[Critique] LE MONDE FANTASTIQUE D’OZ

CRITIQUES | 13 mars 2013 | Aucun commentaire

Titre original : Oz : The Great and Powerful

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisation : Sam Raimi
Distribution : James Franco, Mila Kunis Rachel Weisz, Michelle Williams, Zach Braff, Bruce Campbell, Tony Cox, Joey King, Abigail Spencer, Bill Cobbs, Ted Raimi…
Genre : Fantastique/Aventure/Adaptation
Date de sortie : 13 mars 2013

Le Pitch :
Au Kansas, Oscar Diggs, un magicien roublard sans envergure, est transporté, à bord d’une montgolfière, en plein cœur du Pays d’Oz, un endroit merveilleux, à la végétation luxuriante et aux créatures fantastiques. Dès son arrivée, Oscar rencontre Theodora, une gentille sorcière qui voit en lui le sauveur de la prophétie, qui saura contrer les agissements maléfiques d’une sorcière malfaisante. Considéré comme un héros, Oscar voit là une opportunité d’accéder à la gloire qui lui a fait jusqu’à présent défaut, sans se douter des péripéties qui l’attendent…

La Critique :
Pas évident de conserver son toucher quand on travaille sous la houlette d’un mastodonte comme Disney. Tim Burton pourrait vous toucher deux mots, lui qui s’est complètement planté en adaptant à l’écran les aventures d’Alice au fameux Pays des Merveilles. Pas évident donc, quand on vient d’un cinéma plus modeste et qu’on a réussi vaille que vaille, durant toute sa carrière, à faire des choix judicieux et à affiner sa patte, de répondre aux exigences inhérentes à un blockbuster de la taille du Monde Fantastique d’Oz, pendant que Mickey et ses grandes oreilles veillent au grain.
Et pourtant… Sam Raimi l’a fait. Son film est phénoménal. Son film est une merveille. Son film est un grand film.

Dans l’impossibilité de revenir sur l’histoire bien connue de Dorothy et de ses compagnons, L’Épouvantail, le Lion et le Bucheron en fer blanc, dont les droits sont encore détenus par la Warner, Disney a donc décidé de récupérer ici ou là, dans l’œuvre originale (signée L. Frank Baum), les fragments nécessaires à l’élaboration d’un film qui raconterait les évènements qui ont précédé les tribulations de la joyeuse équipée évoquée plus haut. Dans le jargon, on appelle ceci, une préquelle. Une préquelle qui retrace les origines du célèbre magicien d’Oz et qui explique pourquoi et comment, ce médiocre illusionniste du dimanche, adepte des gentilles arnaques, a pu devenir un véritable et authentique héros. Voilà pour le contexte…

Curieusement, l’incroyable parcours du prestidigitateur Oscar Diggs, rappelle fortement celui d’un certain Ash, le personnage principal de la saga Evil Dead, réalisée par Sam Raimi. Pas le Ash des deux premiers volets de la trilogie horrifique, mais bien le Ash de L’Armée des ténèbres. Celui qui déboule en plein Moyen-âge, où les autochtones le prennent pour l’élu qui saura botter les fesses aux démons qui leur mènent la vie dure. Le rapprochement est évident. Oscar comme Ash, sont deux branleurs arrogants, séducteurs, portés sur le sarcasme et l’ironie. Deux imposteurs à la recherche d’une gloire qu’ils pensent dans un premier temps facile d’accès, dès qu’ils se retrouvent dans un monde qui n’est pas le leur et où leurs manigances apparaissent aux yeux des gens, comme de fabuleuses trouvailles en forme de réponses à toutes leurs préoccupations. Évident donc, et totalement jubilatoire. Car quand on y pense, il y a de quoi se taper le cul par terre de bonheur. Sam Raimi, ce mec qui a réalisé avec trois bouts de ficelle, du ketchup et un skate-board, l’un des films d’horreur les plus cultes de tous les temps, celui qui donné ses lettres de noblesses au cinéma à Spider-Man (entre autres faits hautement notables) et celui qui n’a jamais eu peur de se mettre en danger, en aimant se positionner sur des projets où on ne l’attendait pas du tout (rappelez-vous notamment Pour l’amour du jeu !), a réussi a totalement s’approprier un film produit par Disney, qui en outre, embrasse un univers chéri par à peu près 98% des américains. La marque d’un génie en pleine possession de son art, qui signe l’un de ses meilleurs longs-métrages.
Après s’être fait débarqué de la saga Spider-Man et après s’être amusé avec un Jusqu’en enfer en forme de retour aux fondamentaux, Raimi a réussi un véritable exploit : flatter ses fans hardcore en saupoudrant de multiples références à son univers (la naissance de la sorcière et le look de certains personnages -entre autres choses – vont ravir les fans d’Evil Dead) et livrer un film familial, formidablement fédérateur, émouvant, épique et bien entendu absolument sublime d’un point de vue visuel.

