[Critique série] LOVE – Saison 1

SÉRIES | 29 février 2016 | Aucun commentaire
Love-poster

Titre original : Love

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Créateurs : Judd Apatow, Paul Rust, Lesley Arfin
Réalisateurs : Dean Holland, John Slattery, Maggie Carey, Joe Swanberg, Steve Buscemi, Michael Showalter.
Distribution : Gillian Jacobs, Paul Rust, Claudia O’Doherty, Brett Gelman, John Ross Bowie, Dave Allen, Steve Bannos, Iris Apatow, Tracie Thoms, Briga Heelan…
Genre : Comédie/Romance
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :
Mickey est programmatrice dans une station de radio de Los Angeles. Gus lui, est professeur particulier sur le tournage d’une série télévisée. Tous les deux ont un peu plus de 30 ans et éprouvent certaines difficultés dans leur vie sentimentale. Leur rencontre va faire des étincelles…

La Critique :
Judd Apatow a débuté à la télévision aux côtés de Ben Stiller, dans le show de ce dernier. Depuis, malgré une prolifique carrière de réalisateur et de producteur au cinéma, Apatow n’a pas lâché le petit écran. Il a ainsi produit et écrit Freaks & Geeks, l’extraordinaire création de son ami Paul Feig, bossé sur Funny or Die Presents et sur Girls, sans se priver de mettre lui-même à l’eau des séries, comme Undeclared en 2001. Aujourd’hui justement, Judd Apatow revient à la création télévisuelle avec Love. Une série qu’il porte à bout de bras avec Lesley Arfin, une scénariste/productrice transfuge de Brooklyn Nine-Nine et Girls, et son mari Paul Rust, qui joue aussi l’un des premiers rôles.
Pas découragé par les échecs qui ont jalonné son parcours et probablement encouragé par l’engouement des fans, qui ont quoi qu’il en soit hissé au rang d’œuvres cultes les mêmes séries arrêtées pour faute d’audience comme Freaks & Geeks et Undeclared, Apatow propose avec Love un condensé de tout ce qu’il sait faire de mieux, sans changer radicalement la recette à la base de la plupart de ses œuvres passées, mais en la faisant évoluer parfois de manière plutôt inattendue…

Lesley Arfin, Paul Rust et Judd Apatow sont sur la même longueur d’onde, c’est évident. Les deux premiers faisant après tout partie de la grande famille que le réalisateur a su construire depuis ses débuts, révélant sans cesse de nouveaux talents en leur offrant l’opportunité de s’exprimer au sein d’un environnement confortable propice à l’expression d’une comédie fédératrice.
Ainsi, on se sent rapidement à l’aise dans le petit monde de Mickey et Gus, les deux personnages principaux de cette romance contrariée, régie par certains des plus illustres codes sublimés par Apatow et déjà au centre de Freaks & Geeks, 40 ans toujours puceau ou Funny People. Le truc, c’est que Lesley Arfin et Paul Rust apportent aussi leur touche. La comédie, bien ancrée, est souvent contrebalancée par une dramaturgie marquée mais jamais plombante, mettant en évidence ce qui est souvent remarquable dans les productions et autres réalisations Apatow, à savoir cette tendance à jongler entre légèreté et gravité avec une maestria somme toute assez rare.

