[Critique] THE MIST

STARVIDEOCLUB | 23 juillet 2012 | 1 commentaire

Titre original : The Mist

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Frank Darabont
Distribution : Thomas Jane, Marcia Gay Harden, Laurie Holden, Andre Braugher, Toby Jones, Amin Joseph, Alexa Davalos, William Sadler, Chris Owens, Nathan Gamble, Jeffrey DeMunn, Sam Witwer, Frances Sternhagen, David Jensen, Buck Taylor…
Genre : Horreur/Épouvante/Adaptation
Date de sortie : 27 février 2008

Le Pitch
:
À la suite d’un orage, une mystérieuse brume se répand sur une petite ville du Maine. Alors qu’il est au supermarché avec son fils, David Drayton se retrouve bloqué avec d’autres habitants apeurés. David, qui ne tarde pas à s’apercevoir que le brouillard abrite de monstrueuses créatures avides de sang…

La Critique :
Et de trois pour Frank Darabont qui revient chez Stephen King, après Les Évadés et La Ligne Verte et qui tape une nouvelle fois dans le mille. Adaptation fidèle, mais pas trop non plus, de la nouvelle Brume, extraite du recueil du même nom, The Mist est tout simplement l’un des meilleurs films tirés de l’œuvre du grand King. À l’instar de Mick Garris, qui a réalisé Désolation, Sac D’Os, Riding the Bullet, le téléfilm Shining, la mini-série Le Fléau, ou encore La Nuit Déchirée, Darabont est chez King comme chez lui. Mais Darabont n’est pas Garris. Il suffit de voir ses films pour s’en convaincre. Quand l’un livre, la plupart du temps, des œuvres honnêtes, extrêmement fidèles mais dénuées d’une personnalité et d’une identité fortes, Darabont se permet des incartades et imprime de sa patte des récits qui bénéficient du coup d’une forte valeur ajoutée.

The Mist est l’une des grandes adaptations de Stephen King, car il ne colle pas tout le temps à son modèle littéraire. Et lorsqu’il explore ses propres pistes narratives, c’est bien souvent pour déboucher sur quelque chose de surprenant. La fin du film constitue le meilleur exemple. Dans le bouquin, le dénouement est sombre, résigné et plutôt poétique. Le film lui, change la donne et opte pour un twist ahurissant, en forme de pied de nez à une industrie cinématographique de divertissement trop consensuelle. De quoi finir un peu hagard et surtout estomaqué par les choix d’un réalisateur décidément surprenant.

À sa sortie en salle, The Mist est passé relativement inaperçu. Ne présentant aucune star au casting, The Mist ne s’appuie pas non plus sur une nouvelle ultra populaire de King. C’est donc en vidéo que le long-métrage a gagné ses lettres de noblesse.
Huis-clos s’apparentant à une brillante plongée en apnée dans les tréfonds de la psyché humaine, The Mist n’est pas seulement un film d’horreur avec des bestioles à tentacules. Comme souvent chez King, l’épouvante n’est que le révélateur de comportements humains tout aussi angoissants -voir plus- que les monstres tapis dans l’ombre.
Dans le supermarché où les survivants sont parqués, les camps s’organisent. C’est une micro-société qui voit le jour, avec ses meneurs et ses luttes intestines. Darabont observe les comportements de personnages comme tant d’autres qui, mis face à une situation qu’ils ne s’expliquent pas, changent ou se révèlent. Dans le processus, la religion en prend un coup dans l’aile. Ou plutôt le fanatisme, car c’est vraiment de cela dont il s’agit. Une façon de pointer du doigt les dérives sectaires de certains mouvements extrémistes américains.

The Mist est donc autant un film social, dans sa capacité à disséquer les comportements, qu’un film d’horreur. Il réussit sur les deux tableaux. En se plaçant dans la lignée des films d’épouvante d’anticipation des années 50/60 (Darabont voulait d’ailleurs tourner en noir et blanc, avant que le studio ne lui intime de passer à la couleur pour des raisons commerciales évidentes), Darabont renoue avec la tradition prestigieuse d’un cinéma de série B social et concerné. Il faut lire entre les lignes quand on regarde The Mist, car les messages sont nombreux.
Et le constat qu’il dresse sur l’espèce humaine n’est pas brillant. Et cela que l’on fasse référence aux illuminés qui cherchent quelqu’un à sacrifier afin de calmer l’ardeur des créatures, ou à ces chercheurs de l’armée, responsables du brouillard et donc de l’arrivée des monstres.
The Mist reste d’ailleurs mystérieux à ce sujet. Le but n’est pas de comprendre d’où vient la brume, mais plutôt de maximiser l’immersion du spectateur, en le plaçant aux côtés des survivants, qui n’ont pas les clés pour piger ce qu’il se trame. Le procédé est brillant et fonctionne à plein régime. La peur, l’effroi, la surprise sont bel et bien au rendez-vous et l’impression de revenir à l’époque où le cinéma d’horreur ne misait pas seulement sur les effets gores pour en mettre plein la vue, de subsister à chaque nouvelle séquence.

Dommage alors que The Mist ne bénéficie pas d’un budget plus conséquent. À peine quatre ans après sa sortie, on ne peut que remarquer le côté désuet des effets numériques, dont certains sont clairement plus réussis que d’autres. Un côté cheap, qui donne un charme particulier au film certes, mais qui ne suffit pas à gommer l’impression qu’un peu plus de fric n’aurait pas été de trop.
Mais finalement, dans une telle entreprise, surtout tournée sur ses personnages, ce sont les acteurs qui portent le film. Surtout quand comme ici, ils incarnent des rôles très bien écrits. Les fans de The Walking Dead, ne manqueront pas de reconnaître quelques têtes. Darabont aime s’entourer de ses proches et il le prouve encore ici. Les comédiens sont ainsi parfaits. De Thomas Jane, toujours très solide, que ce soit dans l’action ou dans l’émotion, à William Sadler, éternel second rôle (vu dans le film des Contes de la Crypte, Demon Knight), encore une fois impeccable.
Tous s’animent au cœur d’une histoire prenante, qui sait ménager ses effets, et qui réserve de beaux frissons. Jusqu’au final -on y revient- glaçant sur tous les plans. Ultime coup de théâtre précédé d’une plage onirique, où l’écran est traversé par un monstre gigantesque.

P.S. : Les fans de King et du cinéma d’horreur en général, s’amuseront grâce aux quelques clins d’œil disséminés par Darabont à l’œuvre de King notamment, ou à John Carpenter.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : The Weinstein Company

Par Gilles Rolland le 23 juillet 2012

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