Car oui, il faut bien en parler. Le Monde Fantastique d’Oz est à tomber par terre. Jamais à ce jour (à part peut-être dans Avatar) la 3D n’avait été utilisée avec autant de goût. Les effets-spéciaux, en plus d’être formidables, servent l’histoire sans jamais se résumer à une démonstration de force. Le passage du noir & blanc, quand le personnage est encore au Kansas à galérer pour gagner trois sous, à la couleur, qui intervient lorsque Oscar atterrit au Pays d’Oz, est une idée géniale. Une véritable et authentique déclaration d’amour au cinéma, qui se poursuit tout au long du récit, pour finir en point d’orgue ahurissant lors du dénouement. Une lettre d’amour ouverte au septième-art du même acabit que celle qu’avait livrée Martin Scorsese avec Hugo Cabret. Un périple haut en couleurs, au délicieux et discret parfum de kitsch, qui explose dans tous les sens, qui brille par son soucis du détail et qui n’en fait jamais trop. Tout est justifié dans Le Monde Fantastique d’Oz. L’humour, comme les bons sentiments, jamais appuyés, et qui du coup font mouche. Il y a ici largement matière à verser sa petite larmichette. Le bonheur est total.

Sam Raimi est un cinéaste généreux et bienveillant. Avec son nouveau film, il a pensé à tout le monde. Aux petits et aux grands. Forcement son enthousiasme a contaminé l’intégralité d’un casting prestigieux et pertinent. James Franco est parfait en version 2.0 de Bruce Campbell (qui jouait Ash dans les Evil Dead donc et qui fait ici une apparition) et prouve à quel point son charisme et son talent peuvent venir à bout des défis les plus balèzes ; Mila Kunis et Rachel Weisz nous sortent le grand jeu, tout en nuances, tout en se faisant plaisir, et Michelle Williams incarne la grâce et la douceur avec une prestance hallucinante. Il y a un singe qui parle et qui vole aussi, ainsi qu’une petite fille en porcelaine. Tous les deux sont également parfaits. Eux non plus n’en font jamais trop et ne tombent donc pas dans le piège facile des side-kicks censés s’adresser aux spectateurs en bas âge. Le dosage que Sam Raimi a trouvé est le bon. Les images qu’il pose sur le très bon script du duo Mitchell Kapner et David Lindsay-Abaire et l’interprétation finalement très libre qu’il en fait, sonnent juste du début à la fin. Le fond s’accorde avec la forme et le cinéma en ressort grandi. Sam Raimi frappe un grand coup. En revisitant une mythologie ultra-codifiée à destination d’un public ultra-large, il case une grande partie de ses gimmicks les plus savoureux et de ses thématiques favorites, faisant de son dernier long-métrage un véritable tour de force à voir et à revoir.

@ Gilles Rolland

wk-oz0308Crédits photos : The Walt Disney Company France

 

Par Gilles Rolland le 13 mars 2013

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