[Critique] VERY BAD TRIP 2

STARVIDEOCLUB | 4 juin 2013 | Aucun commentaire

Titre original : The Hangover  Part II

Rating: ★☆☆☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Todd Phillips
Distribution : Bradley Cooper, Ed Helms, Zack Galifianakis, Ken Jeong, Paul Giamatti, Justin Bartha, Mike Tyson, Jeffrey Tambor, Nick Cassavetes, Jamie Chung…
Genre : Comédie
Date de sortie : 25 mai 2011

Le Pitch :
Stu va se marier. Accompagné de Doug, Phil et de son beau-frère Teddy, il invite sans grand enthousiasme Alan pour son mariage en Thaïlande. Après une nuit paisible sur la plage avec une ou deux bières et des marshmallows sur le feu, Stu, Alan et Phil se réveillent dans un appartement sordide en plein cœur de Bangkok. Doug est sain et sauf à la station balnéaire, mais Teddy a disparu, Stu est tatoué au visage, Alan a le crâne rasé, il y a un singe avec un doigt coupé, et ils ne se souviennent de rien. La Meute revient alors sur ses pas à travers des clubs de striptease, des salons de tatouage et des dealers dans les rues de Bangkok, déterminée à retrouver Teddy avant le mariage…

La Critique :
Il était une fois deux producteurs de films qui s’appelaient Monsieur Grenouillet et Monsieur Lapinou. Un jour, Monsieur Grenouillet et Monsieur Lapinou étaient en train de compter leur gros tas de dollars, quand Monsieur Lapinou s’écria:

« Ho, ho ! J’adore le fric ! Et j’adore faire des films ! Et j’adore quand les gens nous donnent du fric pour les films qu’on fait ! »

« Je suis d’accord ! » dit Monsieur Grenouillet. « Tu sais quel film les gens ont vraiment aimé ? Very Bad Trip »

« Oui ! » répondit Monsieur Lapinou, « Il était bon, celui-là ! Et assez malin aussi : la structure du lendemain de cuite lui avait permis de suggérer que des choses drôles s’étaient passées, laissant les détails précis à l’imagination de chacun ! Du coup, l’humour était à la fois plus général et plus personnel ! »

« Précisément ! » s’exclama Monsieur Grenouillet, « Et le mec sympa du groupe jouant le rôle du MacGuffin perdu qui fait avancer le récit accordait à l’histoire un but vertueux et sympathique sans estomper le plaisir de voir les personnages aux scrupules plus douteux délirer en roue libre. L’idée n’était peut-être pas très originale, mais c’était bien fait : le genre de film qui se revoit encore et encore ! »

Mais tout à coup, Monsieur Grenouillet avait l’air très triste.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Monsieur Lapinou.

Monsieur Grenouillet soupira et dit « C’est juste un truc qui m’est venu à l’esprit. C’est vrai que les gens regardent Very Bad Trip encore et encore, mais nous, on se fait de l’argent seulement la première fois qu’ils l’achètent. Et ça me rend triste. Si seulement on pouvait se faire du fric encore et encore… »

Monsieur Lapinou n’avait pas pensé à cela. Maintenant ils étaient tous les deux très tristes. Ils restèrent assis devant leur gros tas de fric, et pendant un long moment, aucun des deux producteurs ne dit mot. Mais soudainement, Monsieur Lapinou eut une idée.

« J’ai trouvé ! » dit Monsieur Lapinou. « Et si on refaisait le même film, avec la même histoire et les mêmes blagues parce qu’on a la flemme, mais en changeant suffisamment les éléments et la destination pour l’appeler une suite ? Comme ça, même s’ils pouvaient simplement revoir leur DVD de l’original, les gens viendront voir le nouveau film et on se fera encore tout un tas de fric ! »

Et les deux amis rigolèrent longtemps en pensant à l’ingéniosité du plan de Monsieur Lapinou. Et puis Monsieur Grenouillet fit le saut de l’ange dans la pile de dollars, et l’argent tomba du ciel…

Voilà. Je crois que cette petite dérivation satirique est un peu plus créative que la phrase qui était prévue à l’origine : Very Bad Trip 2 est une daube. Initialement, il était tentant de copier/coller « Very Bad Trip 2 est une daube » 500 fois. Après tout, si on lit « Very Bad Trip 2 est une daube » 500 fois, ça finira sans doute par être plus divertissant que le film lui-même. Mais on pourrait sans doute dire la même chose sur le fait de manger du beurre, donc allons droit au but.

