[Critique] DUNKERQUE

CRITIQUES | 20 juillet 2017 | Aucun commentaire
Dunkerque-poster-France

Titre original : Dunkirk

Rating: ★★★★½
Origines : États-Unis/France/Grande-Bretagne/Pays-Bas
Réalisateur : Christopher Nolan
Distribution : Mark Rylance, Fionn Whitehead, Tom Hardy, Kenneth Branagh, Cillian Murphy, James d’Arcy, Harry Styles, Tom Glynn-Carney, Barry Keoghan…
Genre : Guerre/Drame
Date de sortie : 19 juillet 2017

Le Pitch :
Dunkerque, mai 1940 : les armées françaises et britanniques sont acculées sur la côte tandis que les troupes d’Hitler ne cessent d’affirmer leurs positions. Affamés et fatigués, les soldats sont bloqués sur la plage, attendant leur évacuation vers l’Angleterre. Dans les airs, les rares avions anglais tentent de repousser les raids allemands tandis que de l’autre côté de la Manche, des plaisanciers répondent à l’appel de leur gouvernement et prennent la mer pour se rendre à Dunkerque, au beau milieu des combats. Histoire vraie…

La Critique de Dunkerque :

Christopher Nolan fait partie de ces cinéastes qui divisent. Génie pour les uns, fervent défenseur d’une idée noble du cinéma, qui a recours à la pellicule et aux effets en dur, et imposteur pétris de prétentions pour les autres, il ne laisse personne indifférent. Forcément, à l’image de tous ceux qui l’ont précédé, les The Dark Knight Rises et Interstellar, Dunkerque ne fera pas l’unanimité. Même si il raconte une histoire vraie et même si il dénote d’un désir du metteur en scène de revenir à quelque chose de plus terre à terre après les envolées lyriques d’Interstellar… C’est comme ça. Nolan déchaîne les passions.
À plus forte raison où en plus d’y reprocher ce qu’on lui reproche d’habitude, beaucoup ont souligné la propension du film à raconter l’opération Dynamo de mai 1940 avec quelques partis-pris plutôt éloignés de la vérité, notamment concernant l’implication des soldats français. Cela dit, il est tout de même important de se souvenir à ce sujet, que Nolan a souhaité articulé son récit et donc sa vision de cet événement clé de la Seconde Guerre Mondiale, à travers le regard de soldats britanniques. On parle des français, on est en France, mais le film lui, parle de soldats anglais qui veulent rentrer chez eux afin de se préparer à la possible invasion de leur pays par les forces allemandes. Alors certes on peut regretter ce point de vue, mais il serait un peu injuste de jeter la pierre au réalisateur. Ceci étant dit, parlons du film en lui-même…

Dunkerque-Kenneth-Branagh-James-dArcy

Le grand embarquement

La séquence d’ouverture de Dunkerque est tout simplement l’une des plus impressionnantes vues dans un film de guerre. Nolan a toujours su soigner ses entrées en matière et là encore il fait mouche en orchestrant la fuite d’un petit groupe de soldats dans les rues de la ville, alors que l’ennemi canarde à tout va. Le travail sur le son fait que les balles sifflent à nos oreilles, tandis que la musique de Hans Zimmer se fait de plus en plus présente, soulignant la peur, la tension et la pression et accompagnant une montée en puissance qui se termine sur la plage, quand celui qu’on pourrait qualifier de personnage principal, pense enfin avoir atteint le moment où il va embarquer dans un bateau direction l’Angleterre. Mais non, car ça repart de plus belle et l’introduction de donner le La à tout ce qui va suivre, sans que la tension ne retombe vraiment, toujours soulignée par les compositions d’un Zimmer virtuose et pour le coup extrêmement présent. Ce que beaucoup ne manqueront pas de regretter. Mais voilà, il s’agit d’un autre choix radical. Ce dont est fait Dunkerque. Pas de compromis dans cette interprétation de l’opération Dynamo. Pas de demi-mesure. Nolan plonge la tête la première et fait ce qu’il veut, bien sûr armé de quelques solides références mais surtout fidèle à son style, à son cinéma et à ses intentions, profitant de la totale liberté dont il est l’un des seuls de son calibre à jouir à l’heure actuelle. Quand on l’apprécie, c’est le pied total, et inversement quand on ne peut pas le voir.

