[Critique] 99 HOMES

CRITIQUES | 15 mars 2016 | Aucun commentaire

Titre original : 99 Homes

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Ramin Bahrani
Distribution : Andrew Garfield, Michael Shannon, Laura Dern, Tim Guinee, J.D. Evermore…
Genre : Drame
Date de sortie : 18 mars 2016 (e-cinéma)

Le Pitch :
États-Unis, 2007, crise des subprimes. Rick Carver, un homme froid et ambitieux fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Dennis Nash, un père célibataire, fait sa connaissance quand celui-ci vient frapper à sa porte pour lui notifier son expulsion. Prêt à tout pour récupérer sa maison, Dennis décide d’accepter la proposition de Carver, qui cherche justement quelqu’un pour lui prêter main forte afin d’expulser toujours plus de familles…

La Critique :
Il y a quelques semaines, Adam McKay proposait, avec The Big Short, une plongée en immersion dans les affres le la crise des subprimes, à l’origine de la crise économique. Un film qui intervenait plusieurs années après Margin Call qui lui, s’intéressait à la naissance de la dite crise. Deux longs-métrages importants centrés sur les rouages d’une réaction en chaîne impitoyable, particulièrement révélateurs quant aux rôles des banques dans l’effondrement de l’immobilier et ses terrifiantes conséquences. 99 Homes, qui fut par ailleurs récompensé par le Grand Prix au Festival de Deauville, se focalise quant à lui sur les victimes. Sur les personnes qui, à cause des malversations de certains groupes banquiers, durent quitter leur foyer et qui virent leur existence s’effondrer.

99-Homes-Andrew-Garfield

99 Homes s’appuie sur la dynamique qui anime justement un homme contraint de quitter sa maison et un autre, chargé de l’expulser. Ce dernier, incarné avec une froideur redoutable par l’implacable Michael Shannon cristallisant toute la perversion d’un phénomène à plus d’un titre tétanisant. Alors qu’il se charge de déposséder les victimes du système, il en profite également pour s’enrichir. Un paradoxe au centre même du film de Ramin Bahrani, qui entend souligner le caractère extrêmement pervers de la crise, illustrant le célèbre adage qui affirme que le malheur des uns fait le bonheur des autres. En face, Andrew Garfield interprète l’un de ces hommes forcés de tout abandonner pour se soumettre à la puissance d’une autorité dont le visage, impassible, ne laisse aucune chance à l’espoir.
Mais si 99 Homes semble dans un premier temps se baser sur le duel qui oppose Shannon à Garfield, tout change par la suite quand les deux hommes collaborent, après la signature d’un pacte Faustien.
Dans le rôle du diable, ce personnage bien décidé à s’enrichir sur le malheur des autres, indifférent à la détresse d’autrui, se prend en quelque sorte d’affection pour celui qui semble prêt à tout pour sauver sa famille et récupérer son domicile. Le contrat qu’il lui propose, lui permet de servir sa cause perverse et de devenir à son tour un loup. De victime, le personnage d’Andrew Garfield devient prédateur. Par cela, 99 Homes souligne le pouvoir corrupteur de l’argent. Et ce sans chercher à mettre en avant des prétentions révolutionnaires. Le long-métrage préfère miser sur une simplicité salvatrice pour illustrer quelque chose de complexe. Contrairement à The Big Short, dont l’un des objectifs est de rendre lisible le processus qui mena à la crise (ce qu’il parvient à faire brillamment), 99 Homes reste terre-à-terre. Il s’attache à un homme comme tous les autres, qui à lui seul, représente toutes les victimes. Rien de compliqué la-dedans. Et c’est justement pour cette raison que le récit s’avère aussi effrayant. De par sa faculté à rendre la détresse tangible, sans artifices, le cinéaste ne cède pas au sensationnalisme, et même si le twist qui lui offre une certaine pérennité aurait pu en effet transformer le film en quelque chose de plus « spectaculaire », en organisant le duel à mort de deux hommes différents en tout (et ainsi se rapprocher du thriller), il reste fidèle jusqu’au bout à ses idéaux.

Soutenu par une réalisation sobre et impliquée, 99 Homes peut compter sur l’engagement de comédiens tout à fait conscients de l’importance de la démarche d’ensemble. Andrew Garfield, enfin débarrassé de l’encombrant costume de son Amazing Spider-Man, rappelle qu’il vaut cent fois mieux que le rôle qui l’a fait connaître au grand public. Touchant, pertinent, il est parfait. En face, Michael Shannon, impassible, parvient à rendre tragiquement tangible les intentions d’un rouleau compresseur abject, dont il est le bras armé (au sens littéral).

Au final, mine de rien, sans crier gare, 99 Homes s’inscrit dans une prolongement d’œuvres comme Wall Street, tout en continuant la réflexion de Margin Call et de The Big Short. Il donne un visage et une voix aux victimes, qui souffrent des décisions d’hommes qui leur restent invisibles. Particulièrement difficile, ce film remarquablement maîtrisé et rythmé, reste jusqu’au bout fidèle à son cahier des charges. Sans aucun manichéisme, il condamne le cynisme des hommes de la crise et analyse brutalement, avec apprêté et réalisme, les effets secondaires d’un cataclysme économique et social. En filigrane, alors que l’intrigue progresse vers une conclusion dont nous craignons l’issue, 99 Homes dessine aussi une réflexion quant au Capitalisme et à son fonctionnement. Il fait un état des lieux du rêve américain tel qu’il peut être accessible à des personnes tout d’abord désignées comme les victimes d’un système vorace. Le tout en se montrant à la fois empathique et palpitant. Sans céder de terrain au sensationnalisme et sans sortie de route majeure. Droit dans ses bottes, 99 Homes va jusqu’au bout.

@ Gilles Rolland

99-Homes-Michael-Shannon-Andrew-Garfield    Crédits photos Wild Side

Par Gilles Rolland le 15 mars 2016

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