[Critique] CONAN LE BARBARE

STARVIDEOCLUB | 17 décembre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Conan the Barbarian

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : John Milius
Distribution : Arnold Schwarzenegger, James Earl Jones, Sandahl Bergman, Gerry Lopez, Mako, Max von Sydow, Ben Davidson, William Smith, Jorge Sanz, Cassandra Gaviola, Valérie Quennessen, Donald Gibb, Sven-Ole Thorsen…
Genre : Aventure/Action/Fantastique/Adaptation
Date de sortie : 7 avril 1982

Le Pitch :
Alors qu’il est encore un jeune enfant, Conan assiste impuissant au meurtre de ses parents par le sauvage Thulsa Doom. Réduit en esclavage, Conan se retrouve enchainé à la Roue de la douleur, qu’il pousse inlassablement durant de nombreuses années. Une fois adulte, Conan est acheté par un homme qui l’entraine au combat, où il excelle, grâce notamment à sa force physique. C’est une fois qu’il arrive enfin à retrouver sa liberté, que le barbare assoiffé de vengeance, se met en quête de retrouver Thulsa Doom…

La Critique :
Qui mieux que le réalisateur John Milius pouvait arriver à monter de façon crédible et jusqu’au-boutiste les aventures de Conan le Cimmérien, barbare culte de la littérature fantastique, imaginé par Robert E. Howard ? Un cinéaste qui profita de l’occasion pour insuffler à cette super-production une large partie de ses thématiques fétiches, notamment celles qui se rattachent au culte que l’auteur voue au philosophe Nietzsche. La célèbre citation « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort » est d’ailleurs visible en début de film et donne remarquablement le ton de ce qui va suivre. Arnold Schwarzenegger, qui débute alors dans le cinéma, raconte que Milius lui a décrit ses intentions à propos de Conan en des termes peu équivoques : « Ce sera un bon divertissement païen, d’abord et avant tout une histoire d’amour, une aventure où il passe de grandes choses. Ce sera barbare, je ne retiendrai pas mes coups. »
John Milius est en effet un homme passionné et extrême. Il inspira d’ailleurs aux Frères Coen le personnage de Walter Sobchak dans The Big Leboswski, c’est dire. Se décrivant lui-même comme un anarchiste zen, et précisant être tellement à droite que le statut de républicain est trop étriqué pour lui. Scénariste à succès, Milius a écrit Apocalypse Now avec Coppola, et est notamment l’auteur de la célèbre réplique de Robert Duvall au sujet du napalm et de son odeur au petit matin. Aussi admiré que craint par ses congénères, Milius est un sauvage. Un génie furax en permanence, fasciné par les grands conquérants, par les motos, la violence et amateur de barreaux de chaises. Bien que considéré par beaucoup comme un malade mental incontrôlable, c’est le type qui s’impose comme l’homme de la situation pour donner corps de façon crédible à Conan et son caractère atypique et borderline n’est bien entendu pas étranger à la qualité du film et à son aura, qui encore aujourd’hui, continue de fasciner et de conquérir de nombreux admirateurs.

Car Conan le Barbare est sans aucun doute le meilleur et plus grand film du genre, dans la catégorie adulte (La trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson contenant plusieurs éléments susceptibles d’accrocher une audience plus large). À mi-chemin entre l’heroïc-fantasy, via la présence d’une créature fantastique (le serpent géant), des compétences de Thulsa Doom et d’éléments comme la sorcellerie et l’aventure pure et dure, Conan n’est pas un spectacle grand public. Effectivement, Milius n’a pas retenu ses coups et quand ses personnages se mettent sur la tronche, le sang gicle avec une fureur galvanisante. Aujourd’hui encore, et à plus forte raison après l’atroce Conan de Marcus Nispel, le long-métrage de John Milius fait office de meilleure et de plus pure expression du mythe barbare, dans toute sa splendeur exutoire.
D’autant plus que sur le coup, le film bénéficie d’une réunion extraordinaire de talents, tel que Basil Poledouris, et sa musique fantastiquement appropriée et pleine d’un souffle dévastateur, ou encore Oliver Stone qui co-signe le scénario avec Milius. Tous contribuent à bâtir une œuvre aux proportions dantesques, âpre et rugueuse à souhait, soutenue par l’incroyable charisme d’Arnold Schwarzenegger.

