[Critique] TONNERRE SOUS LES TROPIQUES

STARVIDEOCLUB | 3 janvier 2013 | Aucun commentaire

Titre original : Tropic Thunder

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis/Allemagne
Réalisateur : Ben Stiller
Distribution : Ben Stiller, Robert Downey Jr., Jack Black, Brandon Jackson, Jay Baruchel, Steeve Coogan, Nick Nolte, Danny McBride, Matthew McConaughey, Tom Cruise, Bill Hader, Christine Taylor, Reggie Lee, Tobey Maguire…
Genre : Comédie/Action/Aventure
Date de sortie : 15 octobre 2008

Le Pitch :
L’heure est grave ! Le tournage de la superproduction, Tropic Thunder, un film de guerre au budget monumental, adapté de l’histoire vraie d’un héros du Viet-Nam, patauge. Entre les crises d’égo de ses comédiens stars et l’incapacité du réalisateur à canaliser les forces en présence, le producteur s’arrache le peu de cheveux qu’il lui reste sur la tête. Dans une tentative désespérée de remettre le tournage sur les rails, les acteurs sont envoyés d’office en pleine jungle, loin de leur confort habituel, afin de goûter aux vraies conditions de combat. Sur place, ils sont vite pris en chasse par de vrais mercenaires, qui eux, ne tirent pas à blanc…

La Critique :
Tonnerre sous les tropiques, quatrième réalisation de Ben Stiller, commence sur les chapeaux de roue. Quatre fausses bande-annonces/pubs défilent sous nos yeux ébahis, afin de nous présenter les quatre personnages principaux du film (celle de Downey Jr est particulièrement savoureuse). Quatre acteurs complètement borderline, chacun à leur façon et tous représentant une caste bien précise du cirque hollywoodien dans toute sa splendeur : la star du cinéma d’action décérébré, l’adepte de la méthode Actor’s Studio, le comique pétomane et la star du rap en quête d’une crédibilité d’acteur. Tous se retrouvent ensuite réunis au sein d’un super film de guerre dans le genre de Platoon, manœuvré par un incompétent notoire et par un producteur aux dents longues, complètement dénué d’humanité.
Tous les protagonistes de Tonnerre sous les tropiques portent en eux une critique plus virulente qu’il n’y paraît, du système. Des acteurs, jusqu’aux agents, en passant par les artificiers ou les scriptes, tout le monde en prend pour son grade avec une double ration, révélant la verve d’un Ben Stiller remarquablement irrévérencieux et pour le coup, tout aussi remarquablement épaulé par une escouade d’acteurs en état de grâce.

Car si Tonnerre sous les tropiques est bel et bien (pour l’instant) la meilleure réalisation de Ben Stiller, c’est aussi car il laisse le champs libre à ses comédiens qui s’en donnent à cœur joie. Pouvant être considéré à juste titre comme une sorte d’Expendables de la comédie, avant l’heure, Tonnerre sous les tropiques arrive à emménager à ses comédiens de larges plages de liberté, où chacun y va gaiement, arrivant à un moment ou à un autre à imposer sa patte.
Le mélange aurait pu ressembler à un gros bordel où chacun essaye de tirer la couverture à lui, mais il n’en est rien. Dans l’équipe de base, constituée de Robert Downey Jr., de Jack Black, de Ben Stiller, de Brandon Jackson et de Jay Baruchel, personne n’est au dessus du lot, pas même Ben Stiller, même si au fond, c’est bien lui le héros de l’affaire. La raison de cette homogénéité étant probablement la priorité donnée par Stiller à la satire et non à la volonté de déboucher sur une succession de sketches où Downey Jr., Black et les autres se passeraient le relais au cours de joutes colorées mettant en valeur leur talent propre.

Alors bien sûr, Tonnerre sous les tropiques n’est pas un film parfait pour autant. Même si il tape sur Hollywood sans retenir ses coups, il n’échappe pas lui-même à une trame un peu trop classique basée sur le principe du film dans le film. Saupoudré de clins d’œil appuyés à de nombreux films de guerre (mais pas que), le scénario est parfois un poil feignant, quand il s’agit d’explorer ses propres pistes narratives et traîne également un peu en longueur. Rien de trop plombant, mais quand même. On aurait apprécié un peu plus de prise de risque, quand le métrage se contente parfois de laisser couler les références (Apocalypse Now, Rambo, Platoon…). Une observation tout spécialement valable au milieu de l’intrigue, quand le film semble hésiter entre plusieurs options, avant de se ranger vers celle qui permettra d’offrir aux spectateurs un dénouement non seulement drôle, mais aussi spectaculaire. Et c’est une bonne chose. Quand ces soldats improvisés font parler la poudre, les affaires reprennent, le rythme s’emballe, offrant un déchaînement pyrotechnique digne des productions que Ben Stiller parodie, sans sonner cheap à aucun moment.

Tour de force à l’audace jubilatoire sur le papier, Tonnerre sous les tropiques tient bien évidemment aussi sa force de son incroyable casting. Composé quasi-exclusivement d’acteurs (Christine Taylor, Madame Stiller à la ville fait une rapide apparition), le film est un défilé de gueules ahurissant et permet à de nombreuses stars de laisser parler leur talent sans la moindre retenue. Robert Downey Jr, est saisissant et pour le coup pile poil dans le ton satirique de l’ensemble, dans le rôle de l’accro à la méthode de l’Actor’s Studio, Jack Black se coule avec truculence dans la peau d’un comédien estampillé humour pipi/caca (in your face Eddie Murphy), Matthew McConaughey s’éclate en jouant un agent tiraillé entre son amour pour son client et son attirance pour l’argent, Ben Stiller est parfait en action man en quête d’une reconnaissance dramatique, et Tom Cruise prouve, avec ses prosthèses et son absence totale de retenue, qu’il peut absolument jouer n’importe quoi et de plus, faire preuve d’une auto-dérision que beaucoup ne soupçonnait pas (un poil too much quand même).
Ben Stiller connait du monde. Son carnet d’adresse est l’un des plus impressionnants du milieu. Et ses potes, il les connait bien. Si bien, qu’il a su, avec Tonnerre sous les tropiques, leur servir des rôles aux petits oignons et les diriger comme il se doit. Élevé au Saturday Night Live, Stiller connait l’importance de la dynamique de groupe dans la comédie, ce qui ressort particulièrement ici.

Ambitieux, plein d’ampleur, que ce soit dans la mise en scène ou dans l’écriture, méchant, mais pas bête, Tonnerre sous les tropiques tourne en dérision l’industrie du cinéma américain, avec une pertinence qui force le respect, que l’on goute ou pas à l’humour ambiant. Il fusille l’avidité des requins des studios, l’attitude off stage des superstars du grand écran, leurs lubies, leurs vices, leur naïveté et leur ambition dévorante. La charge est explosive et révélatrice. En soi, une façon particulièrement drôle de rappeler que quoi qu’il en soit, malgré tout le bien que l’on pense et toute la passion, les dépenses et les gains que tout cela peut susciter, il ne s’agit que de cinéma…

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Paramount Pictures France

Par Gilles Rolland le 3 janvier 2013

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