[Critique] EDGE OF TOMORROW

CRITIQUES | 4 juin 2014 | 1 commentaire

Titre original : Edge of Tomorrow

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis/Australie
Réalisateur : Doug Liman
Distribution : Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton, Brendan Gleeson, Charlotte Riley, Noah Taylor, Jonas Armstrong, Franz Drameh, Dragomir Mrsic, Kick Gurry, Tony Way…
Genre : Science-Fiction/Action/Fantastique/Adaptation
Date de sortie : 4 juin 2014

Le Pitch :
Dans un futur proche, l’humanité doit faire face à l’invasion d’extraterrestres particulièrement puissants. Rapidement, l’ennemi gagne du terrain, ravageant tout sur son passage. Dans ce conflit, le Commandant William Cage n’est pas ce que l’on peut appeler un héros. Chargé de la communication avec les médias, il n’a jamais combattu de sa vie. Un jour néanmoins, il est expédié contre son grès, et sa raison apparente, sur le champs de bataille. Effrayé et perdu, il meurt en quelques minutes et se retrouve mystérieusement projeté dans une boucle temporelle, condamné à revivre la même journée encore et encore…

La Critique :
Il y a fort longtemps dans le monde des jeux vidéo, avant l’avènement des sauvegardes et autres cartes mémoires, le joueur assidu devait recommencer au début, tous les jeux auxquels il s’attaquait , afin de pouvoir espérer terminer sa quête et assister alors à une animation spéciale. Une fois toutes ses vies épuisées, c’est face aux mots « game over » que le joueur se retrouvait. Il fallait de la patience et de la mémoire. De la patience pour éviter de balancer sa Megadrive (ou autre) par la fenêtre, et de la mémoire pour apprendre de ses erreurs et ainsi progresser (dans les fameuses salles d’arcades, de telles capacités pouvaient s’avérer utiles si on ne voulait pas perdre ses maigres économies à coup de pièces de 5 francs). En soi, comme Tom Cruise dans Edge of Tomorrow. Lui qui interprète un soldat contraint de se fritter avec des aliens belliqueux et non ouverts à la négociation. Lui pour qui mourir signifie en quelque sorte appuyer sur la touche reset…

Ce n’est pas la première fois qu’un film tourne autour d’un mec condamné pour on ne sait quelle raison, à revivre la même journée. Edge of Tomorrow rappelle bien évidemment le chef-d’œuvre absolument culte d’Harold Ramis, Un Jour sans Fin, avec Bill Murray. Au fond, son postulat de départ est le même : le héros doit progresser, apprendre et en quelque sorte se repentir pour sortir d’une boucle temporelle. En cela, Edge of Tomorrow peut tout à fait s’entrevoir comme une déclinaison s.f et bourrine d’Un Jour sans Fin. Une version du Jour de la marmotte, sans marmotte, sans neige et sans Sonny & Cher, mais avec des soldats bien burnés, de grosses pétoires, d’immondes créatures carnassières et des exosquelettes guerriers. Pas de quoi crier au plagiat donc, surtout qu’à la base, Edge of Tomorrow est une adaptation du roman d’un certain Hiroshi Sakurazaka (intitulé All You Need Is Kill, le livre en question fut par la suite adapté en manga par Ryousuke Takeuchi et Takeshi Obata). Un film dont l’ADN comporte une large partie des éléments chers à la science-fiction nippone et qui, en cela, s’avère relativement respectueux de son matériau de base.
Après, forcement, il s’agit avant tout d’un film américain. Un film de studio, dirigé par un réalisateur pas spécialement populaire pour sa finesse et sa forte personnalité (on lui doit La Mémoire dans la peau, mais aussi le calamiteux Mr. & Mrs. Smith). Normal qu’à l’arrivée, on assiste à un spectacle certes original, mais pour autant relativement calibré. Une observation à prendre néanmoins avec des pincettes puisqu’ici, le truc, c’est que jamais le long-métrage ne se montre prétentieux. C’est le spectacle qui prime et les sensations qui peuvent en découler. Certains spectateurs pourront ainsi condamner le dernier tiers, plus proche des canons commerciaux hollywoodiens en vigueur, mais au fond, ce dernier acte s’imbrique parfaitement au reste du récit. Il colle à merveille quand on accepte les facilités d’un scénario brutalement efficace et immersif, qui ne se prive pas de prendre quelques raccourcis pour mener à bien sa mission.
Rien ne sert de se demander ce qu’aurait pu donner Edge of Tomorrow si Spielberg (ou Del Toro) s’était retrouvé aux manettes. Tel quel, le long-métrage de Doug Liman offre largement de quoi se divertir. Il assume et va droit au but, tout en se permettant quelques audaces pas piquées des vers et forcément très appréciables.
On se surprend par exemple à rigoler, sans que les rires ne viennent casser l’ambiance crépusculaire que le pitch apocalyptique suggère. Le scénario (co-écrit par Christopher McQuarrie) recèle ici ou là de situations assez drôles, rappelant pour le coup beaucoup Un Jour sans Fin. Le système de la boucle temporelle étant trop propice à des situations comiques pour que le film s’en prive.
Bien dosé, l’humour n’en fait jamais trop et vient couronner une fusion de bon goût qui, si elle ne débouche pas sur un monument d’originalité, illustre une volonté de s’éloigner de temps en temps des sentiers battus. Et c’est une très bonne chose, tant le cinéma moderne a traité à maintes reprises d’invasions extraterrestres. Dans Edge of Tomorrow, pas d’images de destruction massive. Quand nous déboulons dans le film, le mal est déjà fait, un peu comme dans Pacific Rim. Le contexte est exposé via des extraits de journaux télévisés et le personnage de Tom Cruise est d’ailleurs spécialisé dans la communication. Une fois n’est pas coutume, la grosse star n’est pas un grand soldat. Voilà qui renforce l’immersion et le réalisme (toutes proportions gardées).

