[Critique] GEMINI MAN

CRITIQUES | 3 octobre 2019 | Aucun commentaire
Gemini-Man-poster

Titre original : Gemini Man

Rating: ★★★½☆

Origines : États-Unis/Chine

Réalisateur : Ang Lee

Distribution : Will Smith, Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen, Benedict Wong, Douglas Hodge, Linda Edmond…

Genre : Science-Fiction/Action/Thriller

Durée : 1h57

Date de sortie : 2 octobre 2019

Le Pitch :

Henry Brogan, un tueur professionnel particulièrement doué, est pris pour cible par un agent qui s’avère être une version plus jeune de lui-même…

La Critique de Gemini Man :

C’est après être passé de mains en mains que Gemini Man a atterri entre celles d’Ang Lee (Tony Scott, puis Curtis Hanson furent notamment évoqués à la fin des années 90). Un projet ayant permis au réalisateur de s’imposer un nouveau défi technique. Un film co-écrit par David Benioff, l’un des deux showrunners de Game Of Thrones, qui sort 3 ans après le flop de l’excellent Un Jour dans la vie de Billy Lynn, qui pour rappel, fut le premier long-métrage tourné en 120 images par seconde (et en 3D). Une prouesse que personne ou presque n’a vu dans les conditions voulues par Lee. Surtout pas en France où il a été distribué à l’arrache, son sujet (le traumatisme d’un jeune soldat américain) ayant peut-être fait peur pour lui permettre de briller comme il l’aurait mérité. Quoi qu’il en soit, Ang Lee a profité de Gemini Man pour récidiver et donc tourner en 120 images par secondes, en 3D, en exploitant en plus la technologie de rajeunissement numérique afin d’opposer au personnage de Will Smith une version plus jeune de lui-même. Un sacré défi pour le cinéaste qui nous livre pourtant à l’arrivée un film certes ultra efficace, paradoxalement old school mais aussi assez bancal pour ne pas pleinement convaincre.

Gemini-Man-Will-Smith

Will Smith X 2

Aujourd’hui, beaucoup plus de cinémas sont en mesure de proposer au moins la version du film en 60 images par secondes. Il est donc vivement conseillé de privilégier ce format, voire, si vous en avez la possibilité, le 120 images par seconde. La HFR qui renforce d’emblée l’immersion et le réalisme. D’une netteté absolue, l’image semble nous happer dès les premières minutes du film. Une impression soulignée par la 3D, discrète mais elle aussi finalement pertinente. Quand la première véritable séquence d’action survient, Ang Lee monte dans les tours et fait parler une maestria assez dingue, avec bastons parfaitement chorégraphiées, courses-poursuites en plan séquence et autres trouvailles de mise en scène franchement canons. Le scénario lui, enfile un peu les lieux communs et ne propose rien de neuf. Gemini Man laissant une impression de déjà-bu pas super agréable et forcément dommageable mais pour autant pas fatale, tant les recettes narratives, même si elles sont connues, restent toujours percutantes. Le plus bizarre finalement étant que le film semble, de ce point de vue, avoir 20 bonnes années de retard par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. On a déjà vu des trucs similaires, ce n’est pas gênant mais cela empêche Gemini Man de s’imposer avec la force espérée. Malgré la virtuosité, malgré les deux Will Smith et malgré les effets-spéciaux. Cela dit, ce n’est pas le plus grave…

Tronche de synthèse

Le plus gros défaut de Gemini Man est inhérent à son ambition. Car difficile de ne pas se dire, surtout lors des scènes se déroulant en pleine lumière, qu’Ang Lee a peut-être un peu surestimé la maturité du rajeunissement numérique en désirant exploiter la HFR. Tourné en 24 images/seconde, à l’ancienne, les trucages numériques auraient probablement fait meilleure figure mais ici, avec cette précision de l’image, ils restent parfois brouillons. Surtout en plein jour donc, quand le « vieux » Will Smith interagit avec le jeune Will Smith qui pour sa part, ressemble à ce qu’il est vraiment : une version numérique du Prince de Bel Air avec un attirail militaire sur le dos. Mais heureusement, quand ça bouge, et tant pis si des séquences semblent un peu sorties d’une cinématique de jeu-vidéo, l’illusion passe mieux. Les bastons dans les catacombes de Budapest, la poursuite en moto… De grands moments suffisamment percutants pour faire oublier que souvent, et bien on voit quand même les ficelles. Et cela doit forcément s’amplifier en 120 images/secondes. Car au fond, Gemini Man fait partie de ces longs-métrages amenés à mal vieillir. Un peu comme ceux qui, il y a 25 ans, tablaient avec trop d’assurance sur les images de synthèse. Ang Lee a-t-il vu trop grand ? Difficile de reprocher à un metteur en scène son ambition et son audace, surtout à l’heure actuelle, où la majorité des réalisateurs jouent la sécurité, mais oui, il semblerait que dans ce cas précis, Ang Lee a a vu un peu trop grand.

Et Will Smith ? Deux fois présent à l’écran, il fait ce qu’il sait faire de mieux : du Will Smith. Il bouge bien, tape fort, lance une ou deux vannes par-ci par-là et emporte la mise. Sans trop forcer, incarnant un film sympathique et divertissant, dont la principale qualité est de tellement nous envoyer de trucs à la tronche deux heures durant, qu’on finit par y trouver notre compte. Le tout en abandonnant minute après minute l’espoir d’assister à la révolution que certains ont vu dans ce projet à l’époque de son annonce en début d’année…

En Bref…

Si on oublie le lifting numérique pas toujours convainquant de Will Smith et le scénario plan-plan, Gemini Man s’avère être un film d’action teinté de science-fiction tout à fait honnête. Gagnant ses galons grâce à l’investissement physique de sa star et à la percutante virtuosité de son réalisateur, il n’ennuie jamais vraiment et propose des scènes d’action figurant parmi les plus spectaculaires vues sur un écran de cinéma cette année.

@ Gilles Rolland

Gemini-Man-Smith-Winstead
Crédits photos : Paramount Pictures France
Par Gilles Rolland le 3 octobre 2019

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