[Critique] LES ANIMAUX FANTASTIQUES

CRITIQUES | 16 novembre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Fantastic Beasts And Where To Find Them

Rating: ★★★★☆
Origines : États-Unis/Grande-Bretagne
Réalisateur : David Yates
Distribution : Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler, Alison Sudol, Colin Farrell, Ezra Miller, Samantha Morton, Jon Voight, Carmen Ejogo…
Genre : Fantastique/Aventure/Adaptation
Date de sortie : 16 novembre 2016

Le Pitch :
1926 : le sorcier Norbert Dragonneau débarque à New York avec sa valise pleine à craquer d’animaux fantastiques. Il ne se doute pas que son arrivée coïncide avec la montée en puissance d’une force obscure qui menace la communauté des sorciers qui cherche quant à elle absolument à rester la plus discrète possible aux yeux des Non—Maj (la version américaine des Moldus). C’est alors que quelques créatures s’échappent de la valise de Norbert, semant à leur tour plusieurs troubles dans la grande cité…

La Critique de Les Animaux Fantastiques :

Le nom de Norbert Dragonneau apparaît notamment dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, où il est mentionné qu’il s’agit d’un auteur très populaire pour avoir écrit un livre sur les animaux fantastiques. Bouquin que sera amené à lire le jeune Harry plusieurs dizaines d’années après l’arrivée à New York de Dragonneau, dans les années 20. Et c’est justement cette histoire que nous raconte ce spin-off de la saga du célèbre sorcier à la cicatrice. Un film destiné à amorcer une saga qui devrait compter cinq épisodes et qui se focalise donc notamment sur Norbert Dragonneau, mais aussi sur plusieurs autres personnages qui, si ils ne sont pas directement attachés à Poudlard, évoluent dans le même univers…

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J.K. Rowling garde le contrôle sur Les Animaux Fantastiques

C’est en 2001 que J.K. Rowling publie Les Animaux Fantastiques, sous le pseudonyme de Newt Scamander (le nom original de Norbert Dragonneau). Un livre en forme de dictionnaire explicatif recensant les créatures fantasmagoriques, qui explique aussi comment s’en occuper, tout en revenant sur leurs modes de vie, histoire de mettre à la disposition du public, le même ouvrage mentionné dans les Harry Potter. En somme, pas de quoi faire un long-métrage. Mais J.K. Rowling a pris les choses en main, préférant s’occuper elle-même d’écrire le scénario et d’imaginer les aventures de Dragonneau plutôt que de laisser ce soin à un autre. Un gage de confiance pour les fans, qui savaient d’ores et déjà que le long-métrage serait au moins respectueux et cohérent. Ce qu’il est au final. Le fait de retrouver le réalisateur David Yates, un fidèle de Poudlard déjà en poste sur L’Ordre du Phénix, Le Prince de sang-mêlé et sur Les deux Reliques de la mort, accentuant la confiance qu’a rapidement inspiré le projet.
J.K. Rowling a beau livrer ici son premier script, force est de reconnaître sa belle maîtrise. Sa prose ne souffre d’aucun compromis et permet de renouer très vite avec la féerie d’un univers dans lequel on retrouve ses marques avec un réel plaisir. À partir d’un manuel explicatif, l’auteure tisse une histoire virevoltante dans le New York des années 20 et repousse donc les limites de son propre monde. Les sorciers américains sont ainsi à la fois proches de leurs collègues anglais mais aussi différents. Idem pour leur environnement. Les coutumes ne sont pas non plus totalement les mêmes et c’est tous ces petits détails qui, mis bout à bout, offrent aux Animaux Fantastiques son originalité immédiate et tant pis si les deux intrigues parallèles (Dragonneau et ses animaux et la montée en puissance de la force obscure à New York) s’emmêlent un peu les pinceaux.
On pense d’abord à Harry Potter, mais Norbert Dragonneau sait nous prendre par la main pour nous faire vivre des péripéties qui nous amènent à oublier le jeune sorcier pour nous concentrer sur cette grande aventure.

