[CRITIQUE] BRIDGET JONES : FOLLE DE LUI
Titre original : Bridget Jones : Mad About the Boy
Rating: 




Origines : Royaume-Uni/États-Unis/France
Réalisateur : Michael Morris
Distribution : Renée Zellweger, Hugh Grant, Colin Firth, Emma Thompson, Chiwetel Ejiofor, Leo Woodall, Jim Broadbent, Gemma Jones, Isla Fisher…
Genre : Comédie/Drame/Adaptation
Durée : 2h04
Date de sortie : 12 février 2025
Le Pitch :
Bridget Jones tente tant bien que mal d’élever seule ses deux enfants à la suite de la mort de son mari Mark Darcy, quatre ans plus tôt. Soutenue par ses amis de toujours, pouvant également compter sur Daniel Cleaver, son ancien prétendant, elle décide un beau jour d’enfin reprendre le cours de sa vie, motivée par un certain nombre de bonnes résolutions…
La critique de Bridget Jones : Folle de lui :
De temps en temps il y a un film… Non… Tout d’abord, je tiens à préciser quelque chose : j’adore les comédies romantiques britanniques. Love Actually ? L’un de mes films cultes. Coup de foudre à Notting Hill ? Parfait ! Quatre mariages et un enterrement ? Formidable ! Vous voyez le genre. Bien sûr, j’adore aussi Bridget Jones. Je reprends… De temps en temps il y a un film qui… Non attendez… Un petit retour en arrière s’impose afin que vous compreniez bien… J’aime vraiment Bridget Jones. J’ai vu le premier volet au cinéma en 2001 et j’ai tout de suite adoré. J’étais même un petit peu à fond sur Renée Zellweger, que je suivais de près depuis Jerry Maguire et bien sûr Fou d’Irene.
Voyez un peu le tableau : je suis installé à l’ombre, sur la belle plage de Pampelonne. Je ne parle pas du petit bled dans le Tarn, qui de toute façon n’a aucune plage, mais bel et bien de la légendaire bande de sable près de Saint-Tropez. Nous sommes au début des années 2000. Avril Lavigne fait la pluie et le beau temps sur les charts, le bug tant redouté n’a pas eu lieu et je me la coule douce dans un camping, à quelques lieues des yachts des stars. Sur la plage où je lis donc Le Journal de Bridget Jones d’Helen Fielding, moi le fan de Stephen King. Contre toute attente, après avoir adoré le film, je dévore le bouquin. C’est frais, drôle, pertinent et attachant.
Depuis, mon amour pour Bridget n’a jamais faibli, même si le troisième volet de ses aventures ne m’a pas non plus laissé un souvenir impénétrable. Donc… De temps en temps il y a un film qui arrive exactement au bon moment dans votre vie. Qui colle parfaitement avec votre état d’esprit. Un film comme Bridget Jones : Folle de lui, le quatrième volet, et a priori le dernier, de la saga adaptée des livres d’Helen Fielding.

Retour en grâce
Il fallait que je vois Bridget Jones : Folle de lui. Pour autant, je savais, après avoir vu le troisième épisode, que la magie s’était un peu évanouie. Un constat par ailleurs valable pour la comédie romantique britannique dans son ensemble depuis que des cadors comme Richard Curtis (le scénariste de Quatre mariages et un enterrement et de Coup de foudre à Notting Hill, également réalisateur de Love Actually, Il était temps et cie) ont décidé de se mettre en retrait et plus globalement depuis que de nouveaux standards ont étouffé les anciens et encouragé la production de trucs plus insipides et peu originaux les uns que les autres. Mais voilà, il fallait que je vois ce film. Surtout avec le retour de tous les acteurs du premier film, Hugh Grant et Colin Firth en tête. Un film qui en plus, n’a pas été décidé juste pour faire du blé. Non parce qu’il s’agit là encore d’une adaptation d’un livre d’Helen Fielding. Le dernier de la saga Bridget.
Bref, quelle ne fut pas ma surprise quand je me suis surpris à retenir mes larmes, à peine 5 minutes après le début. Allez savoir pourquoi. Avec l’âge, on se ramollit peut-être. On peut faire son possible pour contrer cette tendance physiquement parlant, avec le sport et la diététique, mais quand ça se passe dans la cafetière… Quand votre cerveau semble plus enclin à déclencher les larmes pour un oui ou pour un non. Sauf que dans le cas présent, ce n’est pas pour un oui ou pour un non. Je ne suis pas non plus du genre à chialer devant une pub Orange qui voit deux amis renouer des années plus tard grâce à la puissance de la fibre optique. Non, ici, si j’ai bien failli abandonner toute retenue, c’est tout simplement car les premières scènes du film sont dévastatrices.