Pour ceux dont la mémoire du premier volet a été rétroactivement souillée ou effacée par l’arrivée des suites (et c’est compréhensible), rappelons que Very Bad Trip premier du nom était au moins une bonne surprise. Certes, loin d’être original, le concept et sa structure étant largement tirés de Very Bad Things et de Eh, Mec ! Elle est où ma caisse ?, et au final c’est surtout un « film de mecs », mais Todd Phillips était derrière la caméra et en général ses « films de mecs » sont intéressants.

Dans les termes les plus courtois, Very Bad Trip 2 empeste le réchauffé. Il n’y a rien de nouveau à voir ici : toutes les blagues sont des répétitions ou des références à ce qui s’est passé auparavant, ça se passe à Bangkok au lieu de Las Vegas, l’ami égaré est le petit frère de la fiancée d’Ed Helms, Ken Jeong et le tigre forment un seul et unique personnage, et le bébé est maintenant un singe. Et ainsi de suite. Sinon, c’est exactement la même chose, mais sans ce parfum de nouveauté.

Le seul nouvel élément qui est apporté est une attitude homophobe et profondément raciste qui était loin d’être aussi prononcée dans le premier opus. Encore une fois, on parle d’un « film de mecs » et puisqu’il y a seulement deux choses que certains mecs pensent savoir à propos de la Thaïlande, il y a une scène vraiment inconfortable concernant une prostituée transsexuelle qui trahit un esprit rétrograde et désagréable de la part des auteurs, d’une manière inquiétante qu’on n’aurait jamais pu trouver chez l’original. Inutile de mentionner que ce n’est pas drôle du tout.

Certes, on peut voir à quel point cella aurait pu être marrant, dans le sens où le gag serait au détriment de ces trois losers et leur réaction exagérée à cette révélation. Mais la scène continue, sans s’arrêter, et on se rend compte que « Beurk ! Regardez, un transsexuel ! Oh, c’est trop dégueu et étrange et choquant et donc c’est marrant ! Vite, tout le monde! Soyons dégoûtés ensemble ! Beurk ! Sauve qui peut ! » est la seule et unique ambition de la séquence. Autrement dit, ce n’est pas seulement la réaction des personnages, c’est également la réaction du film, et par extrapolation, la réaction qu’il attend (et encourage) de son public. C’est comme si on écoutait un oncle bourré sortir des blagues racistes à table. Oui, les gars, il existe de telles choses. Peut-être vous pourriez expliquer pourquoi c’est censé être choquant et rigolo. Faudrait peut-être se rappeler qu’on est au 21ème siècle.

Hormis le fait que cet élément démontre le mépris profond qu’a Very Bad Trip 2 pour son spectateur, il indique aussi où la suite se casse la gueule dans le grand schéma des choses : dans l’original, les personnages principaux étaient la cible des blagues. L’ingéniosité venait de là : suivre les mésaventures des trois ploucs qui seraient d’habitude les dindons de la farce, le genre d’idiots qui resteraient là sans rien faire, alors que le désastre et la calamité s’abattent sur eux, puisque le mec gentil avec quelque-chose à perdre est porté disparu. Ici, c’est le personnage d’Ed Helms dont l’avenir est en jeu, donc maintenant on est censé trouver la Meute plus sympathique. Le calcul n’est pas très dur à faire: regarder trois connards de la classe moyenne en vacances se faire tabasser dans des circonstances aléatoires vaut une bonne rigolade. Mais pourquoi devrait-on compatir avec ces trois mêmes crétins s’ils trouvent Bangkok aussi délirant ?

Il existe une différence entre une comédie de mauvais goût et une comédie qui n’a pas de goût, et ce film se classe dans le second type. Very Bad Trip était un bon film avec un très mauvais titre et qui n’avait nul besoin d’une suite. Mais personne n’avait besoin d’une suite comme celle-là.

Very Bad Trip 2 est une daube.