Sur tous les fronts

Également au scénario, Nolan a choisi de diviser son film en trois parties amenées à se télescoper en suivant trois groupes de personnages. Nous avons donc des soldats qui attendent sur la plage qu’on les évacue, un marin britannique qui répond à l’appel de Churchill et qui prend la mer pour se rendre à Dunkerque, et deux aviateurs anglais engagés dans une bataille dans les airs. Chaque partie prenant place dans une temporalité différente. Un choix qui renforce immédiatement l’immersion mais qui, disons-le tout de suite, complexifie un peu inutilement l’intrigue, qui patine à quelques reprises, avant que tout ne devienne limpide à la fin. C’est le seul détail qu’on peut regretter : que Nolan n’ait finalement pas embrassé son sujet d’une manière plus directe et plus simple, son procédé narratif n’étant pas aussi maîtrisé qu’il semble le penser. Mais c’est bel et bien un détail car ici, le spectacle qu’il nous offre emporte la mise dans un grand élan lyrique dont on ne sort pas indemne.
Car Dunkerque est une véritable expérience de cinéma. Un long-métrage tourné en IMAX, en 70 mm, pensé pour les salles, qui entend nous plonger au cœur même de la bataille et qui, en cela, privilégie l’action aux dialogues, plutôt rares. Un film viscéral au possible, intense comme c’est pas permis, où toute la virtuosité de Nolan s’exprime sans retenue. Baigné dans des teintes bleutées, à l’inverse d’un Tu ne tueras point ou d’un Il faut sauver le Soldat Ryan, Dunkerque prend la tangente et s’attache aux sensations avant de tabler sur le verbe. Son histoire est simple et redoutable et dès lors que le film débute, un engrenage terrible se met en place. L’étau se resserre. On ne voit jamais l’ennemi mais on le sent approcher. On perçoit sa présence. On entend ses balles percuter les parois des bateaux et ses bombes détruirent petit à petit les vies et les espoirs des Alliés. À l’instar de Gravity, Dunkerque est une succession de morceaux de bravoure filmiques, sur les flots, sur terre et dans les airs. Rarement des batailles aériennes auront été aussi spectaculaires. Nolan nous met à la place des soldats. Il privilégie les non-dits en faveur de l’action mais sait rester réaliste dans son approche du conflit. Dunkerque regorge de plans savants et de mouvements de caméra audacieux mais le seul fait qu’il n’ait pas recours à trop d’images de synthèse lui confère un réalisme probant qui a pour principal effet de nous placer au centre d’une dynamique parfaitement huilée.
On sait l’idée d’un tel long-métrage présente depuis un moment dans l’esprit de Nolan, qui a préféré attendre d’être un peu plus aguerri pour s’y frotter. Ce qu’on comprend aisément quand on voit le résultat. Dunkerque est le film d’un artiste complet, qui maîtrise le moindre aspect des choses, qui joue sur plusieurs tableaux, mais dont la vision est claire et incisive. D’une durée relativement courte (moins d’1h50), Dunkerque est un très grand film de guerre car il ne perd pas de temps. Il raconte la guerre dans ce qu’elle a de plus cauchemardesque et frénétique. Il traduit la détresse autrement que par le biais de dialogues et extirpe la dramaturgie de situations inextricables qui s’enchaînent les unes après les autres au sein d’un impressionnant maelstrom haletant et visuellement tétanisant.