Schwarzenegger, à presque 35 ans, débute dans le cinéma, après le documentaire remarqué Pumping Iron ou encore le navet Hercule à New York et se sent investi d’une mission quasi-sacrée. Loin de partager toutes les idées de John Milius, l’athlète se sent néanmoins proche de cet esprit conquérant, lui-même étant en pleine ascension, après ses nombreuses victoires en body-building. Bien décidé à devenir un acteur incontournable, Arnold trouve chez Conan de nombreuses résonances, ainsi qu’une manière tapageuse et spectaculaire à souhait pour rentrer de plein fouet dans l’industrie du septième-art. Pour une fois, son physique n’est pas un obstacle, mais bel et bien un avantage. De plus, comme Conan parle peu, l’accent autrichien d’Arnold n’est pas un problème. Tout va bien pour l’acteur qui, libéré de ses entraves et poussé par la vision de son réalisateur, a les coudées libre pour donner un maximum de substance à son personnage.
Certes bien servi par des artisans investis, Schwarzenegger livre une performance définitive, entre rage non contenue, ironie et lyrisme brut. Déjà porté sur l’humour, Arnold donne de la nuance à Conan. Son intensité saute aux yeux, de sa première apparition, quand il pousse cette gigantesque roue, au plan final, qui le voit assis sur un trône, l’air songeur.
Rappelant étrangement les performances des films muets, lors d’une première partie dénuée de dialogues (il parle la première fois pour répondre à la question « Qui a-t-il de meilleur dans la vie ? », par la réplique culte, « Détruire ses ennemis, les voir mourir devant soi, et entendre les lamentations de leurs femmes), et annonçant une carrière où l’action se taillera la part du lion, Arnold est parfaitement à sa place, bestial au possible.

Porté par des sentiments puissants, tels que l’amour, l’amitié ou la vengeance, Conan le Barbare est de ces films que l’on oublie pas. Ne souffrant d’aucune concession, il découle de la somme des compétences et de l’inspiration de ses créateurs. Que l’on parle de Poledouris, de Schwarzenegger ou de Milius. Et cela vaut aussi pour les seconds rôles, avec, en tête de liste, la sculpturale Sandahl Bergman, qui interprète le grand amour de Conan, le génial Mako (dans le rôle du magicien), ou encore le surfeur réputé Gerry Lopez, qui impose un charisme évident dans le rôle du voleur et archer Subotai. Sans oublier bien évidemment les deux « grands », Max von Sydow et surtout James Earl Jones, qui veillent au grain, dans des performances shakespeariennes jubilatoires.

Traversé d’images iconiques, de répliques monumentales et de moments de bravoure extraordinaires, Conan le Barbare est un authentique chef-d’œuvre.
Destiné à lancer une franchise qui sera mise à terre par la gaudriole (mais néanmoins tout à fait regardable) Conan le Destructeur, plus proche des Ewoks que de son prédécesseur, ce pamphlet pugnace dévaste tout sur son passage, traversant les ages en gagnant toujours un peu plus de prestige. Il dépeint une époque où seuls les plus forts avaient le droit de cité et illustre une école de cinéma où la compromission n’était pas une option. Burné, racé, passionnant, poétique, gore et fascinant, Conan le Barbare éveille les sens et file la chair de poule, à la première comme à la vingtième vision. Inoxydable, ce classique ne souffre d’aucun défaut majeur, offrant un spectacle total par la force de ses idées et de ses images pleines de souffle.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Universal Pictures

Par Gilles Rolland le 17 décembre 2012

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