent piégé, etc… Après, Moffat et Gatiss s’échappent et proposent leur version de l’histoire. La démarche est louable, car originale, mais le résultat peine à convaincre. Y compris dans l’horreur, souvent frontale, car Dracula sait être gore et perturbant, tant tout ici nous est servi avec une distance un peu malvenue empêchant l’émergence de la peur ou d’une quelconque empathie envers les personnages. S’il parvient tout de même à s’imposer au cours de scènes plutôt efficaces, Dracula incarne surtout au final le manque de sérieux de toute l’entreprise. Mofatt et Gatiss s’amusant visiblement beaucoup mais oubliant bien trop régulièrement de faire preuve de cohérence dans leur approche du mythe.

Dracula, Dracu pas là

Après un premier épisode plutôt sympathique, visuellement poussé, bénéficiant de sublimes décors (on retrouve d’ailleurs le château dans lequel fut tourné le Nosferatu de Murnau), Dracula commence à s’enfoncer dans des sables mouvants dont il ne ressortira jamais au cours du deuxième épisode, qui raconte la traversé du Demeter, le navire dans lequel le Comte a embarqué, direction l’Angleterre. Sorte de Whodunit à la ramasse peuplé de personnages dont on se fout très vite, ce deuxième chapitre parvient néanmoins à se terminer de manière à nous donner envie d’aller jusqu’au bout. Et puis vient la conclusion, avec son enfilade de choix hasardeux et de concepts en carton. Un dernier acte franchement ridicule, durant lequel les deux showrunners font les petits malins sans jamais arriver à convaincre, achevant par exemple de faire de leur Dracula une sorte de vieux beau transparent tellement en décalage qu’il en devient risible. Le pire étant que même sur un plan purement visuel c’est le naufrage, avec notamment des incrustations numériques dégueulasses. Autant dire que la douche est plutôt froide, Dracula étant à peu près aussi raté que Sherlock était réussi. Tout ce que Mofatt et Gatiss ont accompli avec le détective tombe à l’eau avec Dracula : le second degré, l’humour, l’audace visuelle… Le lifting raté que les deux compères font subir au plus fameux des vampires étant d’autant plus regrettable que celui-ci n’a jamais vraiment été épargné ces dernières années au cinéma. Un pieu de plus dans le palpitant ! Une agonie de 3h30 à peine éclairée de quelques moments notables, qui s’achève de plus assez brutalement, dans le mur, au terme d’un dénouement plutôt crétin. Dommage. Et sinon elle arrive bientôt la nouvelle saison de Sherlock ?

En Bref…

On peut certes saluer la prise de risque et les quelques fulgurances plastiques mais c’est bien tout. Le Dracula de Mofatt et Gatiss s’apparentant à une remise à jour de mauvais goût, et qui plus est souvent ridicule. Une interminable relecture dont la seule véritable qualité est de nous pousser à revoir encore et encore le Dracula de Francis Ford Copolla ou les classiques avec Christopher Lee. Une relecture plus opportuniste qu’elle n’en a l’air, à destination d’un public de Millennials qui n’a ni la saveur de ces classiques, ni l’audace, ni la classe.

@ Gilles Rolland

Dracula-Claes-Bang
Crédits photos : Netflix/BBC
Par Gilles Rolland le 19 janvier 2020

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