[Critique] LES INFIDÈLES

CRITIQUES | 17 février 2012 | 1 commentaire

Rating: ★★½☆☆

Origine : France
Réalisateurs : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Michel Hazanavicius, Eric Lartigau, Alexandre Courtès…
Distribution : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Alexandra Lamy, Géraldine Nakache, Guillaume Canet, Sandrine Kiberlain, Manu Payet, Isabelle Nanty, Clara Ponsot, Mathilda May, Julien Leprise, Anne Suarez, Cyrius Rosset, Priscilla De Laforcade, Florine Delobel, Julie Nicolet, Karine Ventalon, Pierre Benoist…
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 29 février 2012

Le Pitch :
Film à Sketches, Les Infidèles explore la problématique de l’infidélité masculine.

La Critique :
Porté par un Jean Dujardin omniprésent, qui assure à la fois la production, l’écriture, la mise en scène et l’interprétation, Les Infidèles se place dans la tradition d’un cinéma vaudevillesque. Décomposé en plusieurs segments, liés les uns aux autres par la thématique de l’infidélité, le film rejoint donc Creepshow, Groom Service (de Tarantino, Rodriguez…), ou encore Paris je t’aime de par sa structure. Une structure qui ici, trouve clairement ses limites. Non pas dans la forme mais bel et bien dans le fond. Et ce n’est pas à cause de la qualité inégale des histoires, mais plutôt parce qu’aucune d’entre elles n’est suffisamment bonne pour rattraper celles qui sont par contre assez mauvaises pour tirer l’ensemble vers le bas.

Tout d’abord, on notera la bonne tenue des segments d’Eric Lartigau et de Michel Hazanavicius. Le premier, avec Lolita, raconte l’aventure d’un homme avec une jeune fille de 19 ans. On y parle du fossé entre les générations et Lellouche, qui campe le héros infidèle est plutôt bien servi par un scénario doux-amer et pertinent. Dans le sketch d’Hazanavicius, probablement le meilleur de tous, Dujardin incarne un ringard de seconde zone qui, lors d’un séminaire, tente par tous les moyens de s’offrir une aventure extra-conjugale. Un objectif qu’il peine à remplir et qui ne lui rapporte que de l’humiliation. C’est là aussi assez fin, bien joué, positivement ambigu et parfois drôle. Contrairement à l’histoire portée par Lartigau qui elle ne l’est jamais ( et qui ne cherche pas à l’être).

On remarque que c’est lorsque qu’il ne cherche pas la comédie pure que Les Infidèles touche au but. Les sketches où les gags surnagent ici ou là sont les plus aboutis contrairement à ceux qui s’affichent clairement comme de grands moments de délire. Ces derniers, à l’image du prologue et de la conclusion, ainsi que le segment sur la thérapie pour hommes volages, peinent à convaincre sur la longueur et ne font pas rire tant que ça. Mention particulière au dernier, qui voit Guillaume Canet, Manu Payet (pour le coup plutôt bon), Gilles Lellouche et Jean Dujardin assister à une séance de thérapie de groupe pour soigner leur addiction. On pense aux sketches les plus laborieux des Inconnus, Sandrine Kiberlain dans le rôle de l’animatrice est irritante, et le tout sonne comme une tentative loupée.

Mais la palme du ratage revient sans hésitation au sketch réalisé par Emmanuelle Bercot. L’actrice réalisatrice, qui a récemment scénarisé Polisse, tourne autour du couple Dujardin/Lamy, analyse les effets de l’adultère sur ce dernier présenté initialement comme solide et se plante royalement. L’impression est d’assister de force à la représentation d’une pièce de théâtre vue et revue, sans pouvoir y faire quoi que ce soit persiste. C’est long, lent, laborieux et les dialogues, signés Nicolas Bedos de s’avérer aussi fins qu’un pot de saindoux. Bercot embrasse les clichés, multiplie les plans serrés, adopte une réalisation nerveuse mais totalement hors propos et finit par lasser, puis par gonfler. C’est le jeu du « je te trompe mais toi aussi tu me trompes car tout le monde trompe tout le monde et on en fait des caisses pour montrer que la situation est quand même compliquée, sans pour autant oublier qu’on s’aime…. ». On repassera pour l’originalité.

Heureusement, son intervention ne survient qu’à mi-parcours, car elle imprime bizarrement tout le reste d’une impatience croissante. Celle de voir le film arriver à son terme.

On se réclame de Blier par-ci dans l’espoir de se donner une légitimité, on est bien vulgaire, on montre fièrement que l’on n’a aucun tabou, on insiste sur le côté humain de l’infidèle, qui reste un homme plein de contradictions et qui souffre, Dujardin et Lellouche sont partout, c’est très petit bourgeois et les faux pas s’enchainent.

Il y a à boire et à manger chez ces Infidèles. Dans la même veine, mieux vaut se tourner vers les bien plus subtils Closer (Mike Nichols) ou même, pourquoi pas, vers le Bon à Tirer des Frères Farrelly, qui s’avère bien plus tendre et beaucoup plus drôle. Et s’il suffisait de montrer un type au masque de cochon fouetter une vieille femme suspendue, un homme se tripoter, ou encore un mec coincé dans sa partenaire qui voit sa femme débarquer aux Urgences alors qu’un docteur l’ausculte, pour faire marrer, ça se saurait. Un peu comme si vous écoutiez un mec vous raconter des blagues à papa lors d’une soirée. Des blagues pas souvent drôles, trop longues, heureusement entrecoupées de deux beaux moments. Mieux vaut s’y rattacher -à ces deux beaux moments- et remercier Michel Hazanavicius et Eric Lartigau d’avoir insufflé un peu de « profondeur » à un projet qui joue sur la face graveleuse de cet adjectif, mais qui tourne trop souvent à l’anecdote. Un délire de potes hermétique certes sympa mais poussif. « Nous avons voulu faire une comédie pour adultes » affirmait Lellouche lors de l’avant -première toulousaine, où lui, Dujardin et Bedos étaient présents. L’intention est louable les mecs mais le résultat demeure en demi-teinte…

@ Gilles Rolland

Crédits Photos : Black Dynamite Films

Par Gilles Rolland le 17 février 2012

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Airzebeth
Airzebeth
9 années il y a

C bien ça aidera Dujardin a garde la petite tête. Il te remercie 🙂