[Critique] TROIS ENTERREMENTS

STARVIDEOCLUB | 14 mai 2013 | Aucun commentaire

Titre original : The Three Burials of Melquiades Estrada

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Tommy Lee Jones
Distribution : Tommy Lee Jones, Barry Pepper, Levon Helm, Julio Cedillo, January Jones, Dwight Yoakam, Melissa Leo, Sonny Carl Davis…
Genre : Drame
Date de sortie : 23 novembre 2005

Le Pitch :
Un garde-frontière tue accidentellement Melquiades Estrada, un travailleur clandestin. Son ami, Pete Perkins, emmène son meurtrier dans un long voyage pour enterrer Estrada sur sa terre natale…

La Critique :
Le western a longtemps été perçu comme un genre mort, ringard. Il est passé à la trappe, rattrapé par des blockbusters d’un nouveau genre, la science-fiction ayant déplacé l’intérêt du spectateur pour d’autres types de pionniers. Mais, depuis quelques années, le genre reprend du poil de la bête. Le Impitoyable multi-récompensé de Clint Eastwood y étant pour quelque. Tommy Lee Jones fera partie des fers de lances du renouveau contemporain du genre. Avec des films comme No Country For Old Men, et bien sûr Trois Enterrements, qu’il dirige en plus d’incarner le rôle principal. Les points communs entre ces deux films sont d’ailleurs nombreux. En effet, comment ne pas voir en Trois Enterrements une intrigue que Cormac McCarthy, l’auteur de No Country For Old Men et d’autres romans dans la même veine Far West ? Les questions que pose ce film sont assez proches des obsessions du lauréat du prix Pulitzer : absurdité et fragilité de la condition humaine, rapports forts et inhabituels entre les personnages, nature belle mais impitoyable… Tout y est.

L’histoire pourrait évoquer une variation du vigilante movie, où Pete Perkins vengerait la mort de son ami en accomplissant sa dernière volonté, à savoir emmener son cadavre au travers de la Sierra pour lui offrir le repos éternel. L’image d’un homme trainant un cadavre avec lui, ça vous rappellerait pas Django (celui de Corbucci, pas de Tarantino) ? Et dans Impitoyable, la mort et l’exposition du cadavre de Morgan Freeman n’est-elle pas importante ? On y est, on y est. Il entraîne de force son meurtrier, au début fort antipathique, mais dont on se prend de compassion au vu des épreuves qu’il va traverser, à le suivre dans ce qui ressemble à une quête, un rituel très important. En parlant de rituel, le titre est à prendre au premier degré. Melquiades est bien inhumé trois fois, dans des circonstances que je vous laisse découvrir. Et c’est là une des forces du métrage : montrer à quel point ces rituels sont importants à nos yeux. Ils nous définissent en tant qu’êtres humains. Le côté excessif de la chose, à savoir traverser un désert hostile avec un otage, démontre le caractère absurde et assez « beckettien » de la chose. On assiste à pas mal de scènes surréalistes, comme celle où les protagonistes se réfugient dans la grotte, qui vaut son pesant d’or. Le final montre bien le côté vain de la folle entreprise. Le personnage de Jones semble sorti d’une autre époque, animé de valeurs que lui seul semble défendre dans ce monde fou. Sa folie, contrairement à celle de son environnement, possède au moins cette beauté jusqu’au-boutiste. Le film a donc un fond d’une grande puissance émotionnelle, mais pas que.

En effet, pour un réalisateur dont c’est le premier film, il fait preuve d’une belle maîtrise visuelle. Les paysages sont superbes et constituent une caution western certaine, de même que la photographie, à la fois réaliste et crépusculaire. La performance de Tommy Lee Jones a été justement récompensée par un prix à Cannes de même que l’excellent travail d’écriture de Guillermo Arriaga sur le scénario. Le film est considéré comme étant la principale révélation de l’édition 2005 du festival. Alors oui, il n’y a pas des fusillades dans tous les sens et des hordes d’ennemis, mais il s’agit bien d’un western moderne, âpre, poussiéreux, sanglant… mais jamais gratuit ou racoleur. Un film comme on les aime !

@ Sacha Lopez

Trois-enterrements-JonesCrédits photos : EuropaCorp Distribution

Par Sacha Lopez le 14 mai 2013

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