[Critique] PARANORMAL ACTIVITY

STARVIDEOCLUB | 4 novembre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Paranormal Activity

Rating: ★★★☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Oren Peli
Distribution : Katie Featherston, Micah Sloat, Mark Fredrichs, Amber Armstrong, Ashley Palmer…
Genre : Horreur/Épouvante/Fantastique/Saga
Date de sortie : 2 décembre 2009

Le Pitch :
Septembre 2006. Depuis son enfance, Katie Featherston est hantée par un esprit maléfique. Vivant avec son petit ami Micah depuis un bon bout de temps, elle passe de sales nuits et craint que l’entité ne soit de retour. Chaque soir, Micah installe une caméra dans la chambre pour filmer l’activité paranormale et chasser le fantôme qui harcèle sa copine depuis plusieurs années. Les images obtiennent des résultats, mais les manifestations surnaturelles se font de plus en plus fréquentes, et le projet du jeune couple de démasquer le coupable pourrait s’avérer bien plus dangereux que prévu…

La Critique :
Avant toute chose, il faut préciser qu’en règle générale, le found footage est un genre détestable : vous savez, ces films comme Cannibal Holocaust ou The Last Broadcast qui font semblant d’être des anciennes cassettes VHS ou des vidéos de caméscope perdue,s filmées pendant un évènement surnaturel. Un film, ça se fait, ça ne se « trouve » pas. Il existe, bien entendu, des exceptions (Le Projet Blair Witch ou Cloverfield, par exemple), mais en principe l’idée du film d’horreur pseudo-documentaire et l’univers qui l’entoure a un potentiel réduit et des usages très limités. Le plus souvent, c’est une excuse prétentieuse employée par des réalisateurs qui viennent de faire leurs études de cinéma, pour cacher un manque de talent ou de budget. Ou les deux.

Ainsi, lorsqu’on dit que Paranormal Activity est un bon film, cela n’a rien à voir avec son association au cinéma vérité, où tous les « nouveaux artistes » du mouvement d’avant-garde Dogme95 essayent de vous convaincre que leur dernière nouveauté filmée sur un téléphone portable est la prochaine évolution du cinéma. Non, Paranormal Activity est peut-être loin, très loin d’être un grand film, mais la raison pour laquelle il se distingue des autres found footages peut se résumer en un mot : trépied.

Avec un tournage de sept jours et un budget de 15 000 dollars, Paranormal Activity est un film qui s’engage presque brutalement à la simplicité. On peut même parler de scénario : il s’agit juste d’une situation, répétée encore et encore, avec toute la régularité d’un cauchemar. Un couple se fait harceler par une force invisible. Tous les soirs, il essaye de filmer les apparitions dans sa chambre pour le surprendre en flagrant délit, puis il lutte pour survivre. Et c’est tout. Chaque fois que l’action devient nocturne, l’image ne passe pas à la shakycam, mais au même plan statique de la chambre.

Autrement dit, c’est un mariage presque parfait entre forme et fonctionnalité, l’usage de ce qui se résume à une caméra de sécurité immobile comme moyen high-tech de briser les défenses intuitives du spectateur, contre la fable d’épouvante la plus connue de l’histoire : les petits bruits nocturnes. La caméra ne bouge (presque) pas pendant le sommeil du couple, et si la plupart des long-métrages faux-documentaires utilisent ce genre de plan fixe comme excuse pour ne rien montrer, Paranormal Activity fait bien attention à tout montrer, stoïquement, impassiblement, sans ciller une seconde. Et même quand le couple se balade la caméra au poing, il filme l’objectif comme le ferait un être humain normal. Correctement, donc : pas les conneries qu’on peut voir dans Cloverfield, où l’irréalisme des déplacements du personnage et de la caméra deviennent tellement flagrants que cela en devient carrément ridicule (et pourtant, Cloverfield reste un bon film).

Autre détail qui casse un peu le rythme : quelque-chose se passe. On n’est pas dans un film comme Le Projet Blair Witch, où il est uniquement suggérée que quelque-chose pourrait se passer. Il y a des incidents, des manifestations physiques, et l’indication indubitable que le couple n’est pas seul. La « chose » qui les harcèle est capable de faire des dégâts et n’est pas en train de déconner. D’ailleurs, une bonne partie de « l’intrigue » (si on peut la qualifier ainsi) concerne la probabilité que l’agresseur n’est pas un fantôme, mais un attaquant invisible qui harcèle la femme depuis son enfance. La présence d’un démon est suggérée assez tôt, et comme l’a démontré Jusqu’en enfer, on ne prend pas les démons à la légère.

Curieusement, le film évite judicieusement de suivre la route habituelle avec l’homme du couple, Micah. Au début, c’est un mec présomptueux et trop sûr de lui qui ne partage pas le sentiment de danger qui tracasse sa copine : on peut donc affirmer qu’il finira par se révéler comme un pauvre trouillard, mais non, c’est pas le cas. C’est un petit con arrogant, là y’a pas de doute, mais son attitude de caïd n’est pas une mascarade : à chaque fois que la présence de l’entité invisible se fait sentir, c’est le premier à sortir du lit, du genre « Touche pas à ma copine ! », comme s’il s’attendait à une baston. D’accord, ce n’est pas intelligent comme idée, mais au moins, c’est un crétin qui montre du courage !

Mais venons-en à la question fondamentale. Paranormal Activity est bien construit, bien structuré et bien filmé. Mais fait-il peur ? C’est sûr, « le film qui a terrifié Steven Spielberg ! » est une proclamation qui pourrait facilement inspirer le dédain. Et toute l’attention médiatique qu’il a reçu lors de sa sortie (comparable à la sortie de L’Exorciste dans les années 70) semble carrément pittoresque aujourd’hui, voir méprisable.

La réponse est non, finalement. À tête reposée, Paranormal Activity ne tient plus vraiment la route niveau chair de poule. C’est un film inventif, mais qui ne se voit qu’une fois. L’anticipation est toujours là, tout comme l’ambiance. Mais le réalisme de la production n’est pas assez convainquant pour paraître menaçant. Les personnes à l’esprit fragile seront sans doute terrifiées en voyant une porte claquer. De leur côté, les connaisseurs de films d’horreur reconnaîtront l’aspect conventionnel et efficace de la technique qui consiste à rendre les petits détails significatifs, mais resteront sûrement indifférents devant la simplicité du long-métrage.

Il ne faut pas s’attendre à quelque chose de vraiment terrifiant, ni de revolitonnaire. Paranormal Activity est une version solide de l’histoire la plus vieille du monde réalisée de manière assez originale : rien de plus, rien de moins. Et dans les bonnes circonstances, c’est un film d’épouvante à gimmicks assez fun et mieux apprécié avec des amis ou un grand public. Il ne vous changera pas la vie, il n’altérera pas le paysage de l’horreur au cinéma, mais la plupart du temps, il donnera l’effet souhaité. Pour ceux qui cherchent quelque chose de plus consistant, il reste toujours Le Projet Blair Witch

@ Daniel Rawnsley

Crédits photos : Wild Bunch Distribution

Par Daniel Rawnsley le 4 novembre 2012

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