[Critique] BLAIR WITCH

CRITIQUES | 21 septembre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Blair Witch

Rating: ★★★☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Adam Wingard
Distribution : Brandon Scott, Callie Hernandez, Valorie Curry, James Allen McCune, Corbin Reid, Wes Robinson…
Genre : Épouvante/Horreur/Suite
Date de sortie : 21 septembre 2016

Le Pitch :
James avait 4 ans quand sa sœur Heather a disparu dans la forêt de Black Hills, ne laissant derrière elle qu’une série de cassettes vidéo contenant des images très perturbantes, visant à confirmer la présence dans les bois de la fameuse sorcière de Blair. Depuis toujours désireux d’en savoir plus sur ce qui s’est vraiment produit, James entre en contact avec un jeune homme vivant à proximité de la fameuse forêt, qui aurait trouvé une cassette contenant de nouvelles images. Espérant pouvoir retrouver Heather vivante après toutes ces années, James convainc trois de ses amis de l’accompagner afin de mener son enquête. Ce qu’il vont découvrir va les confronter à une puissance maléfique inimaginable…

La Critique :
Monument de frayeur pour les uns, énorme arnaque pour les autres, Le Projet Blair Witch n’a en tout cas laissé personne indifférent, quand il est sorti en 1999. Un film depuis devenu culte, dont l’un des exploits, outre celui d’avoir pulvérisé le box office alors qu’il n’avait rien coûté, est d’avoir exploité une vieille technique (véritablement « inventée » par Cannibal Holocaut en 1980) pour ouvrir la voie à un nombre impressionnant d’apprentis cinéastes désireux de monter un long-métrage pour pas grand chose tout en espérant eux aussi casser la baraque. Le found footage moderne est né dans la forêt de la sorcière de Blair. Avec ses courses effrénées, sa caméra qui bouge dans tous les sens, ses images troubles, la production d’Edouardo Sanchez et Daniel Myrick fait aujourd’hui office de modèle. Plus que jamais même, si on se réfère à l’authenticité du film. Une authenticité qui fait défaut à beaucoup de prétendants au titre, qui ont perdu le sens de la démarche, aussi simple soit-elle, en ajoutant de savants effets-spéciaux au cahier des charges du found footage. Le Projet Blair Witch lui, n’était pas sophistiqué du tout. Il jouait sur le réalisme et sur la suggestion. On peut en penser ce qu’on veut mais force est d’y reconnaître ceci. Après tout, ce n’est pas pour rien que le début des années 2000 vit des hordes de gamins envahir les forêts pour tourner leur propre version avec le caméscope de leurs parents. D’où le « malentendu » programmé par les deux réalisateurs quant à savoir si l’histoire était vraie ou non. Avec ses acteurs inconnus, son aspect rugueux et un web pas encore présent dans tous les foyers, facile de faire avaler des couleuvres à un public en demande. Le problème, c’est que 17 ans plus tard, les choses ont changé. Des found footages, on en a bouffé des tonnes. Des gros navets et des trucs plus inventifs. Entre temps, Le Projet Blair Witch, l’exercice de style originel ou presque, a gardé son aura mais est passé au second plan. En 2016, personne ou presque n’a vraiment envie de voir un found footage et personne n’est prêt à croire en la prétendue vérité que ces films veulent nous raconter. Même le dernier hit en date, soit Paranormal Activity, a paumé ses fans au fil de suites poussives. Qu’est-ce qui pouvait assurer à un nouveau Blair Witch un succès aussi fort que son prédécesseur ? À vrai dire rien. Le contexte a changé de manière trop brutale. Le mieux à espérer était de fédérer les anciens fans et d’en gagner de nouveaux.

