[Critique] UN JUSTICIER DANS LA VILLE

STARVIDEOCLUB | 27 mars 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Death Wish

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Michael Winner
Distribution : Charles Bronson, Hope Lange, Stephen Keats, Vincent Gardenia, Stuart Margolin, Stephen Elliot, Jeff Goldblum…
Genre : Vigilante/Policier
Date de sortie : 18 octobre 1974

Le Pitch :
Suite au viol de sa fille et au meurtre de sa femme, un homme sans histoire décide, devant l’incompétence de la police, de faire parler la poudre et de nettoyer les rues d’une criminalité croissante. Il devient rapidement celui que les journaux surnomment le Justicier…

La Critique :
Il suffit de se promener de nuit dans les rues de New York pour voir débarquer, au bout de quelques minutes seulement, des malfrats lourdement armés. C’est quasi-automatique quel que soit le quartier. C’est du moins ce que nous apprend Un Justicier dans la ville, premier film d’une série de cinq qui, en son temps, déclencha une polémique qui résonne encore aujourd’hui lorsque d’autres longs-métrages plus récents, abordent les mêmes problématiques (Death Sentence, À vif et d’autres…). On parle ici de vigilante movie. À savoir ces films, où un personnage quel qu’il soit, décide de se faire justice sans passer par le dépôt de plainte (ou après l’avoir fait d’ailleurs). Un genre né aux États-Unis, inhérent au deuxième amendement de la constitution de l’Oncle Sam et dans la droite lignée des westerns qui mettent souvent au premier plan des desperados avides de justice expéditive.

Dans la catégorie, le film de Michael Winner fait office de maitre étalon. Père de tous les vigilante movies, Un Justicier dans la ville n’y va pas avec le dos de la cuillère et pousse le concept dans ses derniers retranchements en y ajoutant une notion de plaisir. Du coup, et c’est là où le long-métrage devient franchement limite, on ne sait plus trop si l’on assiste à un polar urbain ou à un slasher. Le héros, Paul Kersey, figure patriarcale de tous les francs-tireurs prônant l’auto-défense du monde, déambule dans les allées sombres et bute le premier gus qui aurait le malheur de lui chercher des noises. Le tout sans sommation ni avertissement de quelque sorte qu’il soit.

Un profil de canardeur qui ferait presque passer l’Inspecteur Harry pour un enfant de cœur. Car si Eastwood connut en son temps les remontrances des institutions morales qui n’hésitaient pas à taxer sa démarche artistique de réactionnaire, son personnage avait au moins l’excuse d’agir en tant que policier assermenté. Paul Kersey lui, est architecte. Rien à voir donc. Un architecte, ancien objecteur de conscience, vétéran de la Guerre des Corée, plus ou moins allergique à la violence, qui sombre du côté obscur quand des voyous s’attaquent directement à sa famille. C’est alors que Kersey affirme, après avoir discuté avec un type ultra réactionnaire et solidement armé, que la justice des pionniers (???) est la seule alternative à la criminalité. Un exemple bientôt suivi par les citoyens qui voient en Kersey un super-héros des temps modernes.

Le film piétine alors les idéaux pacifiques de toute une génération de non-violents, opposée aux armes et à la guerre en détournant un objecteur de conscience de ses croyances pacifistes. C’est quand même gonflé vu l’espèce de bourrin sadique que devient le type en question.

Se désintéressant de plus en plus du sort de sa file, qui après avoir été violée, croupit dans un asile, le héros d’Un Justicier dans la ville fait ses rondes dans le quartier, sous le nez des flics qui le surveillent, et dézingue à tout va. En tirant dans le dos et en provoquant la faute (et vas-y que je te sort une liasse de billet dans un resto rempli de prostitués et de macs… ce genre de trucs).

Dès lors qu’il accepte son rôle (ce qui lui prend approximativement vingt minutes) de redresseur de tort, Paul Kersey va beaucoup mieux. Déjà fort peu affecté par la tournure tragique des évènements, ce dernier semble oublier un peu trop vite sa bourgeoise et sa pauvre fille traumatisée et écoute de la musique guillerette tout en faisant repeindre son loft en jaune. Un changement d’humeur qui ne va pas sans choquer son beau-frère. « Je ne vais pas me lamenter toute ma vie non ? » répond alors Kersey, visiblement à deux doigts de sortir son calibre pour exposer à son crétin de gendre son point de vue d’une manière un poil plus virile. Kersey trouve sa thérapie dans la violence, alors que finalement, les meurtriers de sa femme continuent à se balader dans la nature. Un crime impuni qui ne perturbe pas Kersey outre mesure. Les rues de la Grosse Pomme sont pleines de boucs émissaires qui feront très bien l’affaire. Dans le rôle, Charles Bronson impose un charisme monolithique très à propos. Très peu enclin à se laisser aller aux crises de larmes, son personnage semble peu concerné par ce qui lui arrive et préfère chercher une alternative. Paul Kersey se transforme peu à peu en machine froide et impitoyable. On a connu Bronson plus habité mais le fait est que ce détachement fonctionne dans ce cas précis et permet de donner un peu de légèreté à l’ensemble, qui par moment en manque cruellement.

Pur produit de son époque, Un Justicier dans la ville se doit d’être considéré comme un polar brutal et sauvage. À prendre au second degré bien entendu, le film adopte la vision des défenseurs les plus virulents de la constitution américaine dans ses points les plus contestables sans trop démontrer de quel côté il se positionne. Il transforme un bourgeois démocrate en justicier républicain et fait un bon gros doigt d’honneur à la morale bien pensante, à la présomption d’innocence et à tous les trucs du genre. Paul Kersez est comme le Judge Dredd : juge, juré et bourreau. La loi, c’est lui. Et ce n’est pas le dénouement, aussi débile qu’abusif, qui dira le contraire. Paul Kersez enfonce le clou. Comme en témoigne le dernier plan, annonciateur d’une flopée de suites, aussi jubilatoires que contestables. Ce qui n’est au fond qu’une question de recul et de point de vue.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Paramount Pictures

Par Gilles Rolland le 27 mars 2012

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