Une magie à plusieurs niveaux de lecture

La grande force des Animaux Fantastiques est de proposer un double discours. C’est là aussi qu’il faut souligner le génie de J.K. Rowling, qui parvient à nous immerger dans un récit fascinant et foisonnant, mais qui se paye en plus le luxe de parler du monde moderne, à l’aide d’une métaphore aussi simple qu’efficace et ingénieuse. Un peu à la manière des X-Men, le film souligne les difficultés éprouvées par les sorciers quand il s’agit de vivre dans une société dominée par les humains. Des humains peut-être dénués de pouvoirs, mais néanmoins dangereux, comme l’explique très justement un passage bien précis. Sous couvert d’un divertissement grand public, J.K. Rowling nous parle d’intégration et de la nécessité de faire preuve d’ouverture d’esprit et de tolérance. Sans oublier le plaidoyer en faveur de la cause animale. Les Animaux Fantastiques est loin de n’être qu’un blockbuster auto-centré sur sa propre volonté d’envoyer du lourd pour exploser les rétines des spectateurs. Il entend aussi se poser comme une œuvre en connexion avec son époque et sait y parvenir avec une flamboyance et une pertinence aussi rares que remarquables. Une réussite également imputable au parfait mélange entre noirceur et légèreté, sans que jamais le savant équilibre ne soit mis en danger par une blague de trop ou pas un trop plein de violence hors-sujet. Ici, tout est une question de subtilité, et de savoir utiliser un budget confortable et un univers codifié pour faire passer des messages, sans pour autant sonner prétentieux ou moralisateur.
Autre détail important : le métrage n’est pas une énième origin story à la Marvel. Oui c’est le premier volet d’une saga mais oui aussi, il raconte sa propre histoire. Avec un début, un milieu et une fin (avec des points de suspension).

Un bestiaire extraordinaire

Les Animaux Fantastiques jouit d’effets-spéciaux franchement spectaculaires, maîtrisés à la perfection par un David Yates visiblement très à l’aise. Les animaux contenus dans la valise de Dragonneau sont tous attachants (certains plus que d’autres) et la reconstitution du New York des années 20 a une classe incroyable. Sans parler des costumes et de toutes ces petites choses qui arrivent à offrir un prolongement crédible et solide à l’univers d’Harry Potter. Visuellement, c’est tout bon. Rien à redire. Tout comme au niveau du casting d’ailleurs.
Eddie Redmayne pour commencer s’arrange, sans avoir l’air de forcer le trait, pour se rendre attachant quasiment à la minute où il apparaît à l’écran. Son sourire touchant, sa manière de parler, de bouger, font de lui un parfait héros, auquel on peut s’identifier mais que l’on peut aussi admirer. Il porte le long-métrage armé de sa baguette, de sa valise et d’un charisme indéniable. Dan Fogler, qui avait jusqu’à maintenant évolué au second plan dans beaucoup de films ou plus en avant dans des séries B (comme le très sympathique et référentiel Fanboys), est lui aussi excellent. Il est le comique de service et pas que, comme en témoigne l’histoire parallèle qui se développe autour de son personnage, amené à prendre une vraie importance. Impossible de ne pas saluer le travail de Katherine Waterston, à fleur de peau dans un rôle magnifiquement écrit, qui apporte toute sa sensibilité et son énergie au récit, ainsi que Alison Sudol, une autre révélation. Colin Farrell pour sa part, campe un personnage aussi magnétique qu’ambivalent, avec une classe pure, en face d’un Ezra Miller droit dans ses bottes dans un registre qu’il connaît par cœur.
Des comédiens que David Yates sait exploiter avec talent, profitant de l’excellente caractérisation des personnages et d’un sens du grand spectacle qui n’occulte jamais l’humain au service de la pyrotechnie et des images de synthèse.

Blockbuster old school pour moldus nostalgiques

Il ne serait pas exagéré de situer Les Animaux Fantastiques quelque-part entre Jumanji et Harry Potter. On retrouve même un peu de King Kong. Un mélange qui ne doit néanmoins pas se résumer à la somme de ses influences car celles-ci sont, certes respectées, mais surtout vite assimilées, par un scénario qui sait trouver sa voie. J.K. Rowling ne cherche pas à tout prix l’originalité mais plutôt à renouer avec une recette vintage, pour proposer un divertissement extrêmement spectaculaire (la scène finale est terrible), intelligent, fédérateur, mais pas cynique pour deux sous. Une recette que peu parviennent encore à utiliser sans se prendre les pieds dans le tapis. D’autres préfèrent d’ailleurs l’ignorer. Les Animaux Fantastiques assume. Il veut se situer dans une démarche à l’ancienne et c’est ce qui fait tout son charme.

En Bref…
David Yates et J.K. Rowling rameutent la magie d’Harry Potter et lui offrent un nouvel écrin, spectaculaire. Drôle, visuellement sublime, porté par des acteurs parfaits et garant d’un discours sur la tolérance d’utilité publique, Les Animaux Fantastiques est un blockbuster intelligent empreint de poésie. De ceux qui ne sonnent pas creux et qui restent en mémoire. Qui font réfléchir tout en laissant bouche-bée, avec une belle chair de poule en prime. Alors oui, si tous les films de la saga à venir sont du même acabit que cette remarquable entrée en matière, on signe plutôt deux fois qu’une !

@ Gilles Rolland

Les-animaux-fantastiques-cast  Crédits photos : Warner Bros. France

Par Gilles Rolland le 16 novembre 2016

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