[Critique] UNE ODE AMÉRICAINE

CRITIQUES | 25 novembre 2020 | Aucun commentaire
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Titre original : Hillbilly Elegy

Rating: ★★★★½

Origine : États-Unis

Réalisateur : Ron Howard

Distribution : Amy Adams, Glenn Close, Gabriel Basso, Haley Bennett, Freida Pinto, Owen Asztalos, Bo Hopkins, David Silverman…

Genre : Drame/Adaptation

Durée : 1h56

Date de sortie : 24 novembre 2020 (Netflix)

Le Pitch :

J.D. Vance, un ancien Marine, est contraint de revenir chez lui alors qu’il tente de décrocher un stage dans le plus prestigieux cabinet d’avocats de Washington DC. L’occasion pour lui de se remémorer son enfance difficile alors qu’il rejoint sa sœur et sa mère en Ohio, où rien n’a vraiment changé. La première devant gérer la seconde qui ne cesse de trébucher, entre dépendances aux drogues et comportements violents. Tiraillé entre sa volonté d’aller de l’avant et le besoin de rester attaché aux siens et à ses origines, J.D. va devoir négocier un virage des plus délicats…

La Critique d’Une Ode Américaine :

C’est en 2016, juste avant l’élection présidentielle américaine, que J.D. Vance, une pointure du monde de la finance, se fait véritablement connaître en publiant ses mémoires. Un livre dans lequel il dévoile sans ambages son enfance délicate auprès d’une mère accroc, au cœur d’une communauté pauvre entre les régions les plus rurales du Kentucky et les banlieues sinistrées de l’Ohio. Immédiatement, Hillbilly Elegy, le bouquin en question, se hisse au sommet des ventes, devenant même pour certains, après la victoire de Donald Trump, une sorte de justification de la tournure pour le moins inattendue qu’ont pris les élections. Vance y racontant sa vie, mettant en lumière une Amérique oubliée, moquée et conspuée que Trump a justement su fédérer pour accéder au pouvoir. Livre que s’est approprié Ron Howard pour le compte de Netflix…

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White Trash

Appelé en renfort pour terminer Solo, le spin-off mal-aimé de Star Wars, après le départ de Phil Lord et Chris Miller, Ron Howard a ensuite planché sur un projet plus modeste (entre deux documentaires, à savoir The Beatles : Eight Days a Week et Pavarotti), revenant à une forme de cinéma plus intime et renouant ainsi avec un genre qu’il n’avait pas pleinement abordé depuis un moment. L’histoire de J.D. Vance lui donnant l’occasion de s’approprier un récit épuré et puissant, habité par des personnages forts. Un projet qui avait néanmoins de quoi susciter quelques craintes chez les spectateurs allergiques à ces grands drames américains un peu tire-larme, qui ne cessent de jouer sur la corde sensible pour retenir l’attention. Howard qui, heureusement, a totalement compris que le roman de Vance n’appelait pas une approche de ce genre. Vanessa Taylor, la scénariste, ayant de plus remarquablement respecté la tonalité d’origine, sans en rajouter inutilement, laissant les choses évoluer naturellement. En d’autres termes, oui, Une Ode Américaine est un véritable drame familial mais non, il ne se montre ni insistant ni trop lourd. Simplement vrai.

Il était une fois dans l’Amérique du milieu

Très discrète, mais sachant néanmoins souligner les points importants pour favoriser la naissance d’une véritable émotion, la mise en scène de Ron Howard se montre non seulement pertinente mais aussi inspirée. Que ce soit quand il effectue des allers-retours entre plusieurs époques, jamais vainement, ou qu’il a recours à certains stratagèmes pour mettre en exergue les sentiments éprouvés par le personnage principal. Mais surtout, Howard laisse les coudées franches à ses acteurs. Même si on devrait plutôt dire « à ses actrices ». Car si Gabriel Basso, qui campe J.D. Vance, est excellent, ce sont bien Glenn Close, Amy Adams et Haley Bennett qui captivent tout au long de cette douloureuse histoire de famille. Glenn Close qui nous gratifie d’une composition remarquable car toute en nuances alors que justement, le rôle aurait pu lui donner l’occasion de partir en vrille. Mais non, car Glenn Close s’efface derrière son personnage, rendant justice à ses aspirations, à ses peurs et à son identité propre, sans jamais le trahir. Il en va de même pour Amy Adams, qui, quelques mois après la sublime mini-série Sharp Objects pour HBO, prouve une nouvelle fois à quel point elle est grande. Et c’est encore grâce à la pertinence de son approche et aux nuances qu’elle apporte à un rôle pourtant casse-gueule, qu’elle se distingue. Enfin, Haley Bennett, plus en retrait, brille à chacune de ses apparitions. Une actrice qui, après Le Diable tout le temps, offre à sa filmographie un autre beau personnage en cette année 2020 compliquée.

Dans l’ombre de la bannière étoilée

Plutôt classique dans sa forme, Une Ode Américaine ne manquera pas de rebuter, de par son simple pitch, une part des spectateurs qui sera tentée de n’y voir qu’un bon vieux mélo des familles. Pourtant, le film vaut largement mieux. Surtout aujourd’hui, tant son discours, sans en faire des tonnes non plus, souligne des choses essentielles et en dit beaucoup plus sur notre époque que des œuvres qui s’y dédient entièrement. Une histoire de famille incarnée et sincère. Une ode sur la résilience…

En Bref…

De retour à un cinéma plus simple, moins sophistiqué, plus intime, Ron Howard adapte le bouquin autobiographique de J.D. Vance et livre un film remarquable car sincère et authentique. Certes un vrai drame à l’américaine, mais dans le bon sens du terme, porté par un casting en or massif dominé par Glenn Close et Amy Adams, toutes les deux exceptionnelles…

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : Netflix
Par Gilles Rolland le 25 novembre 2020

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