[Critique] STAR WARS : ÉPISODE I – LA MENACE FANTÔME

STARVIDEOCLUB | 29 novembre 2015 | Aucun commentaire

Titre original : Star Wars : Episode I – The Phantom Menace

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : George Lucas
Distribution : Liam Neeson, Ewan Mc Gregor, Natalie Portman, Jake Loyd, Anthony Daniels, Kenny Baker, Warwick Davis, Ian Mc Diarmid…
Genre : Science-Fiction/Aventure/Suite/Saga
Date de sortie : 13 Octobre 1999

Le Pitch :
Alors que la fédération du commerce impose un embargo commercial à la planète Naboo, la reine Amidala envoie deux chevaliers Jedi, Qui-Gon Jin et son padawan Obi-Wan Kenobi afin de négocier la levée du blocus. Contraints de fuir, ils découvriront qu’un seigneur Sith tire les ficelles afin de semer la zizanie dans la galaxie. Sur la planète Tatooine, Qui-Gon Jin fait la rencontre d’un jeune garçon, Anakin Skywalker, qu’il pense être l’Élu qui, d’après la prophétie Jedi, rétablira la balance dans la Force…

La Critique :
Fans de toutes confessions (les pro-préquelles et les fondamentalistes de la trilogie originale, donc), souvenez-vous : mai 1997 voyait la ressortie en salles de La Guerre des Étoiles, dans ce qui n’était que la première itération d’une série d’ « améliorations » numériques aujourd’hui datées, mais qui offrait à l’époque un avant-goût de ce à quoi ressembleraient les préquels.
Souvenez-vous : dès 1993, George Lucas évoquait la possibilité de lancer la production de cette seconde trilogie qui allait enfin nous narrer les aventures des jeunes Anakin Skywalker (Jake Loyd) et Obi-Wan Kenobi (Ewan Mc Gregor).
Souvenez-vous : c’était « une époque avant la guerre noire, une époque civilisée » ou Internet n’existait pas. Chaque information glanée dans la presse n’en était que plus précieuse, ce qui amena tout naturellement Lucasfilm à publier son magazine officiel dans de nombreux pays et dans plusieurs langues.
Souvenez-vous : dans le courant du mois de Novembre 1998, la première bande-annonce fit son apparition sur le site www.StarWars.com, dont les serveurs ne résistèrent pas longtemps à l’assaut de la communauté internaute, encore marginale mais hyper-active. Le soir même, l’émission Exclusif sur notre première chaîne diffusait cette bande-annonce et les mieux préparés guettaient la chose le doigt sur la touche « Enregistrement » de leur magnétoscope Stéréo Nicam 4 têtes pour pouvoir se repasser jusqu’à plus soif ces deux minutes de bonheur intense culminant sur l’image de Dark Maul déployant les deux lames de son sabre laser.
Souvenez-vous : ces salauds (il n’y a pas d’autres mots !) de chez Fox et Lucasfilm avaient décidé que le film sortirait en France au mois d’Octobre, soit six mois après les USA et parmi les derniers servis dans le reste du monde… Des fans américains allèrent jusqu’à camper plusieurs jours à l’avance devant les cinémas pour acheter leur billet pour la première séance de minuit. Pour Le Réveil de la Force, il suffit d’acheter ses billets sur internet deux mois à l’avance. « All too easy » comme disait Vader ; et il a raison le bougre !
Souvenez-vous : combien de fans français ont effectué leur baptême en EuroStar (inauguré tout juste cinq ans avant) afin de voir le film sorti en Angleterre durant l’été ?

