[Critique]LE PREMIER RASTA

STARVIDEOCLUB | 27 avril 2013 | Aucun commentaire

Rating: ★★★★☆

Origine : France
Réalisatrice : Hélène Lee
Distribution : Leonard Percival Lowell…
Genre : Documentaire/Musique/Adaptation
Date de sortie : 27 avril 2011

Le Pitch :
Journaliste et réalisatrice baignant dans la culture reggae depuis des années, Hélène Lee a publié plusieurs livres ( dont Le Premier Rasta dont le documentaire est inspiré) tout en réalisant des documentaires pour le télévision et le cinéma. Ici, elle revient sur le parcours extraordinaire de Leonard Percival Howell, le créateur du mouvement rasta qui a inspiré, sans que le grand public ne le sache, des centaines d’artistes en Jamaïque et de par le monde…

La Critique :
Pour bien comprendre la force de ce documentaire, il convient de préciser qui est Leonard Percival Howell dit « Gong ».
Leonard est né en 1898 dans une région rurale de la Jamaïque. Fils d’un prédicateur, il s’embarque très tôt sur les navires marchands accostant sur l’ile et part découvrir le monde, de la Russie à l’Asie, et des Caraïbes à l’Europe.
« Passeurs » à l’époque des idées politiques de tous bords, les marins font découvrir à Howell les idées de Lénine, les manifestes révolutionnaires et c’est finalement plein d’une conscience politique en plein mouvement qu’il part s’installer à Harlem, endroit idéal selon lui pour qu’un jeune noir comme lui s’émancipe.
Là bas, il rencontre Marcus Garvey qui l’influence au départ fortement dans ses idées et dans son cheminement intellectuel. De retour en Jamaïque, le charisme et les discours d’Howell font qu’il est rapidement écouté par les populations déshéritées.
Clamant haut et fort que les colons anglais pillaient sans vergogne une terre qui n’était pas la leur et que les jamaïquains n’avaient pas à leur obéir, il n’a pas fallu longtemps pour les britanniques voient en Howell un véritable félon, très dangereux pour leurs sordides « affaires ».
Howell sera donc poursuivi en justice, attaqué, calomnié et ridiculisé par ses brutaux adversaires.
Dès que se mettra en place cette cabale cauchemardesque, Howell partagera sa vie entre la prison, de courtes périodes de libertés et les hôpitaux psychiatrique où il sera interné de force.

En parallèle à ce terrible mode de vie, Howell commence à organiser ses idées et à développer tout un mode de vie.
Il publie un petit manifeste, crée une communauté dans les hauteurs de la Jamaïque (Le Pinacle) et désigne (avant tout le monde) Hailé Sélassié comme le messie noir.
Inspiré par la culture des indiens présents en Jamaïque depuis plus de 30 ans, Howell s’inspire des mouvements de Shiva pour penser les dreadlocks et utilise à des fins de méditation la ganja importée des Indes.
Il désigne aussi l’occident et Babylone comme l’oppresseur qui finira par se détruire tout seul et accueille les premières femmes en difficulté (car les premiers rasta étaient des femmes) au Pinacle. Au plus fort de sa fréquentation, il y avait apparemment (et selon le fils d’Howell)  2500 à 3000 personnes dans ce lieu. Si on considère les allées et venues on peut facilement monter à 10 000.
Le Pinacle sera quand même détruit et ses habitants s’éparpilleront en ville, la plupart à Kingston. Pas étonnant que le jeune Bob Marley d’alors soit séduit par cet homme hors du commun et dise vouloir lui aussi devenir un « Tough Gong » quand il le pourrait (c’est donc ce qui inspirera le fameux Tuff Gong).

Mais l’acharnement aura finalement raison d’Howell qui finira sa vie laminé, épuisé par des années de luttes.
Aujourd’hui pourtant, très peu de personnes se souviennent d’Howell. Reste une poignée de centenaires qui l’ont connu, des historiens qui ont étudié son épopée et quelques érudits du mouvements rasta. Et comme nul n’est prophète en son pays, il aura fallu attendre ce documentaire étranger pour que la réhabilitation de cet homme commence…enfin…

Si ce documentaire souffre de quelques défauts de rythme, il a au moins le mérite d’éclairer un sujet méconnu, important pour tous ceux qui aiment le reggae…et aussi pour les autres.
Car les rasta dérangent toujours, et ce pas seulement en Jamaïque. Howell défendait surtout l’idée d’une vie paisible, sans société de consommation cherchant à te vendre des objets dont tu n’as pas besoin. Accéder à une sorte de spiritualité en regardant vers les cieux pour trouver une forme de spiritualité, sans église et sans dogme. Peu importe alors que le rasta soit chrétien, musulman, avec locks, noir, jaune, blanc ou rouge. Une belle leçon de tolérance en somme. Forcément, ces idées dérangent.

N’est-t’il pas scandaleux qu’un documentaire de la sorte, original, prenant et singulier, n’ait bénéficié d’aucune subvention pour aider à sa réalisation ? Quand je vois ce que le cinéma français nous propose en recasant de manière robotique toujours les mêmes sujets, je me dis qu’un peu de fraicheur ne lui ferait pas de mal. Hélas, aujourd’hui plus que jamais, il faut creuser un peu pour trouver des sujets intéressants.

Présente au forum des images à Paris pendant la diffusion du documentaire, nous avons eu la chance de participer à un petit question/réponse avec Hélène Lee. Ce petit bout de femme au verbe posé et à l’argumentaire sobre mais convaincant, nous a raconté quel est aujourd’hui la réalité des ghettos de Kingston, la magie de la Jamaïque et de ses habitants, et la nécessité de raconter des histoires de la sorte, puissantes parce que vraies et d’autant plus importantes à raconter que certains tentent de les cacher. Une réalisatrice concernée, une histoire formidable et un doc à voir…

@ Pamalach

le-premier-rasta-le-premier-rasta-27-04-2011-3-gCrédits photos : Niz !

 

Par Pamalach le 27 avril 2013

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