[Critique] L’ÉVADÉ D’ALCATRAZ

STARVIDEOCLUB | 17 juin 2016 | Aucun commentaire
L_Evade_d_Alcatraz

Titre original : Escape From Alcatraz

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Don Siegel
Distribution : Clint Eastwood, Patrick McGoohan, Roberts Blossom, Fred Yard, Larry Hankin, Jack Thibeau, Bruce M. Fischer…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Date de sortie : 31 octobre 1979

Le Pitch :
Frank Morris arrive à Alcatraz précédé d’une réputation de professionnel de l’évasion. Le directeur, qui se gausse de régner sur un pénitencier duquel il est impossible de s’évader, prend un malin plaisir à surveiller de près Morris, qui pourtant, va rapidement échafauder un plan pour se faire la belle. Histoire vraie…

La Critique :
Le récit de l’évasion audacieuse de Frank Morris, le seul homme qui réussit à vaincre la sécurité de la prison d’Alcatraz (qui ferma d’ailleurs peu de temps après), fut la dernière étape de la fructueuse collaboration du réalisateur Don Siegel et de Clint Eastwood. Un metteur en scène qui a par ailleurs offert à la légende d’Hollywood l’un de ses rôles les plus emblématiques, à savoir l’Inspecteur Harry dans le film du même nom, et qui marqua son époque grâce à des films qui contribuèrent à définir les contours de ce qui est vite devenu un style à part entière. L’image que Clint Eastwood a souvent renvoyée au cinéma est ainsi largement imputable à Don Siegel. Une image qu’il incarne une nouvelle fois dans L’Évadé d’Alcatraz, où comment adapter les codes propres au film carcéral à ceux de ce que l’on pourrait appeler le « Clint Eastwood movie ». Des œuvres où le héros en a dans le ventre.

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Il est rapidement clair que L’Évadé d’Alcatraz ne jouera pas sur le même registre que Papillon, pour citer l’un des films les plus célèbres. Ici, on se situerait plutôt dans le sillage de Luke la Main Froide, avec Paul Newman. Frank Morris, qui a d’ailleurs existé, est un mec, un vrai. De ceux qui faisaient la pluie et le beau temps dans le cinéma américain dans les années 70, avant que la figure se voit légèrement transformée pour devenir encore plus outrancière, dans les années 80. Si le long-métrage de Siegel n’esquive donc pas les clichés propres au genre auquel il s’attaque, il prend par contre un malin plaisir à les cuisiner à sa sauce. La faiblesse ne fait pas partie de l’équation. Eastwood arrive dans la taule et en devient vite la star. La scène où il se retrouve sous la douche, aux prises avec un détenu désireux de se rapprocher dangereusement, est en cela particulièrement révélatrice. Pas question de faire subir ce genre d’outrage à Eastwood, qui tabasse le gars avant de lui enfoncer la savonnette dans la gorge et de lui balancer une bonne punchline des familles, histoire d’affirmer sa supériorité et de dessiner sur le sol une ligne à ne pas franchir.
Même quand il finit au trou, son personnage ne se laisse pas démonter. Il est tout le temps digne et défie, grâce à un mélange d’intelligence de force physique, une autorité qui ne sait plus sur quel pied danser.
Le Frank Morris de Clint Eastwood ne s’adapte pas à la prison. D’ailleurs, il ne compte pas y rester. Avant Michael Scofield de Prison Break, Morris fait marcher ses méninges pour prouver sa domination sur la loi. C’est un oiseau que l’on ne met pas en cage et qui, en cas d’agression, pique jusqu’au sang. Un homme de plus très droit, soucieux de réparer les injustices, sans se départir de son air légèrement provoquant, qui lui vaut de s’attirer la sympathie des personnalités de la taule, qu’il met de son côté.

Ainsi, près de 40 ans après sa sortir, L’Évadé d’Alcatraz a conservé sa singularité. Il s’impose toujours comme l’un des meilleurs exemples de ce qu’on pouvait produire de mieux en la matière à l’époque et sonne avec une modernité qui fait défaut à beaucoup d’autres de ses contemporains.
Clint Eastwood, au centre de tout, presque de tous les plans, est pour beaucoup dans cet état de fait, mais il n’est pas le seul à maintenir le spectacle à un niveau stratosphérique. Patrick McGoohan par exemple, est lui aussi impeccable, dans un rôle en forme de savoureux clin d’œil à celui qu’il tenait dans la série Le Prisonnier. Dans le camp adverse, assis derrière son bureau de Directeur, il incarne à lui tout seul la rigidité d’une administration devenue obsolète, à l’image de cette prison d’un autre âge amenée à devenir un musée pour touristes avides de sensations fortes.

Remarquablement rythmé, écrit à la fois comme un film d’action et comme un pur thriller, L’Évadé d’Alcatraz est un pur must. Un classique passionnant et haletant, qui ne s’embarrasse pas d’artifices inutiles pour mettre en avant sa capacité à sublimer une histoire aussi simple qu’efficace. On reconnaît d’ailleurs bien Don Siegel, tant ici qu’auparavant, sa réalisation sait briser quelques règles pour tracer sa route. C’est grâce à son caractère frondeur et à sa capacité à communiquer sans avoir l’air de le faire, une authentique force que Siegel a gravé son nom dans la légende du septième-art et c’est aussi pour cela que L’Évadé d’Alcatraz, qui jouit de la complicité évidente entre un metteur en scène et son acteur, est devenu ce qu’il est, à savoir un classique parmi les classiques.

@ Gilles Rolland

L'évadé-d'alcatraz-Clint-Eastwood  Crédits photos : Paramount Pictures

Par Gilles Rolland le 17 juin 2016

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