[Critique] ALICE DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

CRITIQUES | 2 juin 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Alice Through the Looking Glass

Rating: ★½☆☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : James Bobin
Distribution : Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway, Sacha Baron Cohen, Rhys Ifans, Ed Speleers, Andrew Scott, Matt Lucas, Toby Jones, Michael Sheen, Paul Whitehouse, Alan Rickman, Stephen Fry, Timothy Spall…
Genre : Fantastique/Adaptation/Suite
Date de sortie : 1er juin 2016

Le Pitch :
Alice est devenue exploratrice. À son retour de Chine, alors qu’elle apprend de désagréables nouvelles, elle reçoit la visite d’Absolem, qui devenu un papillon bleu. Absolem conduit Alice à un miroir magique, qu’elle traverse. Elle se retrouve alors au Pays des Merveilles et apprend que le Chapelier Fou se laisse dépérir et court un grand danger. Pour le sauver, la Reine Blanche Mirana demande à Alice de remonter le temps pour sauver les parents du Chapelier. Il se trouve que le Temps est aussi une personne, qui a collaboré avec Iracebeth, la Reine Rouge…

La Critique :
Un grand penseur a dit un jour : « Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui ont le pistolet chargé et ceux qui creusent ». Quand Tim Burton produit mais ne réalise pas, c’est la même chose. D’un côté avec les films d’animation comme avec le cultissime L’Étrange Noël de Monsieur Jack (que Burton a non seulement produit, mais aussi écrit, conçu les personnages, assuré la direction artistique, au point qu’il est même plus burtonnien que certains films récents du réalisateur), James et la Pêche Géante (où il a participé aussi à l’animation et aux effets visuels), tous deux de Henry Selick et Numéro 9 de Shane Acker, tous trois très appréciés. De l’autre, il y a le reste. D’abord Cabin Boy étrillé par la critique et sorti dans l’indifférence. Par la suite, Batman Forever où le héros rendu sombre par Burton a laissé la place, sous Schumacher, à une sorte de disco queen aux couleurs criardes pour un résultat moyen, au point que Burton n’a pas produit sa suite, à savoir le pire Batman jamais réalisé. Il y a eu aussi Abraham Lincoln, chasseur de vampires dont le seul titre en dit long sur la qualité du film. Ajoutons à cela le fait que Alice au Pays des Merveilles s’est fait défoncer par la critique et les fans (alors qu’il a des qualités et qu’il est largement mieux que Big Eyes, Dark Shadows et La Planète des Singes) et on ne peut pas dire que la sortie d’un Alice 2, de surcroît seulement produit par Burton, a suscité un enthousiasme comparable à celui procuré par la perspective de regarder une rediffusion d’une émission de Drucker un dimanche pluvieux.

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On peut ajouter à cela le fait que le réalisateur James Bobin n’avait rien fait de notable dans sa carrière au cinéma, à part des films autour des Muppets, et que la bande-annonce a suscité tellement de craintes que Burton himself a été appelé à la rescousse pour faire le SAV du film avant même sa sortie.
Alice aux pays des merveilles était certes bancal, inégal mais possédait des qualités dont sa très belle photos, son univers graphique et son bestiaire soigné, un tout que n’aurait pas renié Lewis Caroll. Sa suite, pourtant adapté d’un roman de Caroll (la suite de Alice) aurait en revanche donné des sueurs froides à son auteur. Il y a certes quelques bons moments, notamment les premiers pas du retour d’Alice dans le Pays des Merveilles, ou une séquence entre le Chapelier Fou et le Temps où les dialogues sont assez fins et drôles. Mais ces quelques séquences ne sont qu’une couche de peinture superficielle sur un truc tout rouillé et tombant en ruine. Tout d’abord, l’excès d’images de synthèse qui, là, dégueulent littéralement (et en 3D, c’est pire), au point qu’on se demande si les M&M’s qu’on a mangé pendant la séance n’avait pas des petits smileys dessus, ou si les responsables des effets spéciaux n’étais pas sous LSD. En revanche, si l’œuvre originelle est bien barrée, en raison de l’univers de son auteur, l’adaptation, elle, est d’abord assez confuse, et vers la fin, hyper prévisible, et téléphonée. C’est à croire que le scénariste, lui, n’avait pas pris assez de drogue. La photo, si belle lors du précédent épisode, est nettement plus fade, et certains univers graphiques dépassent le stade du risible, en premier lieu la forteresse du Temps, un peu le Minas Morghul du Seigneur des Anneaux mais version hard discount. Les dialogues sont, à l’exception de quelques séquences, aussi plats que ceux d’un soap. Quant aux nouveaux personnages, à part le père du Chapelier Fou (grâce à l’interprétation de Rhys Ifans très sobre) et les gardes végétaux de la Reine Rouge (qu’on croirait sortis de tableaux d’Arcimboldo), ils sont en général assez moches, surtout les Secondes et leur espèce de transformation en mode Transformers hyperactifs.

Les acteurs s’en sortent inégalement, mais c’est avant tout dû à la qualité de leurs personnages. Sacha Baron Cohen a été plus inspiré dans des films comme Borat. Anne Hathaway a beau être une bonne actrice, mais sa Reine Blanche est encore plus cruche et insupportable que dans le précédent Alice. Johnny Depp confirme sa pente descendante (à part son hilarante interprétation dans Tusk, et son interprétation parfaite dans Strictly Criminal, rien de notable depuis plusieurs années) et, alors que son excentricité avait contribué au charme du précédent, ici, il n’est plus que l’ombre de lui-même. De son côté, alors qu’elle était magistrale dans Tracks, Mia Wasikowska est ici mi-figue mi-raisin. On apprécie que son personnage ait pris du caractère mais on ne peut pas dire que l’actrice se soit tellement éclatée (ou alors, ça ne se voit pas). Helena Bonham Carter, quant à elle, s’en sort plutôt bien.
Une séquence résume à elle seule Alice de l’autre côté du miroir, à savoir celle d’une course-poursuite entre le Temps et Alice, blindée de CGI super mal foutus et où le fait que les personnages jouent devant un fond vert se voit à des kilomètres tellement cette impression saute aux yeux. Le thème de la machine à remonter le temps a été maintes fois exploré depuis l’œuvre de H.G. Wells au déjanté Kung Fury où le héros hackait le temps, mais là on a rarement vu des scènes d’exploration de temps aussi moches et on a envie de remonter la pendule pour dire à Bobin de refuser ce projet foireux. Les effets-spéciaux font plus cauchemarder que rêver. Le bestiaire fantastique du premier Alice n’apparaît que peu et n’apporte pas grand-chose à crier hourra dans un dénouement hyper téléphoné. Les touches de noirceur du premier ont été gommées pour plaire un public familial encore plus large. On a un mélange de bad trip sous champignons hallucinogènes croisé à l’hystérie d’un gamin excité par une overdose de sucre. Ça dégouline de mièvrerie à tous les étages et les rares qualités sont noyées dans la mélasse. Aussi dispensable que vain, Alice de l’autre côté du miroir ne déçoit pas dans le sens où on avait les plus grandes craintes à son sujet (et comme dit le site Nanarland : « Le pire n’est jamais décevant »).

@ Nicolas Cambon

Alice-de-lautre-côté-du-miroir-mia  Crédits photos : The Walt Disney Company France

Par Nicolas Cambon le 2 juin 2016

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