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La Grande Gueule de Bois

Le sentiment que Very Bad Trip 2 sombre dans une humeur déplaisante et prolongée d’homophobie se confirme avec une blague désagréable impliquant une prostituée transsexuelle. Cette scène a été mentionnée spécifiquement dans la critique, mais un manque de temps et d’espace empêchaient une dissection individuelle et approfondie de la séquence et/ou une discussion des mécanismes de l’humour dans le film. Néanmoins, il serait peut-être important de souligner la laideur de l’humour employé par le film, comme un de ses problèmes majeurs, et cette séquence étant le meilleur exemple, l’argument méritait une analyse un peu plus étoffée.

Commençons par le commencement. Premièrement, on ne peut rien comprendre à propos de Very Bad Trip 2 sans avoir également compris Very Bad Trip premier du nom : le récit et la structure de la suite sont un recyclage flagrant de l’original, avec presque toutes les blagues et les situations étant une exagération ou une subversion d’un moment particulier de l’original. De même, on ne peut pas bien comprendre Very Bad Trip lui-même, sans avoir une compréhension de Las Vegas (la ville où les événements du film se déroulent) en tête.

Vegas, à la fois une ville et une institution, tient une place unique dans la mentalité américaine. Une des rares agglomérations où le jeu est légalisé à grande échelle, située dans un état où la prostitution est plus ou moins légale (mais toutefois lourdement réglementée), sa réputation est moins celle d’un endroit de vacances que celle d’une zone neutre pour les mœurs sociales. Et si son image publique a été retravaillée au cours des dernières années pour ressembler plus à une destination familiale, tout le monde connaît encore la musique.

La perception générale persiste que Vegas est un endroit où les gens peuvent pratiquer ce qui serait considéré autre part comme des activités légèrement criminelles ou délinquantes, en toute tranquillité, tant qu’on a l’argent. L’industrie du tourisme participe ouvertement à ce marketing coquin avec le slogan « What happens in Vegas, stays in Vegas » (« Ce qui se passe à Vegas, reste à Vegas »), répété dans des publicités gentiment voyeuses qui ne sont pas destinées aux gens ouvertement débauchés, mais plutôt à des professionnels (largement masculins) de la classe moyenne. La consensus général est donc que « What happens in Vegas, stays in Vegas » entend signifier que des hommes respectables de la classe moyenne (les publicités visent aussi les femmes, certes, mais le ton global est explicitement masculin) peuvent temporairement oublier leur adhérence aux divers contrats sociaux, sans s’inquiéter des conséquences qui pourraient les raccompagner chez eux.

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Les pubs « What happens in Vegas, stays in Vegas » avaient atteint un sommet culturel quand le premier Very Bad Trip entra en jeu, et c’est loin d’être une coïncidence : c’est un film avec exactement le genre de mecs qui seraient ciblés et/ou attirés par le slogan, qui se retrouvent dans une situation où ce qui se passe à Vegas ne restera certainement pas à Vegas. Ce n’est pas seulement la question de se réveiller avec une gueule de bois le lendemain d’une fête déjantée ; les trois potes de Very Bad Trip se réveillent après un fantasme dépourvu de conséquences pour en prendre plein la gueule face à une réalité qui est remplie de conséquences.

L’important, c’est que ces trois protagonistes (le Doug interprété par Justin Bartha ne compte pas, puisque qu’il sert uniquement comme procédé narratif dans les films) ne sont pas des hommes spécialement aimables. Le Phil de Bradley Cooper est un coureur de jupettes, un beau parleur qui n’est jamais sorti de l’adolescence : c’est Glenn Quagmire en vrai. Le Stu de Ed Helms est un crétin soumis, un mari dominé par sa femme au comportement passif-agressif qui se laisse entraîner par ses amis dans des situations douteuses. Alan, joué par Zack Galifianakis, est le plus « gentil » du groupe, largement grace à son statut d’enfant-mâle « arriéré » qui n’a pas connu mieux ; et c’est même suggéré que lui aussi est coupable de quelques indiscrétions vaguement définies (il n’a pas le droit de fréquenter les cours d’école). Mesdames et messieurs, nos héros ! Arrivés à Las Vegas, leurs intentions sont ouvertement malicieuses : ce sont des connards qui cherchent à utiliser la ville et ses occupants pour faire les cons et s’en sortir indemnes.

