[Critique série] GAME OF THRONES – SAISON 8

SÉRIES | 31 mai 2019 | 2 commentaires
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Titre original : Game Of Thrones

Rating: ★★★★★

Origine : États-Unis

Créateurs : David Benioff, Dan B. Weiss

Réalisateurs : David Nutter, Miguel Sapochnik, David Benioff, Dan B. Weiss.

Distribution : Kit Harington, Emilia Clarke, Peter Dinklage, Lena Headey, Nikolaj Coster-Waldau, Sophie Turner, Maisie Williams, Liam Cunningham, Carice Van Houten, Nathalie Emmanuel, Gwendoline Christie, John Bradley-West, Isaac Hempstead-Wright, Alfie Allen, Conleth Hill, Rory McCann, Iain Glen, Hannah Murray, Joe Dempsie, Kristofer Hivju, Jerome Flynn, Jacob Anderson, Pilou Asbæk, Hafþór Júlíus Björnsson, Daniel Portman, Bella Ramsay, Gemma Whelan…

Genre : Aventure/Heroic-Fantasy/Drame/Fantastique/Adaptation

Diffusion en France : OCS

Nombre d’épisodes : 6

Le Pitch :

À Winterfell, les Starks et leurs bannerets, épaulés par Daenerys Targaryen et ses armées, se préparent à affronter le Night King. Plus au sud, du côté de King’s Landing, Cersei Lannister fomente son plan pour prendre définitivement le pouvoir sur les 7 Couronnes…

La Critique de la saison 8 de Game Of Thrones :

La huitième et ultime saison de Game Of Thrones a déchaîné les passions. Six semaines durant, les théories des fans se sont ainsi succédé avec ferveur alors que se dessinait peu à peu la conclusion tant redoutée et attendue. Car oui, la dernière saison ne compte que six épisodes, contre sept pour la septième et dix pour les saisons précédentes. Des épisodes plus longs néanmoins (en tout cas pour la plupart d’entre eux), parfois en forme de film, à l’image de celui entièrement focalisé sur la bataille contre le Night King ou encore du cinquième, soit probablement l’un des plus critiqués de toute la série. Jusqu’ici louée pour la qualité de son écriture et de sa mise en image (notamment), le show piloté depuis le début par le tandem David Benioff/D.B. Weiss a ainsi commencé à essuyer de vilains revers relatifs sans aucun doute (au moins en partie) aux choix scénaristes menant au fameux point final. L’apanage des séries propices aux théories… Quoi qu’il en soit, cette saison 8 a aussi ses défenseurs. Ainsi, ne comptez pas lire ici une quelconque charge acerbe. Chef-d’œuvre baroque, d’une violence parfois inouïe et d’une intensité visuelle et émotionnelle rare, cette conclusion en six actes a pour nous tenu toutes ses promesses. Voici pourquoi …