Mise à l’eau

Au cœur d’une telle proposition de cinéma, qui met paradoxalement l’humain au centre des choses, logiquement, mais qui entend traiter de l’héroïsme et de toutes ces notions inhérentes au sujet sans pour autant tabler sur des lignes de dialogues, les acteurs ont une place particulière. Leur boulot étant ici d’arriver à communiquer des émotions et des ressentis sans trop en dire. Un peu comme Tom Hardy, seul dans son avion, le visage à moitié couvert (après Bane, Hardy revient masqué chez Nolan), qui doit faire le job avec ses seuls yeux, ou encore à l’image de l’excellent Mark Rylance, qui lui aussi doit composer avec seulement quelques phrases. Du côté des soldats emmenés par Fionn Whitehead c’est un peu moins le cas, mais cette volonté d’éviter de trop « parler » reste notable. Whitehead qui est d’ailleurs vraiment remarquable, lui dont le regard en dit plus long que bien des explications. Le regard qui est décidément important chez Nolan, ici, ou encore quand les larmes qui font leur apparition dans les yeux d’un Kenneth Branagh déchirant. Il convient aussi de saluer Harry Styles, le One Direction dont la présence, sur le papier tout du moins, relevait de l’hérésie pure et simple et dont la performance suffit à lui conférer une aura flamboyante. On espère ainsi le voir à l’avenir dans d’autres films, au détriment d’une carrière musicale dispensable. Doté d’un vrai charisme de cinéma, Stiles est parfait du début à la fin, au diapason avec ses camarades et son chef d’orchestre. Tout comme Cillian Murphy, un autre fidèle de Nolan ou James d’Arcy, pour ne citer qu’eux.
Pour autant, il serait étrange de qualifier Dunkerque de film d’acteurs. Nolan sait les diriger mais ici, le spectacle qu’il nous livre s’impose de lui-même comme une sorte de suprême synthèse de son savoir-faire. Dunkerque est un grand film de cinéaste qui frôle parfois l’exercice de style pur et dur. Une sorte de version hardcore de La Ligne Rouge de Malick, avec lequel il partage cette tendance à l’impressionnisme. Brut de décoffrage chez l’un, plus lyrique et posé mais néanmoins sans concession et parfois brutal chez l’autre. Nolan se démarque, il faut au moins lui reconnaître ça, ne s’attache pas à la violence, à la manière d’un Mel Gibson (Dunkerque ne montre que très peu de sang), mais se montre parfaitement impitoyable quand même. Non pas que Nolan ait voulu respecter le cadre du fameux PG-13, pour que son film ne soit pas fermé aux spectateurs les plus plus jeunes, mais simplement car c’est à cela que correspond son idéal de cinéma. À quelque chose d’intime. Ce qui n’empêche pas Dunkerque d’être terrifiant et parfaitement passionnant. Du premier au dernier plan.

En Bref…
Somme de partis-pris audacieux et tranchés, de la photographie bleutée et glaciale à la musique de Hans Zimmer, omniprésente, en passant par la rareté des dialogues et certains choix scénaristiques, Dunkerque porte la marque de son réalisateur qui ici, a souhaité nous proposer une authentique expérience de cinéma. Ultra immersif, le nouveau Nolan est une bombe à retardement qui joue sur plusieurs tableaux mais qui prend bien garde à toujours nourrir une tension incroyable. Virtuose et implacable. À l’arrivée, alors que les bons films de guerre sont légion et que le genre n’en est pas à ses balbutiements, Nolan parvient à s’imposer. La pierre qu’il vient d’apporter à l’édifice est de celles qui comptent. Ce ne sera peut-être pas évident pour tout le monde aujourd’hui mais le temps se chargera de le positionner à la place qui est de toute évidence la sienne dans l’Histoire du cinéma.

@ Gilles Rolland

 

Dunkerque-cast  Crédits photos : Warner Bros. France

Par Gilles Rolland le 20 juillet 2017

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