[Critique] SUCKER PUNCH

STARVIDEOCLUB | 2 juin 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Sucker Punch

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Zack Snyder
Distribution : Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone, Vanessa Hudgens, Jamie Chung, Carla Gugino, Oscar Isaac, Jon Hamm, Scott Glenn…
Genre : Action/Fantastique/Drame
Date de sortie : 30 mars 2011

Le Pitch :
La jeune Babydoll est enfermée contre son gré par son beau-père abusif dans un asile psychiatrique corrompu. Ayant appris que ses geôliers lui réservent un sort bien plus funeste, elle fait équipe avec quatre codétenues pour organiser une évasion. Pour échapper à l’horreur de leurs vies quotidiennes, les filles se réfugient dans un monde de rêves imaginaires, en l’occurrence une maison close sortie tout droit des années 1920. Leurs escapades continuent à travers des rêves individuels à l’intérieur du même rêve, où elles s’imaginent en soldats badass, jusqu’au point où les limites entre le rêve et la réalité commencent à se brouiller…

La Critique :
Les qualités de Sucker Punch sont également ses défauts. Des éléments qui empêcheront ceux qui pourraient les apprécier de les prendre au sérieux, ou même de prendre la peine de regarder le film jusqu’au bout. La nouvelle œuvre extravagante de Zack Snyder est certainement un spécimen particulier : un monde onirique en technicolor, aux couleurs vives, composé à parts égales d’iconographie fantastique, steampunk, manga, ninja, super-héros, anime, pin-up et horreur. Le tout filtré à travers une structure narrative digne du jeu Zelda et la logique émotionnelle d’une rébellion adolescente.

Au premier abord, certains seront bien tentés de rejeter un tel bordel comme étant l’exemple ultime du cinéma cynique. Une autre tentative de servir tous les ingrédients qui font jouir la démographie des fanboys dans un même plat. Mais au-delà d’une lecture superficielle, Sucker Punch se révèle comme étant l’ouvrage d’une vision véritablement artistique, le genre de cinématographie intense qu’on ne voit presque jamais dans les blockbusters à gros budget. Ici, c’est du travail très personnel. Snyder éclabousse sa toile avec cœur, âme et esprit. Il s’agit sans aucun doute du meilleur exemple de talent artistique novateur qui peut se cacher derrière ce qui est ostensiblement un appât lancé aux geeks (bourré intentionnellement de références) depuis Scott Pilgrim.

La popularité du réalisateur Zack Snyder est souvent difficile à expliquer, surtout si on considère que le seul vrai triomphe de sa carrière reste Watchmen. Peut-être faut-il essayer de percevoir l’homme derrière le film : pas seulement ce qui finit sur l’écran, mais aussi le pourquoi et le comment. Et quand on regarde le travail de Snyder jusqu’ici, on peut en tirer une conclusion assez certaine et positive dans l’ensemble : il a bien compris les règles du jeu.

Malgré le fait qu’en tant que nouveau venu dans le cinéma d’action, Snyder pioche dans la même boîte à outils que beaucoup de ses confrères (les comics, les dessins-animés, les jeux vidéo, le kung-fu), on a l’impression envahissante que ce sont des éléments qui sont filtrés à travers un esprit créatif qui connaît clairement les bases d’un langage cinématographique sérieux. On parle de quelqu’un qui arrive à composer des plans équivalents à des tableaux dans une ère de films d’action où « trépied », « plan fixe » et « composition » sont soi-disant des gros mots.

Néanmoins, ça serait une erreur de déclarer Snyder comme le meilleur de sa génération, parce que jusqu’ici le bonhomme est resté exclusivement dans le domaine de l’adaptation. Ce qui ne veut pas dire que l’adaptation est une chose facile. Après tout, on pourrait prendre Watchmen comme un modèle pour faire des long-métrages à partir de sujets impossibles. Et c’était sûrement pas une partie de plaisir de faire fonctionner 300 en se basant sur environ 80 pages de bêtises arrogantes et quasi-fascistes servies à la sauce Frank Miller. Et ainsi, avec une telle imagination stylistiquement visuelle, Zack fait le grand saut initiatique dans le monde des idées originales avec Sucker Punch, son premier film en tant que réalisateur et scénariste.

Sucker Punch est un film qui, à travers son monde onirique, demande aux personnages et au spectateur ce qu’est vraiment la réalité, et si cela est important ou pas. Et si ça fait directement penser à Brazil, le classique de Terry Gilliam, la chose n’est pas accidentelle. Peut-être l’un des plus grands reproches que l’on fait à Sucker Punch, c’est qu’il est inévitablement et parfois injustement comparable au Inception de Christopher Nolan, à savoir que les deux sont des films d’action hautement stylisés avec pour sujet les niveaux multiples de la réalité subconsciente.

Le problème, c’est que les similarités ne sont que superficielles. Les rêves dans Inception sont des métaphores. Métaphores qui sont laissées au choix du spectateur pour les interpréter. Les rêves dans Sucker Punch sont tout simplement des rêves : des digressions fantaisistes et des imaginations fertiles que les personnages utilisent comme traitement, contextualisation et même échappatoire de leur réalité glauque. Et alors qu’Inception était une affaire décidément masculine – tous ces professionnels intransigeants en costard cravate essayant de faire leur boulot, sans faire d’histoires, constamment en danger du chaos déchaîné par une influence féminine maléfique – Sucker Punch est, du début à la fin, une affaire de chromosome X.

En voyant le mélange superficiel de bombasses en mini-jupes et les scènes d’action iconiques, on pourrait facilement accuser le film d’être ouvertement racoleur et d’exciter machinalement les fantasmes des geeks. Mais vue de plus près, cette interprétation ne tient pas la route. Le film prend la peine d’approfondir et donner un peu d’étoffe à ses personnages féminins. Ce sont les hommes, pour changer, qui en sont réduits à des rôles secondaires, pour la plupart symboliquement pervers et méchants. Cette perspective rafraichissante influence tout le reste du film : les petites tenues cosplay sont plus des exemples d’un jeu élaboré de déguisements que du fétichisme sexuel.

Sucker Punch signifie « coup bas » en anglais. Titre qui semble faire référence au marketing peu subtil du film : un leurre osé qui promet des jolies filles, des flingues, des gunfights, des bastons démesurées et des costumes sexy. En bref, une gâterie, un spectacle que les mecs pourront mater avec le plus grand plaisir. Mais l’intrigue reste assez sombre, le ton change constamment, et les scènes d’action imaginaires semblent impliquer le public dans les agressions sexuelles que les filles subissent en réalité. Voici un film qui invite le regard voyeur du spectateur masculin, puis lui crache à la gueule. On ne parle pas ici de pornographie, mais de burlesque.

Bien sûr, ceux qui se pointent devant l’écran seulement pour voir des belles nanas tuer des monstres avec des sabres de samouraï auront ce qu’ils attendaient, et bien plus encore. Comme l’adaptation de Watchmen, l’œuvre de Snyder fonctionne aussi bien comme un simple film d’action que comme un long-métrage mélodramatique intelligent et parfois émouvant, même si c’est un trip totalement déjanté. Bon et mauvais, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, Sucker Punch mérite la discussion.

@ Daniel Rawnsley

Crédits photos : Warner Bros

Par Daniel Rawnsley le 2 juin 2012

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