Fin de ronde

À l’image de la saison 7, la saison 8 de Game Of Thrones adopte une rythmique qui fut sujette à de nombreuses remontrances. Oui, tout va plus vite et les déplacements, qui jadis pouvaient s’étaler sur plusieurs épisodes, prennent ici beaucoup moins de temps. Enfin, façon de parler car il faut voir ici la volonté de justement se concentrer sur le récit. Et puis ce n’est pas la première fois que, presque d’une scène à l’autre, nous retrouvons un personnage à un endroit puis à un autre. Rappelez-vous par exemple du retour de Tyrion à King’s Landing après son « séjour » chez la sœur de Catelyn Stark, après sa rencontre avec Bronn et le duel de celui-ci, quand Tywin, son père, le nomme main du roi Joffrey par intérim. Donc, oui, la narration s’emballe et si elle peut parfois paraître précipitée, c’est juste que l’histoire, le fond de celle-ci en tout cas, le justifie pleinement et appelait une certaine accélération. Résultat des courses, les émotions s’en trouvent décuplées. Quand débute le premier épisode, les pions sont presque tous en place sur l’échiquier. 7 saisons durant les personnages se sont croisés, affrontés, opposés avec plus ou moins de virulence, détruits et unis au fil des inclinaisons d’un scénario amené à se « simplifier » pour au final se resserrer. Normal dans ces conditions qu’ici, tout paraisse plus simple. Il a tout de même fallu 67 épisodes pour en arriver là. Rien n’est incohérent quand on regarde cette saison après avoir revu toutes les autres. Pas même la prétendue disparition de certains personnages, comme Daario Naharis, resté à Meereen pour régner au nom de Daenerys ou encore Meera Reed, dont le départ, au moment de l’arrivée de Bran à Winterfell, était alors clairement acté. Bref, tout cela pour dire qu’il était clair dès la conclusion de la saison 7 que la fin allait se jouer sur une poignée de personnages et que chacun allait œuvrer pour mener l’histoire à son terme dans un élan collectif nourri par tout ce qui s’était passé précédemment. Et puis de toute façon, Game Of Thrones a toujours été montrée du doigt par certains, soit pour son manque d’action, soit pour l’outrance de cette dernière. La saison 8 faisant clairement montre d’un équilibre admirable, avec des épisodes de mise en place et des épisodes plus rentre-dedans, parfaitement justifiés par un scénario déterminé à bien des égards à ne faire aucune concession.

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Feu et sang

La pression se fait sentir tout du long tandis que se rapproche le grand final. C’est l’une des plus flamboyantes réussites de cette saison : avoir réussi à construire puis à entretenir une atmosphère hyper pesante, propice aux frissons, et jouant clairement sur l’empathie que l’on nous a jusqu’ici encouragé à ressentir envers les personnages. Le sentiment d’urgence est prégnant quand le Night King fait de plus en plus ressentir son influence puis ça repart de plus belle lors de la seconde moitié avec ce déferlement de feu symbolisant le caractère profondément jusqu’au-boutiste de toute l’entreprise. Néanmoins, et là aussi c’est très fort, Game Of Thrones profite de ce dernier tour de ronde pour remettre à leur place certains personnages, donnant ainsi plus d’importance aux uns et aux autres et offrant à tous des partitions passionnantes. Tyrion revient par exemple sur le devant de la scène, lui qui était un peu en retrait lors de l’acte précédent, et d’autres, comme Jon Snow évoluent dans des directions plus qu’audacieuses, pouvant en outre expliquer la déception de certains fans. L’humour aussi est présent. Le deuxième épisode, précédant la bataille de Winterfell, tente avec succès d’insuffler un peu de légèreté, exploitant pour cela avec brio des personnages comme Tormund, et favorisant par ce biais l’émergence d’une émotion elle aussi dévastatrice, rappelant au passage qu’avant d’être une série d’heroic fantasy à effets-spéciaux, Game Of Thrones est une grande tragédie au sens le plus shakespearien du terme. Une fresque ayant jusqu’au bout réussi à rester fidèle à ses idéaux, courageuse au point de ne pas hésiter à s’aliéner une partie de ses fans pour son propre bien.

L’aspect politique est bien sûr à prendre en compte tant Game Of Thrones prouve ici sa capacité à entrer en phase avec son époque. Les dragons, le feu, la glace, les morts-vivants et tous les éléments plus ou moins fantastiques étant là pour illustrer une réflexion sur le pouvoir qui, en 2019, résonne avec une éloquence dingue. Game Of Thrones dit ainsi beaucoup de choses sans forcément l’exprimer avec des mots. À nouveau d’une intelligence probante, le show pense de manière grandiose et c’est suffisamment rare.

