[Critique] LA LA LAND

CRITIQUES | 23 janvier 2017 | 1 commentaire
La-La-Land-poster

Titre original : La La Land

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Damien Chazelle
Distribution : Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, Rosemarie DeWitt, J.K. Simmons, Callie Hernandez, Tom Everett Scott…
Genre : Comédie Musicale/Romance
Date de sortie : 25 janvier 2017

Le Pitch :
À Los Angeles, Mia et Sebastian tombent amoureux. Elle est serveuse et multiplie les castings dans l’espoir de rejoindre les stars dans le ciel d’Hollywood. Lui est pianiste de jazz et ambitionne un jour d’ouvrir son propre club. Ensemble, ils s’aiment et vont tenter de réaliser leurs rêves…

La Critique de La La Land :

On ne le sait pas forcément, mais Damien Chazelle a bossé sur les scripts de Grand Piano, le thriller musical avec Elijah Wood et de l’excellent 10 Cloverfield Lane. Cela dit, Chazelle a surtout écrit et réalisé Whiplash, l’un des films événements de 2014, centré autour du difficile apprentissage d’un jeune batteur soumis à l’autorité intransigeante d’un professeur tyrannique. Un long-métrage qui a suffi à inscrire le nom de Chazelle sur la liste des cinéastes sur lesquels il fallait compter. Mais c’est bien avec La La Land, son nouveau long-métrage, que le jeune réalisateur risque d’accéder à un statut que beaucoup convoitent. La La Land qui arrive en France précédé d’une réputation assez exceptionnelle et qui, il faut bien le reconnaître, parvient néanmoins à surprendre, grâce à la magie qu’il charrie. Une magie trop rare, qui évoque plus qu’à son tour des sensations dont il est difficile de se défaire une fois la projection terminée…

La-La-Land-Emma-Stone

Une comédie musicale pas comme les autres

Grand admirateur de Jacques Demy et plus particulièrement des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort, Damien Chazelle réalise avec La La Land un vieux rêve de cinéma. Le sien tout d’abord, et finalement, le notre également, tant sa vision de la comédie musicale à l’ancienne, remise au goût du jour, s’impose avec un naturel confondant, allant même jusqu’à fédérer au-delà du cadre strict du genre. En gros, pas besoin d’aimer la comédie musicale pour apprécier son film. La La Land est bien plus qu’une aventure romanesque dans laquelle les personnages chantent et dansent pour exprimer leurs sentiments. Il s’agit d’une vraie love story, mais aussi d’une comédie aux accents plus dramatiques, qui arrive à capturer l’essence de thématiques extrêmement pertinentes, tout en enveloppant le tout d’une collection de superbes chansons et de numéros millimétrés aussi cinégéniques que galvanisants.
On retrouve ainsi dans La La Land ce soucis de la rythmique déjà au centre de Whiplash. Dès la première scène, une stupéfiante chorégraphie dans les embouteillages de Los Angeles, le long-métrage fait preuve d’une énergie folle, dont l’intensité ne faiblira jamais jusqu’au dernier plan. Lors des numéros musicaux donc, mais pas uniquement, car chez Chazelle, on le savait déjà mais on peut à nouveau l’apprécier, les dialogues sont aussi prétextes à des joutes verbales dynamiques, pleines de fougue et d’éloquence. Le tout, c’est important, sans en faire des tonnes.
Une manière de faire, qui traduit la musicalité et le sens du rythme inouïs du cinéaste, dont les plans, le montage et la façon d’amener les chansons, permettent, entre autres délicieux effets secondaires, de favoriser l’émergence et la puissance d’une émotion dévastatrice et durable.

I Love L.A.

