[Critique] L’AUTRE

STARVIDEOCLUB | 26 septembre 2016 | Aucun commentaire

Titre original : The Other

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Robert Mulligan
Distribution : Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvarnoky, Martin Udvarnoky, Victor French, John Ritter…
Genre : Drame/Épouvante/Adaptation
Date de sortie : 23 mai 1972 (USA)

Le Pitch :
En 1935, dans une ferme du Connecticut, Niles et Holland, deux jumeaux d’une dizaine d’années, coulent des jours heureux. Des enfants qui se ressemblent donc comme deux gouttes d’eau mais dont le caractère diffère. Alors que Niles est aimant et compatissant, Holland semble davantage porté sur une malveillance qui ne manque pas d’inquiéter son entourage. Ada, la grand-mère des frères, n’est d’ailleurs pas indifférente à la mauvaise influence de Holland. Quand une série de tragédies frappe brutalement la famille, Ada décide d’essayer de réparer des erreurs passées dont les conséquences dramatiques semblent être à l’origine de tout…

La Critique :
Seuls quelques cinéphiles se souvenaient de ce film oublié de l’Histoire avant que Wild Side ne se décide à lui offrir une réédition à la hauteur de sa réputation. Car même si il n’est pas aussi populaire que L’Exorciste, La Maison du Diable, ou Rosemary’s Baby, L’Autre est bel et bien une œuvre culte qui influença bon nombre de cinéastes. Quentin Tarantino et Sam Raimi par exemple ne tarissent pas d’éloge à son sujet, soulignant sa propension à dispenser une peur insidieuse, dont la recette semble aujourd’hui oubliée (ou ignorée c’est au choix). Même James Wan, qui ne fait pourtant pas partie de la même génération place le long-métrage de Robert Mulligan dans son panthéon. Autant de louanges ne sont que rarement le fruit du hasard. Surtout qu’ici, aucune motivation mercantile derrière de tels propos. Quel autre intérêt auraient ces illustres cinéastes à réhabiliter un film si ce n’est justement pour le faire découvrir à leur fans ?

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On ne retrouve pas d’acteurs vraiment connus au générique de L’Autre. Les deux gamins qui interprètent les jumeaux n’ont rien fait de plus et Uta Hagen, si elle reste célèbre pour avoir joué dans Ces Garçons qui venaient du Brésil et dans Le Mystère von Bülow, n’est pas ce qu’on appeler une superstar. Seuls les regrettés John Ritter et Victor French, le fameux Mr. Edwards de La Petite Maison dans la Prairie ont pour ainsi dire marqué les esprits de leurs fans, qui ont suivi leur carrière à la télévision ou au cinéma. Mais au fond, ce n’est pas important. Ici, ce qui compte c’est l’histoire et la façon dont Robert Mulligan a de la mettre en scène, sans artifices, mais armé d’un talent hors-norme quand il s’agit d’instaurer une atmosphère oppressante, bien plus traumatisante que n’importe quelle gerbe de sang.
L’Autre n’a alors rien d’opportuniste. Si il appartient immanquablement à la catégorie horrifique/épouvante, il n’en épouse pas non plus tous les codes, préférant offrir aux spectateurs une partition plus douceâtre. À la manière de Roman Polansky qui avec Rosemary’s Baby redéfinissait d’une certain façon quelques-uns des codes les plus fameux du cinéma d’épouvante, L’Autre s’impose comme une lente mélopée funeste dont les images demeurent longtemps après la fin du générique.

Le scénario, adapté par Tom Tryon d’après son roman Le Visage de l’autre, s’articule autour de deux jumeaux d’une dizaine d’années. Des enfants garants d’un pouvoir dont les démonstrations prennent davantage la forme d’un avertissement que d’une bénédiction. Fable sur le deuil, le film tourne bien sûr également autour de la relation particulière qui unit deux jumeaux. Relation qu’il utilise pour amplifier l’inquiétude sous-jacente que le spectateur ne peut que partager avec le personnage de la grand-mère, sorte d’observatrice active de la destruction presque programmée d’une famille autrefois heureuse. Si L’Autre rappelle d’une certaine façon La Malédiction de Richard Donner, il n’adopte pas pour autant le même schéma. Sorti 4 ans plus tard, La Malédiction a pour sa part probablement été inspiré par le film de Mulligan, sans lui non plus opter pour une simple remise à jour. Cela dit, une chose est sûre. Les deux œuvres font partie des fondements du cinéma d’horreur faisant intervenir des enfants maléfiques. Ce sont un peu les deux facettes d’une même pièce. Et dans les deux cas, la peur est au rendez-vous.

Voir ou revoir L’Autre aujourd’hui équivaut à prendre conscience de son importance dans le développement d’un cinéma de genre pas encore porté sur les démonstrations de force. On évolue ici dans quelque chose de plus psychologique. Robert Mulligan y détruit consciencieusement, sans aucune forme de pitié, des repères auxquels il est facile de se raccrocher. L’Autre raconte la perte de l’innocence et n’épargne rien à ses personnages. Quand nous faisons connaissance avec eux, le ver est déjà dans la pomme et la suite n’est qu’une descente aux enfers, dont les proportions, bien que traitées à l’écran avec une mesure exemplaire qui pourra peut-être rebuter les amateurs de gore habitués aux productions modernes, ne pourra qu’impressionner les autres. Si L’Autre a autant marqué ceux qui l’ont découvert à sa sortie, c’est justement parce qu’il s’adresse à quelque chose que nous partageons tous. C’est parce qu’il détruit des symboles et qu’il reste d’une certaine façon réaliste. Y compris quand le fantastique intervient, car ici, tout n’est qu’affaire de dosage.
C’est là qu’on pense à Stephen King, avec lequel le scénariste Tom Tryon partage cette capacité à faire intervenir l’horreur dans le quotidien. L’environnement rural alors si paisible renforçant l’horreur sous-jacente, tout comme les interprétations habitées des comédiens, les jumeaux Udvarnoky en tête. Une horreur dont la sublime partition de Jerry Goldsmith et la photographie de Robert Sturhees se font les brillants vecteurs.

En Bref…
Perle méconnue du cinéma d’épouvante, L’Autre est un classique à réhabiliter absolument. Un film fondateur dont la puissance n’a en rien été émoussée par le passage des années et qui prend à cœur de véritablement offrir la peur, la vraie, au spectateur.

@ Gilles Rolland

lautre-the-other-robert-mulligan-1972  Crédits photos : Wild Side

Par Gilles Rolland le 26 septembre 2016

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