Tom Cruise constitue en cela l’une des plus belles surprises du long-métrage. Il n’est ni héroïque, ni désireux de changer le cours des choses. Lui, ce qu’il veut, c’est survivre. On se doute que le pleutre va se transformer en héros, mais voir Cruise supplier pour ne pas rejoindre le champs de bataille fait quand même son petit effet. Ici le guerrier ultime est une femme. C’est Emily Blunt qui débite de l’alien, avec sa grosse épée. Edge of Tomorrow serait-il un film féministe ? Peut-être pas complètement, mais assurément un peu quand même. C’est grâce à Emily Blunt que nait le héros. C’est elle qui lui ouvre les yeux. Le visage émacié, le corps sculpté pour le combat rapproché, l’actrice ajoute une nouvelle corde à son arc. Elle tient la dragée haute à Tom Cruise, pour sa part complètement à l’aise dans une catégorie de personnage qu’il connaît bien et qu’il maîtrise à la perfection. Que ce soit dans l’émotion ou dans l’action, dans la peur ou dans le courage, Tom Cruise est pertinent et ici, il prouve une nouvelle fois à quel point il sait choisir ses projets pour ensuite les porter et les incarner avec un charisme et une conviction qui lui sont propres.

Edge of Tomorrow est un blockbuster. Un vrai de vrai, dans le bon sens du terme. Le spectacle est permanent. Doug Liman n’est peut-pas le réalisateur le plus racé de sa génération, mais au moins, il sait tenir une caméra, et ici, il s’est surpassé. La science-fiction lui sied à merveille. Lisible, brutal, Edge of Tomorrow jouit en outre d’un rythme implacable qui ne laisse aucune chance à l’ennui. Visuellement, le spectateur en a pour son argent et il est rassurant de voir que l’action ne se résume pas à un ramassis de pixels, contrairement à ce que les multiples trailers pouvaient laisser présager.

Fantasme ultime du gamer, Edge of Tomorrow transpose les codes du jeu vidéo sur grand écran. Armé d’un budget conséquent, il propose une vraie aventure. Les codes sont là, la générosité aussi. Moins lyrique qu’Oblivion, avec lequel il partage néanmoins quelques points communs assez notables, Edge of Tomorrow cale son rythme sur la frénésie de ses aliens. Des monstres tentaculaires effrayants, bien décidés à ronger notre monde le plus rapidement possible. Des ennemis parfaits pour de vrais héros. Dans la grande tradition du genre, Edge of Tomorrow trouve sa place et fait un carton.

@ Gilles Rolland

Edge-Of-Tomorrow-Cruise-BluntCrédits photos : Warner Bros. France

 

Par Gilles Rolland le 4 juin 2014

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