[Critique] WILD

CRITIQUES | 15 janvier 2015 | Aucun commentaire
Wild-poster-France

Titre original : Wild

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Jean-Marc Vallée
Distribution : Reese Witherspoon, Laura Dern, Gaby Hoffmann, Thomas Sadoski, Michiel Huisman, W. Earl Brown, Kevin Rankin…
Genre : Drame/Biopic/Aventure/Adaptation
Date de sortie : 14 janvier 2014

Le Pitch :
Cheryl décide de prendre une décision radicale après plusieurs années d’errance qui ont notamment conduit à un divorce douloureux. Elle se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, sans aucune préparation particulière. Sur les sentiers de la plus longue et difficile randonnée des États-Unis, entre le désert et les montagnes enneigées, la solitude, le froid et la chaleur, la soif et le désespoir, Cheryl se souvient de son existence et tente de se reconstruire. Histoire vraie…

La Critique :
Impossible de ne pas penser à Into the Wild, de Sean Penn, devant Wild, de Jean-Marc Vallée. Les deux films partagent en effet de nombreux points communs. Ils sont tous les deux adaptés d’un récit racontant un périple (à pied) et mettent tous les deux en scène un personnage parti sur la route pour tenter de trouver les réponses à des questions que la vie a jusqu’ici échoué à lui apporter. Les deux titres se ressemblent également beaucoup…
Inutile de dire alors que ceux qui ont apprécié Into the Wild aborderont Wild avec un à priori très positif. Ils auront bien raison. Ceux qui craignent la redite, n’ont pas à s’en faire. Si il évoque bien le voyage de Christopher McCandless à plusieurs moments, le périple de Cheryl Strayed finit bel et bien par ne ressembler qu’à lui-même…

C’est Reese Witherspoon qui a découvert la première le livre de Cheryl Strayed, alors même qu’il n’était pas encore disponible en librairie. Normal que l’on retrouve ainsi son nom à la production du long-métrage. Jean-Marc Vallée est arrivé ensuite et a embrassé ce récit puissant de par ses évocations, en se l’appropriant complètement, bien aidé par un scénario signé par le remarquable écrivain Nick Hornby (qui a vu ses romans À propos d’un gamin (Pour un garçon), Haute Fidélité (High Fidelity), ou encore Carton Jaune, adaptés au cinéma). Très bien entouré, le cinéaste canadien a embarqué Reese Witherspoon et son monumental sac à dos, dans une aventure pédestre épique à plus d’un titre, le long du Pacific Crest Trail, soit le plus long et difficile sentier de randonné des États-Unis, situé comme son nom l’indique sur la Côte Ouest du pays.
Et le voyage débute dès les premières minutes, avec une scène qui tient à nous faire comprendre la douleur du personnage incarné par Reese Witherspoon. Des gémissements de souffrance servent d’introduction, tandis que Cheryl découvre ses pieds en sang, alors que tout autour d’elle se déroule un paysage de carte postale. D’emblée Jean-Marc Vallée impose un choix crucial dans sa mise en scène, à savoir le recours régulier à des flash-backs destinés à nous faire découvrir le parcours de la jeune femme, de façon à ce que nous comprenions pour quelle raison elle s’est embarquée dans ce voyage dangereux, mais potentiellement salutaire.

Wild-Laura-Dern

Wild parle de rédemption. Un thème central, porteur d’une émotion vivace et palpable, lisible dans les yeux fatigués mais déterminés d’une actrice en état de grâce. Plus belle que jamais, Reese Witherspoon trouve peut-être ici le meilleur rôle de sa carrière, déjà pourtant impressionnante. Viscérale, touchante, d’un magnétisme inouï, elle traduit la volonté de son personnage et arrive à également souligner ce désespoir omniprésent, dont l’emprise sur la jeune femme, se fait de moins en moins tenace au fil des kilomètres avalés. Quand la caméra de Vallée ne s’attarde pas sur les somptueux paysages qui jalonnent le parcours, il filme au plus près les traits fatigués d’une authentique héroïne de cinéma, pleine de regrets, en quête d’un nouveau départ. Une remise à zéro qui ne sera possible qu’après ces centaines de bornes le long d’un sentier sur lequel l’attendent les fantômes d’une vie cassée, marquée par l’échec, le deuil, la souffrance, l’addiction et le découragement. C’est aussi en cela que Wild se démarque d’Into the Wild. Le personnage de ce dernier débutait sa vie d’adulte en souhaitant vivre sa grande aventure américaine, à l’instar de ses héros, Jack London et Henry David Thoreau en tête. Cheryl elle, veut comme elle le dit elle-même « redevenir la fille que sa mère a élevée ». Au rythme de nombreux allers-retours dans le passé, intégrés avec une fluidité exemplaire, on comprend pourquoi. Pourquoi Cheryl est là et pourquoi elle veut aller au bout. Il y a aussi ces chansons, de Leonard Cohen au Grateful Dead, en passant par Bruce Springsteen ou Portishead, entendues à la radio et reprises par une bande-originale dont le principal mérite est d’accompagner la randonnée de la jeune femme en venant nourrir ses thématiques et souvent en soulignant une émotion à laquelle il est difficile de rester insensible.

Porté par une actrice solide ayant parfaitement compris son personnage, ses fêlures, ses désirs et ses regrets, Wild peut aussi compter sur Laura Dern, parfaite, dont l’osmose avec Reese Witherspoon fait des prouesses, sur l’excellent Thomas Sadoski (un transfuge de The Newsroom, tout comme Kevin Rankin, lui aussi au générique), discret mais totalement dans le ton, et sur toutes une galerie de seconds rôles travaillés et attachants.
Considéré comme une machine à Oscar, Wild est beaucoup plus que cela, si tant est qu’un tel qualificatif signifie quoi que ce soit de négatif. Il raconte une histoire simple, à laquelle il est facile de s’identifier. Il brosse un portrait de femme puissant et narre une aventure à la fois personnelle et intime et souvent grandiose, notamment grâce au souffle évocateur de son propos central.
Sans avoir peur de se frotter à des films cultes, Jean-Marc Vallée a tracé. Confiant, il prouve au final à quel point il est bon, notamment quand il se permet des touches d’humour toujours pertinentes, et salutaire quand il s’agit d’offrir au film un peu de légèreté. Après Dallas Buyers Club, le voici à nouveau aux côtés d’une âme brisée, en quête de salut. Il serait dommage de ne voir là qu’une répétition opportuniste, quand il est évident que le cinéaste ne fait pas du sur-place. Son audace n’est pas tape-à-l’œil. Proche de ses personnages, il reste simple et touche au vif. Son dernier film, en plus d’être extrêmement sensible, n’en fait jamais trop, et sait captiver en permanence. Une belle prouesse.

@ Gilles Rolland

Wild-Reese-WitherspoonCrédits photos : 20th Century Fox

 

Par Gilles Rolland le 15 janvier 2015

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