Toile de maître

Alors que les showrunners nous avaient habitué à une saison tous les ans, il fallut attendre 2 ans pour voir débarquer la huitième. Rapport au fait d’avoir dû reconstituer sur le plateau de tournage à Belfast une partie de Kings’s Landing ainsi que le château de Winterfell. À l’arrivée, alors que la saison précédente avait déjà mis la barre très haut, ce nouvel acte explose tous les compteurs. La photographie, superbe, enveloppant magnifiquement le tout, dans les moments de calme comme dans ceux où la barbarie des affrontements donne parfois lieu à des instants de grâce inattendus. On retiendra les fabuleuses images des dragons dans le ciel de Winterfell, alors qu’une tempête surnaturelle fait rage, l’arrivée tout aussi fantasmagorique de Mélisandre avant la bataille ou encore la charge ultra violente des morts-vivants sur les soldats du Nord. Bien sûr, l’épisode 5 compte lui aussi son lot de morceaux de bravoure visuels, à l’image de ces images incroyables, qu’on croirait issues d’une toile de maître, pendant le mythique Clegane Bowl ou cette apocalypse évoquant tout aussi bien les charges au napalm d’Apocalypse Now qu’un tableau de Gericault. Soutenu par des effets-spéciaux spectaculaires et inspirés, cette huitième saison est une merveille de mise en scène. Réalisés par le génie Miguel Sapochnik, les épisodes 3 et 5 brillent par leur virtuosité lyrique alors que les autres, pilotés par le vétéran David Nutter (le dernier étant le fruit de la collaboration des deux showrunners) se distinguent également par leur côté grandiose et leur capacité à mettre en valeur les enjeux de la manière la plus intense qui soit.

Alors oui certes, on remarque ici ou là quelques petites facilités. Géographiques notamment. King’s Landing a changé, c’est évident. Mais ce n’est pas grave car ces petits raccourcis sont sans cesse justifiés par le récit. Et surtout, s’il est en effet difficile de ne pas remarquer quelques travers formels ici ou là, il semble tout aussi difficile de ne pas les excuser tant ils servent l’histoire dans sa globalité. On peut passer du temps à chercher la petite bête, analyser le moindre détail, y compris le plus insignifiant et rechigner devant les décisions d’un Jon Snow transi. On peut critiquer Tyrion en se disant qu’à sa place, on aurait fait les choses différemment. On peut… Mais on passe alors à côté de l’essentiel. On passe à côté des intentions, de la poésie et du jeu plein de subtilité d’acteurs véritablement à fleur de peau. On passe à côté de la générosité également. Game Of Thrones, ici plus que jamais, doit s’apprécier dans sa globalité. L’exigence rimant forcément avec des prises de risque logiquement pas au goût de tout le monde.

Le problème, c’est que bien souvent, les critiques les plus violentes n’ont fait preuve d’aucun recul pour juger de la qualité de cette conclusion, refusant de se laisser porter et préférant probablement regarder la série à travers le prisme de leurs propres espérances et de leurs théories les plus folles. Quand on y pense, il est préférable que ces 6 ultimes épisodes n’aient pas remporté la mise de la même façon que les autres. Cela ne pouvait que se terminer de cette façon. Dans le feu et le sang, au propre comme au figuré…

En Bref…

Sublime conclusion pleine de souffle et de lyrisme brutal, cette huitième saison a divisé et c’est finalement plutôt sain compte tenu de son caractère sans concession. Jamais la télévision, et rarement le cinéma, ne nous avaient proposé un spectacle aussi intense et déchirant que celui-là. Cette saison 8, et plus généralement Game Of Thrones dans son ensemble, nous offrent un fabuleux périple, souvent éprouvant, totalement immersif, brutal, romantique aussi, au sens littéraire du terme, et barbare. Et c’est alors que les survivants de la guerre des 7 couronnes embrassent leur destinée que la porte se referme sur cet univers, nous laissant pantois et reconnaissants…

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : HBO
Par Gilles Rolland le 31 mai 2019

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2 Commentaires
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jean claude
jean claude
2 années il y a

Bonjour,

Tout simplement décevant………

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[…] Riggs fait une apparition remarquée dans Doctor Who avant de trouver un autre rôle iconique dans Game Of Thrones, où elle campe Lady Olenna Tyrell, l’une des opposantes les plus ferventes aux Lannister. […]