Encore plus importants sont les obstacles qui se dressent entre eux et leur échappatoire : pour la plupart, des icônes largement « inoffensives » du fantasme hédoniste proposé par Vegas en portions individuelles, devenues des indices d’une réalité néfaste au lever du jour. Ils se font attaquer par un tigre domestiqué (une fixation du monde du spectacle à Las Vegas), tabasser par une célébrité has-been (Mike Tyson) et interpeler par un touriste étranger loufoque (Ken Jeong) qui est en vérité un dangereux criminel international.

Mais leur plus gênante confrontation avec la réalité est une rencontre avec le symbole ultime de l’humanité exploitable de Las Vegas : la prostituée, avec laquelle Stu s’est marié accidentellement et qui lui a donné sa bague, un héritage familial inestimable. Réparer ces deux situations serait difficile même si c’était juste une prostituée – du moins, c’est ce qu’ils croient au début, mais la réalité est encore plus dure à avaler. En fait, elle finit par être la personne la plus gentille au monde : aimable, de bonne humeur, un véritable être humain. Et pour Phil, Stu et Alan, c’est un fait qui est encore plus difficile à digérer.

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L’intrigue secondaire de la prostituée au cœur d’or est le cœur (si le mot est juste) de Very Bad Trip. Un vrai tigre dans la salle de bains ? Comparé à ça, c’est relativement facile à gérer. Mais une personne qu’on paie afin de l’utiliser pour des faveurs sexuelles qui se révèle être un véritable être humain qu’on ne préférerait pas blesser, même si on n’a pas trop le choix ? En voilà un problème qui est dur à résoudre.

Dans le second volet, cependant…

Tous les gags dans Very Bad Trip 2 sont des remaniements délibérés de situations similaires dans le premier, et la nouvelle version de « Stu s’est marié avec une prostituée » est « Stu a couché avec une prostituée transsexuelle ». Mais cette fois, la dynamique est amenée dans une direction largement moins intéressante. En ce qui concerne la réaction des personnages, ce n’est plus « Oh merde, la prostituée est vraiment gentille, en fait ! On ne peut pas simplement l’envoyer chier, prendre la bague et en finir ! », mais « Oh merde, j’ai couché avec un transsexuel…Beurk ! »

Euh…lol ?

Non seulement le gag n’est pas spécialement drôle, à moins que, bien entendu, vous trouvez qu’apercevoir une personne à l’apparence féminine doté d’un organe génital masculin est en soi super drôle et/ou super dégelasse (du moins, c’est certainement l’attitude qui est prise par le film), c’est un gag qui prend une tournure très sombre. Stu souffre plus ou moins d’une dépression nerveuse suite à cette révélation, d’une façon tellement exagérée (même comparé à son pétage de plombs dans le premier épisode) que c’est évident que le film ressort le même genre de gag qu’avant…sauf que cette fois, il ne le fait pas. Cette fois, la situation ne se retourne pas sur Stu : le gag se résume à « Beurk, c’est dégueu ! ».

Pour ce qui est de l’autre personnage dans cette séquence, dés que son « membre » est mis en évidence, il/elle cesse d’être vu comme un être humain. En ce qui concerne le montage, le choix des plans et la prise de vue de la caméra dans cette scène, on pourrait croire que la Meute se retrouve devant un xénomorphe. L’inversion est assez sinistre. Le but de la situation dans l’original qui est soi-disant reprise ici était de faire redescendre Stu et compagnie sur Terre en humanisant un autre personnage. Cette version, cependant, cherche à souligner le statut de Stu en tant que victime de « l’étrangeté » de Bangkok en déshumanisant un autre personnage.

La scène est cruelle, marquée par une laideur sous-jacente d’homophobie, mais elle est aussi emblématique de l’échec cuisant du reste du film. Dans Very Bad Trip, la réalité de Las Vegas sanctionnait des personnages qui l’avaient approché à travers le prisme d’un fantasme de Las Vegas. En contraste, dans Very Bad Trip 2, la ville de Bangkok – une ville largement imaginée par le monde occidental comme étant une version moins agréable de Mos Eisley, où tout le monde est censé être un transsexuel, ou un gangster, ou un dealer de drogue – finit par être exactement le repaire diabolique de monstres, d’escrocs et d’étrangers bizarres et terrifiants auquel ils s’attendaient.

Ce n’est pas marrant quand les attentes sont comblées. Et Very Bad Trip 2 n’est pas marrant.

@ Daniel Rawnsley

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Par Daniel Rawnsley le 4 juin 2013

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