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On oublie Le Livre des Ombres, la suite calamiteuse que personne n’a envie de (re)voir, et on retourne dans la célèbre forêt, en compagnie du frangin d’Heather, l’héroïne du premier volet. Peut-être conscients qu’ils n’allaient jamais pouvoir réitérer le hold-up du Projet Blair Witch, le réalisateur Adam Wingard et les siens ont préféré jouer la sécurité. On le répète, mais le film semble très clair à ce sujet : le but est ici de récupérer les spectateurs qui ont vu et aimé le premier film, et de fédérer au passage les plus jeunes. Pour se faire, Wingard a opéré de la même façon que nombre de productions opportunistes actuelles. Il a réalisé une suite qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un remake. Une technique habile mais aussi un poil putassière qui permet de se cacher derrière le joker « ceci n’est pas un remake, mais une suite, qui respecte le travail accompli auparavant », sans avoir à trop se casser la tête.
Car dans le cas présent, Wingard a exactement repris les mêmes recettes que Sanchez et Myrick. Son histoire ne change pas. Les personnages si, mais la progression, on la reconnaît et tout s’avère pour le moins prévisible. Ils arrivent dans les bois, sont septiques, se perdent, il y a des bruits, la tension s’accentue, etc… On connaît la chanson par cœur. Le Projet Blair Witch l’a inventé (ou remise au goût du jour) et plein d’autres l’ont reproduite. Blair Witch ne fait montre d’aucune originalité du côté du scénario.
Là où il se démarque davantage par contre, c’est quand il utilise les nouvelles technologies pour nous immerger dans une ambiance voulue oppressante. Plus de caméscope (ou presque) mais des caméras-oreillettes et un drone. Les héros du film sont même équipés de GPS. Adam Wingard multiplie les points de vue. Globalement, sa mise en scène est assez réussie, et tant pis pour les inévitables passages où tout bouge tellement, qu’il est difficile de ne pas avoir les dents du fond qui baignent. Surtout à la fin, quand tout s’emballe. Les points de vue sont nombreux mais on ne peut pas s’empêcher de se sentir un petit peu frustré tant tous ne sont pas totalement exploités. Le drone par exemple, n’apporte rien de bien consistant. Pareil pour les GPS. Quand les protagonistes sont paumés, ils sont paumés. GPS ou pas GPS, comme dans le premier volet. Niveau qualité d’image, c’est par contre un peu mieux, mais le film perd cette authenticité qui donnait tout son sel au Projet Blair Witch. Tout est beaucoup plus calculé et plus cynique.

Pour autant, parfois, ça marche. Quand Adam Wingard ose la violence frontale, son film fonctionne vraiment bien et à d’autres moments, la peur qu’il s’échine à instaurer, parvient à nous toucher efficacement. Il faut aussi saluer l’excellent travail accompli sur le son. Ce qui renvoie d’ailleurs à la scène de la tente, la plus effrayante du premier film, que cette suite tente de reproduire avec un certain brio, tout en se montrant parfois très immersive.
Blair Witch dépoussière son modèle et en propose une version 2.0, plus moderne et plus tapageuse. Plus confortable, il suit un chemin balisé et joue sur une certaine nostalgie, sans jamais trop se l’avouer, mais en continuant jusqu’à la dernière image de rester dans les clous. La sorcière par exemple, est là aussi très discrète, et tant pis si on nous tient le bec dans l’eau tout du long en nous faisant croire que cette fois-ci on verra plus de choses car c’est en effet le cas, mais pas trop non plus. Blair Witch reste engoncé dans un schéma qu’il s’échine à respecter, se cantonnant à un exercice d’imitation globalement convainquant, mais pas aussi fulgurant et viscéral qu’il prétend l’être. Il y a bien quelques nouveautés, comme quand on nous explique un peu le pourquoi du comment de la malédiction, mais l’écriture est maladroite et tout repose bien trop sur des jump scares inutiles et irritants à la longue.

En Bref…
Si Blair Witch s’impose sans problème comme l’un des meilleurs found footage horrifiques de ces dernières années, c’est surtout car son réalisateur a soigné la forme (et que la concurrence n’est pas très agressive). Dans le fond, le film reste par contre beaucoup plus sage et attendu. Remake déguisé en suite, il ne propose rien de neuf et n’est au final qu’une luxueuse mise à jour, certes parfois effrayante et parcourue de bonnes idées, mais aussi trop vaine pour pleinement faire son office et s’avérer aussi mémorable que sa principale référence.

@ Gilles Rolland

Blair-Witch-cast  Crédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Gilles Rolland le 21 septembre 2016

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