[Critique] ROCKY 5

STARVIDEOCLUB | 8 janvier 2016 | 1 commentaire
Rocky-V-Poster

Titre original : Rocky V

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : John G. Avildsen
Distribution : Sylvester Stallone, Sage Stallone, Talie Shire, Burt Young, Burgess Meredith, Richard Gant, Tommy Morrison…
Genre : Drame/Suite/Saga
Date de sortie : 19 décembre 1990

Le Pitch :
Sévèrement traumatisé par son combat avec Yvan Drago, Rocky est de retour chez lui. Forcé de prendre sa retraite suite à la découverte de séquelles irréversibles dues à ses nombreux combats, il doit aussi faire face à de graves problèmes financiers, résultant des malversations de son comptable. Ruiné, il s’installe avec sa famille dans son ancien quartier et décide de reprendre les rennes du club que son entraîneur Mickey lui a légué à sa mort. C’est alors que Tommy, un jeune boxeur, lui demande de devenir son coach…

La Critique :
Et voici le mal-aimé. Celui qu’une grande majorité qualifie de maillon faible de la saga. Un constat plutôt étrange si on considère que ce cinquième volet est celui qui renoue avec l’ambiance des deux premiers épisodes, après le tumulte de Rocky 3 et de Rocky 4. Alors pourquoi Rocky 5 n’a jamais vraiment eu les faveurs du public ? Tentative d’explication et de réhabilitation…

Rocky-V-Sylvester-Stallone-Sage-Stallone

L’un des arguments récurents consiste à pointer du doigt l’absence de combats de boxe sur un ring. En effet, si on fait exception des extraits durant lesquels le poulain de Balboa, le bien nommé Tommy Gunn, met des pêches à ses adversaires afin d’accéder au titre autrefois détenu par son coach, le film ne s’attarde pas vraiment sur la boxe à proprement parler. Pour certains fans, le seul combat auquel prend part Stallone, tout à fait à la fin, est également une sorte d’infamie, car il combat dans la rue, comme un vulgaire loubard, sans gants ou arbitre. Une baston pourtant parfaitement placée, qui offre un puissant climax à l’histoire de Rocky et de Tommy, quand ce dernier décide de se retourner contre son maître afin de violemment s’affranchir de son ombre. « Je veux qu’on me respecte ! » lance Tommy à Rocky, qui lui répond « Ça se mérite », avant de le corriger en y mettant les formes. Le tout étant parti d’une patate envoyée par Tommy au pauvre Paulie, dans le bar miteux des débuts, où Rocky et son beau-frère jouaient peinards au flipper la tête hantée par des souvenirs de jours meilleurs.
En effet, Rocky V ne voit pas Stallone monter sur le ring et on peut imaginer, qu’après les tonitruants troisième et quatrième épisodes, le choc pour les fans dut être un peu violent. Mais ce serait oublier les fondements de la saga que de reprocher à ce nouveau chapitre de s’attarder sur les états d’âme de son personnage principal. Ce qui équivaut également à reprocher à Stallone de prendre en compte l’âge de son alter-ego ainsi que sa santé déclinante après des années à recevoir des torgnoles de la part de ses divers adversaires.

