[Critique] PIRANHAS

STARVIDEOCLUB | 14 août 2015 | Aucun commentaire

Titre original : Piranha

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisation : Joe Dante
Distribution : Bradford Dillman, Heather Menzies, Kevin McCarthy, Keenan Wynn, Barbara Steele, Dick Miller…
Genre : Horreur/Comédie
Date de diffusion : 15 novembre 1978

Le Pitch :
Deux jeunes se baignent dans un bassin interdit et disparaissent de la circulation. Alors qu’ils enquêtent, la journaliste Maggie McKeown et un autochtone bourru, Paul Grogan, déversent l’eau du bassin dans une rivière, sans savoir, que cette eau contenait des dizaines de piranhas génétiquement modifiés. Un peu plus loin, un promoteur véreux a ouvert le barrage de la rivière pour inaugurer un parc d’attraction aquatique. Les touristes qui se baignent dans le coin sont en passe de garder un souvenir mémorable de leur séjour…

La Critique :
C’est en 1975 que tout a commencé. Un jeune cinéaste auréolé d’un succès critique pour deux premières œuvres, Duel et Sugarland Express, sort un film réalisé avec un petit budget sur un requin qui attaque des estivants. C’est le choc et le film, orné du score culte de John Williams, devient un classique instantané. Ses détracteurs diront, à juste titre, que le film va diaboliser à jamais le requin toutes races confondus. Les réactions extrêmes des hommes qui appelleront au massacre de requins à chaque attaque (sachant que la différence d’attaques d’hommes par des requins et le massacre des requins par l’homme est énorme) ne va pas arranger les choses, mais c’est un autre débat. Les Dents de la Mer, de Steven Spielberg, connaîtra trois suites, assez moyennes, mais va surtout inspirer toute un catalogue de films. De très bons comme Orca, mais aussi beaucoup de navets, comme les livraisons d’Asylum, Sharktopus, Sharknado (vu que le n’importe quoi avec des requins, ça marche, pourquoi ne pas imaginer Sharkman, Sharkcop, Sharkill au Nil, Sharks from outer space… ou pourquoi pas un film où des nazis chevaucheraient des requins volants (on me fait signe dans l’oreillette que c’est en projet et que ça sortira en 2017)). Dans ces multiples dérivés de l’animal féroce qui attaque des humains très cons, on eut donc droit à un peu tout. Cependant, si mais une créature s’y prêtait particulièrement, c’était bien le piranha. Ce petit poisson a la bouille fort peu charmante est un prédateur vorace extrêmement dangereux, et sa capacité à boulotter en bande les bestiaux qui ont le malheur de tomber dans les rivières de son pays natal en faisaient des candidats idéaux pour être au centre d’un film. Et c’est là aussi un jeune réalisateur qui va s’y coller, produit par le pape de la série Z, Roger Corman, avec un budget de 600.000 dollars.

Piranha_blu-ray

D’entrée de jeu, la volonté de faire une parodie en série B des Dents de la Mer se voit, avec par exemple cette scène où deux jeunes décident de se baigner dans une zone (pourtant protégée par un grillage et un panneau marqué « interdit » dessus) avant de disparaître dans l’eau de manière suspecte. Scène qui rappelle le bain de minuit qui tourne mal dans le film de Spielberg. Autre clin d’œil aux Dents de la Mer, le héros qui veut sauver tout le monde mais qui se heurte à des personnes qui ne veulent pas tuer la saison touristique pour quelques malheureuses bestioles carnivores. Joe Dante distille cet humour noir qui fera le succès d’un autre de ses films, Gremlins (et sa suite). Il en profite pour envoyer une charge contre l’armée, son culte du secret défense, sa corruption par de riches investisseurs, ainsi que les finances de savants fous dans le but de créer de nouvelles armes. Là, les piranhas ont été génétiquement modifiés pour vivre en eaux froides dans le but de détruire l’ennemi pendant la guerre du Vietnam. Mais voilà, la guerre finie, l’armée a empoisonné l’eau pour tuer les créatures, mais celles-ci ont été tellement modifiées qu’elles ont résisté et se sont multipliées. Bien sûr, la population n’a pas été informée. Dante réglera à nouveau ses comptes avec les militaires avec Small Soldiers (là encore, une invention à but militaire se retournera contre l’Homme). Le cinéaste raille également les américains moyens en envoyant les piranhas faire un festin de touristes qui réagiront de manière pas toujours rationnelles. Une critique de l’American Way of Life qu’on retrouvera dans les Gremlins qui s’en prend à la fête quasi-intouchable de Noël (là encore, la cible des monstres est la même, et il y a aussi une pique réservée à la classe montante de l’époque, celle des yuppies).
Piranhas est une série B totalement décomplexée, gentiment gore, servi par des dialogues très drôles (« Je ne fume plus depuis que j’ai compris que ça me laissait moins de temps pour boire », celle-là, fallait y penser) et des morts qui le sont tout autant (même si le top dans ce domaine, restent Gremlins 1 & 2). Les acteurs font le job, notamment les seconds rôles Dick Miller, Kevin McCarthy, Paul Bartel, tous trois acteurs récurrents de Dante, et Barbara Steele, qui campe l’ambitieuse et inquiétante Dr Mengers. Le duo Bradford Dillman/Heather Menzies fonctionne aussi plutôt bien. En 1981, un autre cinéaste, James Cameron, lancera sa carrière avec une suite assez hasardeuse, Piranha 2 : Les Tueurs Volants (vite oublié après les succès de Terminator 1 & 2, True Lies, Titanic…). Et en 2010, le réalisateur français talentueux Alexandre Aja (La Colline a des Yeux, remake qui surpasse l’original) réalisera un faux remake, avec l’excellent Piranha 3D, lorgnant autant du côté du party movie potache et sexy à la American Pie, que du côté de l’orgie gore. Un film qui s’avère au final très complémentaire de l’original de Dante. Nul besoin de chercher en Piranhas un monument du septième art comme l’a été Les Dents de la Mer. Il s’agit juste d’une série B sans prétention, décomplexée et bourrée d’humour, qui fait réfléchir à deux fois avant de mettre les pieds dans l’eau et qui est devenu au final un classique qui a marqué le cinéma de genre dans sa chair, à grands coups de canines. Mordant.

@ Nicolas Cambon

piranha_filmCrédits photos : United Artists

 

Par Nicolas Cambon le 14 août 2015

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