Devant la caméra, Emma Stone et Ryan Gosling forment l’un des couples de cinéma les plus charismatiques vus depuis des lustres. On savait que les deux acteurs fonctionnaient bien ensemble (c’est le troisième film dans lequel ils se retrouvent après Crazy, Stupid, Love et Gangster Squad), mais ici, leur alchimie apparaît avec une évidence stupéfiante. Une alchimie que Chazelle exploite pour nourrir la dynamique de son histoire, tout comme il bénéficie du talent des deux acteurs pour tout ce qui relève du chant et de la danse. En plus de l’acting pur. Avec un investissement qui force le respect, Ryan Gosling et Emma Stone se surpassent mais ne font jamais passer la performance physique avant l’émotion. Ils ne sortent pas de leurs personnages et se laissent porter par un enchantement de tous les instants, qu’ils viennent eux-mêmes alimenter au fur et à mesure que se construit leur vibrante romance.
Parfaitement raccord avec ses influences, La La Land fait aussi office de conte moderne sur l’ambition et l’amour. Il raconte Hollywood, en profite pour lui rendre hommage, rameute la gloire d’un âge d’or parfois oublié, chasse le cynisme et s’impose comme un hymne sincère à la persévérance quand il s’agit de poursuivre ses rêves.

Parenthèse enchantée

Filmé en Cinemascope et en Technicolor, à l’ancienne, avec un amour probant pour le cinéma, La La Land est non seulement une authentique merveille d’un point de vue strictement formel, aussi acidulée que savoureuse, mais aussi un trésor d’écriture. Dès lors que les premières notes de la chanson d’ouverture retentissent, le sortilège agit. Nous voici pris dans la danse, sous le soleil de Los Angeles, à l’ombre du célèbre panneau, en compagnie de deux aspirants au succès, dont les rêves sont parfois menacés par la réussite facile. L’amour est au centre de tout et c’est en effet le moteur de cette aventure enlevée.
Derrière sa caméra, Damien Chazelle fait comme avec Whiplash et démontre d’un talent stupéfiant quand il s’agit de faire preuve d’inventivité. Ici plus spécifiquement, il injecte du neuf dans de l’ancien pour au final livrer une œuvre ambitieuse d’une classe folle. Il suffit de voir la scène qui rend hommage à la Fureur de Vivre pour s’en convaincre ou encore cette magnifique conclusion.
De toute façon c’est bien simple : La La Land est un chef-d’œuvre. Un film bienveillant, qui procure un plaisir dingue. La complexité du procédé et les difficultés techniques inhérentes à la mise en scène ou aux chorégraphies s’effacent devant une évidence : celle d’un spectacle total, qui prend à la gorge, colle la chair de poule, fait rire et pleurer, émerveille et soulève. Les morceaux sont tous fantastiques, en particulier City Of Stars et Another Day Of Sun (tous les deux repris par Jimmy Fallon aux Golden Globes) et procurent à eux seuls suffisamment d’émotions pour justifier largement le prix d’une place.
La La Land célèbre le grand cinéma. Celui qui a donné ses lettres de noblesses à Hollywood. Il fait de ses acteurs les descendants des géants. En marge des modes, des courants, et de cette propension à chercher à flatter le public dans le sens du poil, il n’en fait qu’à sa tête et réussit à fédérer au-delà de sa simple étiquette de comédie musicale. C’est un enchantement de tous les instants. Un monument de poésie filmique. Un miracle.

En Bref…
Hommage aux grandes comédies musicales d’antan et aux classiques du cinéma américain des années 40/50, La La Land parvient également à s’émanciper pour générer sa propre magie. Orchestré par un réalisateur décidément incroyable, et porté par des comédiens en état de grâce, il impose une rythmique millimétrée ainsi qu’une passion communicative. Feel Good Movie par excellence, il fait partie de ces rares films qui nous rappellent pourquoi nous aimons tant le cinéma. L’une des meilleures comédies musicales jamais réalisées. Tout bien réfléchi, ça marche aussi si on remplace « comédie musicale » par « film ».

@ Gilles Rolland

La-La-Land-Ryan-Gosling-Emma-Stone  Crédits photos : SND

Par Gilles Rolland le 23 janvier 2017

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