L’émotion avant tout
Contre toute attente, Bridget Jones, sans avoir abandonné ses habitudes et son attitude un peu fantasque, faisant cramer des spaghetti quand elle essaye de préparer à la va-vite le repas pour ses enfants, s’est en revanche peu à peu transformée. La vie a mis à mal sa légèreté. Elle est aujourd’hui veuve et essaye, en faisant de son mieux, d’élever sa petite fille et son garçon. Quand Daniel Cleaver, le tombeur joué par Hugh Grant, vient lui rendre visite pour jouer les baby-sitters, la magie opère en un claquement de doigts. Leur échange m’a transpercé. La justesse des mots… Quand Bridget se souvient des derniers instants passés avec son père, joué par le génial Jim Broadbent… Quand elle voit encore son défunt mari, interprété par l’excellent Colin Firth…
Pourtant écrit à six mains (je dis « pourtant » car bien souvent, quand un scénario a justifié l’intervention de plus de deux personnes, c’est le bordel), le script de ce quatrième volet est tout simplement prodigieux. Outre cette introduction, émouvante au possible, le film sait parfaitement mixer les émotions, alterner entre comédie et drame, sans renier les fondamentaux de la saga mais sur un mode plus mature et grave. Il fait mouche en permanence. Les scénaristes (dont fait partie Helen Fielding) sont donc parvenus à saisir des vérités fondamentales sur la parentalité, sur la solitude, l’amour et l’amitié, au sein d’un film qui traite avant tout du deuil impossible et de la reconstruction. Le tout en se servant du personnage principal pour transcender ces thématiques et faire du long métrage bien plus qu’une simple comédie romantique.
Allez savoir… Peut-être que ma situation personnelle m’a préparé à prendre Bridget Jones 4 en pleine poire. C’est possible mais je ne crois pas. Même si ça a joué…
Un miracle de cinéma
Cette troisième suite tient du miracle. Oui carrément. Il n’est d’ailleurs pas déraisonnable de la considérer comme égale au premier volet, avec donc ce gros surplus d’émotion qui fait toute la différence. Les personnages ont vieilli. Ils ont évolué. Les anciens côtoient de nouveaux arrivants qui s’insèrent à merveille dans une dynamique irrésistible (Chiwetel Ejiofor est parfait). Certes le film est parfois maladroit mais cela fait écho au caractère de l’héroïne qui peu à peu se reconstruit dans un contexte difficile. Bridget reste Bridget même si Bridget a changé. En cela, Renée Zellweger retrouve d’emblée le ton juste, de concert avec un formidable Hugh Grant et un Colin Firth qui, en seulement deux ou trois apparitions furtives, parvient à vous coller la boule dans la gorge. Tout participe à l’installation de cette émotion qui se mêle aux rires.
Réalisé par Michael Morris, qui n’est pas ce que l’on peut appeler une méga star de la mise en scène (on lui doit notamment des épisodes de Better Call Saul), Bridget Jones : Folle de lui ravive l’esprit des comédies romantiques anglaises d’antan en dressant dans un même élan un constat sur l’état de ce cinéma en particulier. Il disserte sur la vie, l’amour et la mort, avec une justesse incroyable, en se servant des codes de la franchise, dans un admirable exercice d’équilibriste qui jamais ne faillit. Pourtant plutôt long pour une comédie -un peu plus de 2 heures-, le film utilise la moindre minute pour nourrir ses thématiques et faire avancer son histoire parfaitement construite, au cœur de décors enchanteurs qui participent eux aussi à cette magie si identifiable et si rassurante. Même si encore une fois, Bridget Jones 4 est plus sombre. Plus réaliste. Plus adulte. Une dernière fois, Bridget déambule dans les rues de Londres, le cœur lourd, à fleur de peau, fidèle à ses valeurs (et à son journal), revisite son passé, se souvient mais va de l’avant. Elle nous emporte dans un tourbillon de sentiments parfois paradoxaux deux heures durant et parvient à la fois à nous émouvoir, à nous faire rire et à nous attendrir.
En Bref…
Finalement, Bridget Jones : Folle de lui s’impose comme un parfait exemple de film pourtant non dénué de défauts (le scénario reste un peu prévisible, la mise en scène est classique, certains gags sentent un peu le réchauffé) qui s’avère pourtant dévastateur grâce à la pertinence et à l’honnêteté de son propos, au talent de se acteurs et à son extraordinaire profondeur. Le tout en préservant la naïveté qui définit en grande partie le personnage principal. Une prouesse, rien de moins et sans problème l’une des plus belles surprises de ces cinq dernières années au cinéma.
@ Gilles Rolland