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Évidemment, nous parlons là « d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » et qui peut paraître bien archaïque pour la génération du « tout connecté ». Mais cela permet de remettre La Menace Fantôme en perspective avec son époque. Aujourd’hui raillé pour le rendu factice de ses effets-spéciaux numériques (Jar Jar Binks, les scènes tournées sur fond bleu), il faut rappeler qu’à sa sortie, ceux-ci étaient totalement révolutionnaires, La Menace Fantôme représentant le vrai grand saut dans l’âge numérique, à commencer par la captation d’images et leur projection : le film comporte les toutes premières scènes tournées sans pellicule, stockées sur disque dur (la scène de nuit sur Tatooine, avec Qui-Gon Jin et Anakin). De même, il fut le premier film projeté numériquement et par serveur interposé. Difficile de minimiser la révolution que représentaient ces deux innovations puisque depuis quelques années déjà, les studios et les multiplexes ont majoritairement abandonné le support argentique…

« Et le film en lui-même? » me direz-vous? Les avis resteront tranchés et il est peu probable qu’ils évoluent. Les fans de la trilogie originale ont majoritairement été déçus de ne pas retrouver le même esprit. Objectivement, même si les progrès au niveau des effets-spéciaux ont permis de concrétiser les plus grands délires visuels de George Lucas, l’ensemble apparaît froid et désincarné. Quand un simple décor partiel construit « en dur »pour l’Episode IV suffisait à suggérer des couloirs sans fin à bord de l’Étoile Noire, la possibilité de tout montrer dans l’Épisode I laisse moins de place à l’imagination du spectateur.
Si la mise en scène s’avère fonctionnelle et d’un classicisme perçu comme mou et anachronique par le public de 1999 (Matrix sortait à quelques semaines d’intervalle), le montage donne parfois carrément l’impression d’être constitué de premières prises, les acteurs semblant chercher leurs marques et leur rythme en permanence : Liam Neeson la joue stoïque et sans risque (et entame au passage une longue série de rôles de mentor !). Ewan McGregor sur-joue en permanence. Natalie Portman peine à exister sous ses robes et maquillages au demeurant spectaculaires. Quant à Jake Loyd, il ne sait tout simplement pas se tenir devant une caméra…
Pour autant, la direction d’acteurs n’était pas non plus LE point fort de Un Nouvel Espoir. La magie de Star Wars est ailleurs. Comme la Force, « elle est partout » … et nulle part…
Malgré son aversion avouée pour l’étape du tournage, George Lucas fait en revanche preuve d’une réelle ambition pour son scénario. Hélas, là où le budget serré de Un Nouvel Espoir l’avait amené à miser sur l’imagination et l’huile de coude, les moyens pharaoniques dont il dispose sur La Menace Fantôme phagocytent son sujet. Certains plans se voient ainsi « pollués » par un trop-plein d’effets-spéciaux alors que le film initial ne cachait pas toujours bien le dépouillement de certains cadres.
De même, Lucas semble avoir oublié que le succès de La Guerre des Etoiles résidait en partie dans la linéarité et la simplicité (sur la forme mais pas sur le fond) de son scénario ; La Menace Fantôme multiplie les intrigues, les personnages, les planètes, jusqu’à perdre le spectateur dans des circonvolutions politiques abstraites que le jeune public (« auquel la saga a toujours été destinée », dixit Lucas) peinera à suivre. L’histoire n’en est pas pertinente pour autant, et amorcer le début d’un conflit intergalactique à partir d’un simple embargo commercial renvoie à une réalité historique bien terrestre. Tout aussi pertinente est la décision de faire d’Anakin un enfant tout à fait adorable (sur le papier en tout cas…) ne laissant pas présager de sa sombre destinée pour qui découvrirait les films dans leur ordre chronologique plutôt que dans leur ordre de sortie.
Car le vrai personnage principal est finalement Qui-Gon Jin, maitre d’Obi-Wan et aussi « talent spotter » à ses heures, puisque c’est lui décèlera le potentiel du jeune Anakin. Qui-Gon est sage, mais ambigu. Il est fait allusion à ses prises de position allant à l’encontre du conseil Jedi et L’Attaque des Clones nous apprendra qu’il fut l’élève du Compte Dooku (Christopher Lee). La Revanche des Sith viendra confirmer l’importance du personnage dans la mythologie Star Wars…Preuve que malgré le caractère puéril de certains éléments du film, George Lucas souhaitait nuancer le manichéisme apparent de la première trilogie. La simple décision de représenter l’enfance d’un des plus grands méchants du 7ème Art relevait déjà de cette démarche.