Stallone revient vers Rocky, juste après avoir emballé Tango & Cash avec Kurt Russell. Paradoxalement, alors qu’il représentait jusqu’ici une valeur sûre, Balboa ne permet pas à l’acteur/réalisateur, et ce pour la première fois, d’attirer le public en masse. Pire, car ce cinquième long-métrage marque le début d’une traversée du désert durant laquelle Sly va s’essayer sans succès à la franche comédie (Arrête ou ma mère va tirer et L’Embrouille est dans le sac) sans convaincre une majeure partie de son audience, avant d’opérer un flamboyant come-back trois ans plus tard avec le succès Cliffhanger. Attendu au tournant, Rocky 5 a, au final, eu une curieuse résonance ironique dans la carrière de Stallone. Racontant la chute de Rocky, après une banqueroute financière, et son retour dans les rues de Philadelphie où il galérait jadis, il a pour ainsi dire ébranlé les fondations sur lesquelles le comédien s’était toujours reposé, jusqu’à le faire douter. Désireux ne de plus être seulement cet action man ayant marqué de son empreinte la décennie précédente, l’Étalon Italien a tenté un retour aux sources et fut incompris.
À l’époque, et encore plus aujourd’hui, où le film n’a pas vraiment été réhabilité, la mauvaise appréciation semble assez injuste. À vrai dire, à bien y regarder, Rocky 5 ne souffre véritablement que d’un seul défaut majeur, d’ailleurs déjà présent dans les deux derniers volets, à savoir sa chronologie un peu brouillonne. Un défaut visible à travers l’évolution du fils du personnage, qui grandit à vue d’œil entre le 3 et 4 et encore plus entre le 4 et 5 alors qu’aucune ellipse ne sépare les longs-métrages. Malgré tout, cela peut s’expliquer par la volonté de Stallone d’offrir le rôle à Sage Stallone son propre fils, à l’époque plus âgé que le fils de Rocky (qui est né dans le deuxième épisode on le rappelle).
Pour le reste, vraiment pas de quoi crier au scandale, bien au contraire. Oui, Tommy Morrison, le véritable boxeur embauché pour tenir le rôle de Tommy Gunn ne joue pas toujours très juste, mais pour le reste, Stallone a vraiment retrouvé l’essence des premiers films. En imposant à Balboa une nouvelle épreuve, il l’a fait descendre de son piédestal et par ce biais lui a permis de livrer une pertinente réflexion sur la célébrité et son caractère éphémère. Rocky 5 livrant également une critique acerbe du monde de la boxe, à travers le personnage de George Washington Duke, chez lequel il est évident de voir une parodie plutôt fidèle du célèbre Don King, l’un des requins les plus fameux de la boxe américaine.

Toujours très sincère, Sylvester Stallone met ses tripes à découvert dans Rocky 5. Certes, la transition est un peu brusque, mais au final, plutôt réaliste. À la barre, John G. Avildsen, le réalisateur du premier film, rappelé par Stallone toujours dans un soucis de retrouver l’essence profonde du personnage, fait un travail d’une sobriété exemplaire. L’émotion est bel et bien au rendez-vous, et la candeur de Rocky, à laquelle vient s’ajouter l’expérience du champion vieillissant, enchaîné par un mal inhérent aux coups reçus sur le ring, confère à l’ensemble une dramaturgie non négligeable. Ainsi, certaines scènes mettent vraiment dans le mille, comme ce flash-back durant lequel Mickey, alias Burgess Meredith passe une tête, ou encore quand Adrian ouvre les yeux de son mari sur une réalité à laquelle il se refuse.
Finalement, ce qui apparaît avec l’honnêteté la plus totale, soit cette naïveté propre au protagoniste, a poussé le public à lui tourner le dos. Rocky 5 n’est pas parfait c’est certain, mais l’émotion à fleur de peau qui s’en dégage, change tout et permet même carrément de comprendre les petits défauts qui émaillent le spectacle. Il s’agit du film d’un homme lucide quant à sa propre condition, qui comme toujours, a tenu à faire de son principal personnage le reflet de ses sentiments, sans peut-être trop parvenir à tout canaliser pour lui conférer une forme moins brouillonne. Ce qu’il accomplira avec une flamboyance rare des années plus tard avec le sixième film.
En l’état pourtant, Rocky 5 est une œuvre vraie. Un spectacle âpre et touchant, qui mérite plus que toutes les critiques négatives qu’il s’est reçu en plein dans les dents. Un retour aux sources dénué de cynisme qui s’achève en outre sur un générique en forme de rétrospective, sur lequel le morceau The Measure of a Man d’Elton John, pose des mots d’une justesse rare et pour le coup, complètement en adéquation avec les thématiques de toute la saga.

@ Gilles Rolland

Rocky-V-Sylvester-Stallone-Tommy-Morrison  Crédits photos : UIP

Par Gilles Rolland le 8 janvier 2016

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[…] fils (tout comme Stallone avec son regretté fils Sage qui jouait justement son « rôle » dans Rocky V), leur conversation dans ce 6ème film vaut toutes les leçons de vie. Alors qu’on croit que […]