[Critique] THE WALL

CRITIQUES | 8 juin 2017 | Aucun commentaire
The-Wall-poster

Titre original : The Wall

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Doug Liman
Distribution : Aaron Taylor-Johnson, John Cena, Laith Nakli…
Genre : Drame/Thriller
Date de sortie : 7 juin 2017

Le Pitch :
Alors que la Guerre en Irak touche à sa fin, deux soldats américains isolés dans le désert, près du chantier d’un pipeline, sont pris pour cibles par un redoutable sniper. Blessés, ils ne doivent leur salut qu’à un fragile mur en ruines. Ils vont alors devoir définir la position du tireur pour espérer s’en sortir…

La Critique de The Wall :

Voici un autre film adapté d’un script de la célèbre Black List hollywoodienne, qui recense les meilleurs scénarios laissés pour compte. The Wall qui propose un spectacle épuré et tendu, et qui repose en cela sur un concept redoutable : deux soldats américains font face à un sniper. Entre eux, un mur en forme de frontière entre deux nations actrices d’un conflit armé aux multiples implications…

The-Wall-John-Cena

Another brick in the wall

Doug Liman est un réalisateur aussi sous-estimé qu’intéressant. Surtout ces dernières années où il s’est pour ainsi dire vraiment bougé pour surprendre et faire preuve d’une ambition que le film le plus moisi de sa filmographie, Mr & Mrs Smith en l’occurrence, ne laissait pas présager, contrairement au premier volet de la saga Jason Bourne (La Vengeance dans la peau) notamment. Mais après tout, n’avait-il pas débuté avec la comédie culte Swingers et avec Go, ce thriller juvénile aussi foutraque que stimulant ? Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, Liman œuvre dans le bon sens et ce n’est pas son amitié avec Tom Cruise qui devrait y changer quelque chose, bien au contraire. Lui qui a emballé le très bon Edge Of Tomorrow et qui s’apprête à transformer Cruise en dealer dans Barry Seal : American Traffic (American Made), déboule avec The Wall. Deux acteurs « visibles », un invisible dont on n’entend que la voix, un mur et le désert. Si ça n’est pas la preuve que le réalisateur souhaite se mettre en danger et prouver qu’il en a dans le ventre, cela y ressemble quand même beaucoup…

Duel

Film à concept, The Wall repose sur une idée simple et efficace. Il réduit la guerre à trois individus. Deux représentent les États-Unis et un l’Irak. La guerre est finie, sur le papier tout du moins, mais pour eux, elle fait toujours rage. Grâce à cette idée, ambitieuse et il est vrai aussi casse-gueule, le long-métrage réduit le conflit à sa plus simple expression et met en exergue sa signification profonde ou plutôt son manque de signification. Il en souligne l’absurdité et la complexité et oppose les intérêts financiers majeurs qui sont en son centre et les vies de ceux qui en sont les acteurs. Car pour ces hommes perdus dans une zone oubliée des généraux, le pétrole, si près, ne compte plus. Pour le sniper irakien, il s’agit de régler les comptes et pour les deux américains d’y survivre.
Dans un premier temps, le déroulement de l’intrigue est plutôt brut de décoffrage. Ce n’est que lorsque le tireur qui a mis en joue les personnages incarnés par Aaron Taylor-Johnson et John Cena se met à parler à travers la radio, pour initier un dialogue, que le film dévoile ses véritables intentions et prend les plus gros risques. Risque de tourner en rond, de provoquer l’ennui, de se mordre la queue… Mais Doug Liman sait y faire et si The Wall comporte bien quelques passages un peu longuets, le réalisateur parvient à maintenir une tension palpable et à donner du corps à son récit.

How I Won The War

En cela, la performance d’Aaron Taylor-Johnson est à saluer car au fond, même si John Cena est là, c’est lui qui porte The Wall sur ses épaules. Avec une belle économie de moyens, l’acteur incarne une détresse réelle néanmoins mêlée d’une outrecuidance typique. Isolée de la mêlée que constitue le bataillon dont il fait partie, il se retrouve à devoir résoudre une situation inextricable armé de connaissances tactiques et d’un instinct de survie qui en l’occurrence, lui sont plus utiles que le fusil et le pistolet de son paquetage.
Filmé au plus près, le comédien participe également à l’immersion et à cette déconstruction en règle de codes qui permettent à l’arrivée de rendre The Wall atypique. Vis à vis du genre auquel il appartient mais aussi de son sujet.
Évitant consciencieusement tout manichéisme, The Wall mêle des éléments de film de genre à un discours politique. Il sait se montrer mesuré et sait rester pertinent. Il esquive certains clichés et accepte d’en embrasser d’autres, tout en se montrant parfois spectaculaire. Toujours en restant fidèle à son concept premier. Sans jamais vraiment dévier de sa route, jusqu’à ce final, dont la nature montre bien qu’il ne s’agit pas d’un énième film de guerre comme les autres…

En Bref…
Tendu, ambitieux, politique et parfois surprenant, The Wall souffre bien de quelques baisses de régime mais aucune d’entre elles n’entame sa puissance évocatrice. Soutenu par deux acteurs en phase avec les intentions du scénario et de leur réalisateur, le film est très efficace et sait se démarquer du tout-venant d’un genre auquel il apporte sa pierre, sans se départir d’une singularité indéniable.

@ Gilles Rolland

The-Wall-Aaron-Taylor-Johnson  Crédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Gilles Rolland le 8 juin 2017

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