D’ailleurs, même si Anakin tient plus ici du second rôle, le scénario trace le sillon d’une sous-intrigue que peu de fans semblent avoir relevé : lorsque la mère d’Anakin, Shmi Skywalker, déclare que son fils n’a pas de père physique, on peut bien sûr y voir une référence à l’Immaculée Conception. Or, jamais Lucas n’avait-il osé citer si directement un concept religieux existant (même la Force parvient à ne jamais être limitée à un simulacre de la Foi). Et si, comme le dira Obi-Wan dans Le Retour du Jedi, il s’agissait là d’une vérité mais « d’un certain point de vue »?
Car le scénario introduit un élément nouveau : les midichloriens, présents dans l’ADN de chaque être vivant, et déterminant le degré de Force qui l’habite. La Force passe ainsi d’un concept abstrait et spirituel à un critère génétique et donc, concret, quantifiable et transmissible. Une prise de sang révélera ainsi qu’Anakin a un taux de midichloriens aussi élevé que Maitre Yoda, le plus puissant Jedi en activité. Or, attendu que la Force soit un élément héréditairement transmis, attendu que Shmi ne semble pas faire preuve de don particulier pour sa maîtrise, attendu qu’il est peu probable (même dans une galaxie lointaine) qu’une femme mette au monde un enfant sans l’action d’un géniteur, la question qui se pose alors est la suivante: d’où provient ce taux de midichloriens si élevé ? La réponse probable : Dark Sidious/Palpatine bien sûr ! Une théorie jamais confirmée et rarement évoquée, mais que ne contrediront pas les Épisodes II et III. Lorsque, dans La Revanche des Sith, Palpatine raconte à Anakin l’histoire de Dark Plagies (le seigneur Sith qui avait découvert le moyen de créer la vie,), ne faut-il pas y voir un parallèle avec la scène durant laquelle Obi-Wan fait une autre révélation familiale à Luke sur Dagobah dans Le Retour du Jedi ? Palpatine laisse entendre qu’il pourrait lui-même avoir été l’élève de ce maître Sith et qu’il aurait été à l’origine de la naissance d’Anakin. Dès lors, si il s’avère être son père « génétique », la lecture de l’ Épisode VI s’en verrait bouleversée, car le combat final confronteraient alors trois générations, prouvant que le lien biologique unissant Dark Vador à son fils l’emporte sur le lien artificiel entre l’Empereur et sa création.

La Menace Fantôme restera sûrement à jamais l’épisode le plus faible et le plus mal aimé de l’ère Lucas. Mais on ne peut nier le fait qu’il contienne également quelques jolis morceaux, parmi les plus iconiques de la saga, tels que la course de module, les chorégraphies des combats au sabre-laser, et le sublime thème Duel of the Fates concocté par un John Williams toujours fidèle au poste.
Le film peine toutefois à s’inscrire dans la continuité des préquelles (Qui-Gon Jin ne rempilant pas, Hayden Christensen succédant à Jake Loyd, un production design signé Doug Chiang qui ne collaborera pas aux deux films suivants,…), mais tout n’y est pas fondamentalement mauvais, loin de là, le film ayant clairement été pensé dans les détails par son réalisateur/scénariste démiurge. Et si la déception des fans est compréhensible, le mouvement « anti-Lucas » alimenté par les forums internet aura fini par avoir raison du bonhomme, lui qui avouait récemment que la lapidation critique dont il était l’objet depuis 15 ans lui avait passé l’envie de réaliser son ultime trilogie…Et les fans de se retrouver en quelque sorte dans la position de Luke devant s’opposer à un père que la soif de contrôle et de pouvoir ont mené au côté obscur – L’heure du réveil a sonné !

@ Jérôme Muslewski

star-wars-episode-i-la-menace-fantome-de-george-lucas-10631985jckswCrédits photos : 20th Century Fox France

 

Par Jérôme Muslewski le 29 novembre 2015

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