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Love est typiquement le genre de show auquel il est simple de s’identifier quand on a passé la trentaine. Le récit s’articule autour de deux adultes encore rattachés à l’adolescence, chacun à leur façon, tandis que la difficulté à trouver l’âme sœur les réunit dans une dynamique spécifique. D’un côté, Gus travaille comme professeur particulier pour les jeunes acteurs d’une série à la mode. Il ne répond pas aux canons de beauté, vient de se faire lourder, rêve d’une promotion et tente tant bien que mal de prendre les bonnes décisions sans trop oser s’imposer. De l’autre, Mickey officie quant à elle comme programmatrice dans une radio locale. Elle est belle, fréquente systématiquement le mauvais type et se complaît dans la drogue, l’alcool et les relations sans lendemain. Quand ils se trouvent, ce sont deux mondes qui se télescopent. Gus amenant de prime abord une certaine légèreté dans la vie de Mickey et Mickey tirant Gus vers le haut pour ce qui est de se lâcher, et de sortir d’une routine à long terme plus néfaste que bénéfique à son accomplissement. Tous les deux ne s’apercevant pas vraiment de ce que l’autre lui apporte…
Alors bien sûr, certaines voix se sont élevées pour condamner la série en argumentant sur le fait qu’encore et toujours, cette dernière met en scène un type banal et une nana canon. Et à première vue, c’est en effet le cas, même si tout n’est qu’une question de goût. Cela dit, une telle observation ne peut pas résumer la démarche de Love pour la simple et bonne raison que cela reviendrait à définir uniquement les personnages par leur physique et non par leur personnalité. La cohérence venant du fait qu’ici, chacun intervient dans l’existence de l’autre pour combler un vide. Pour bousculer les choses. D’une façon ou d’une autre. L’attirance et les sentiments amoureux étant amenés, ou pas d’ailleurs, à émerger de cette émulation mutuelle, qui ne va pas sans quelques heurts inhérents à la rencontre de deux univers radicalement opposés.
Il est simple de schématiser les choses, mais comme souvent chez Judd Apatow, tout est beaucoup plus complexe. Plus fin aussi. À l’arrivée, la cohérence est totale et le message que la série envoie de ne jamais se résumer à une somme grossière de lieux communs sur la vie, l’amour, le sexe ou l’accomplissement de soi.
C’est également pour cela que Love est aussi remarquable : sans forcer, avec une infinie délicatesse et un sens parfait de la mesure, le show capture l’essence de la relation entre ses personnages pour livrer quelque chose d’universel, tant sur le fond que sur la forme. Et si clichés il y a, la série se les approprie totalement pour en redéfinir les contours et mettre en exergue le fond véritable d’une pensée sincère d’où le cynisme est absent.

Romance moderne se payant le luxe de quelques séquences plutôt difficiles, notamment quand il est question d’addictions, Love est aussi très drôle. C’est important de le souligner pour ne surtout pas donner l’impression que tout ici se prend trop au sérieux. À vrai dire, c’est tout l’inverse. Oui parfois le récit n’hésite pas à creuser dans la direction des détresses profondes de ses personnages, mais à d’autres moments, c’est le rire qui se taille le part du lion. Jalonnée de gags franchement efficaces, l’histoire jouit aussi de situations joliment absurdes, tout en multipliant les ruptures de ton audacieuses. La rythmique parfaite, accroche sur la longueur, à tel point qu’il est franchement tentant de s’adonner dans vergogne au binge watching et de regarder d’un trait les 10 excellents épisodes qui constituent cette première saison.
Les références, comme souvent chez un Apatow passé maître dans l’art de l’humour meta, sont aussi légion, mais disséminées avec parcimonie au fil du récit, contribuant surtout à une immersion renforcée par la présence à l’écran de détails qui inscrivent l’histoire de Gus et Mickey dans un univers identifiable. Même constat pour la musique, choisie avec goût, dont Paul Rust se fait le vecteur à plusieurs moments de par sa condition de bassiste spécialisé dans la composition de thèmes de films qui n’ont pas de thème (qui verra comprendra). Une des trouvailles témoignant du talent des scénaristes pour donner du goût et de l’originalité à une série qui, grâce à toutes ces petites trouvailles se démarque de la « concurrence » sans même avoir l’air de vouloir le faire.

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Devant la caméra, Paul Rust, que l’on connaissait jusqu’alors pour des rôles mineurs dans de grands films (Inglourious Basterds), ou des rôles majeurs dans de petits films (I Love You Beth Cooper), ou encore pour son implication dans des séries pas vraiment populaires chez nous, explose dans peau d’un personnage qu’il s’est écrit sur-mesure. Pertinent, avec un naturel confondant, il sublime la figure du gentil geek que son personnage n’est en fait pas du tout, face à une Gillian Jacobs relativement incroyable dans la peau d’une addict à la fois attendrissante, irritante et grandement responsable de la folie qui contribue à empêcher Love de se ranger du côté de toutes les autres comédies romantiques oubliées depuis des lustres. Force brute au charisme sans faille, l’actrice offre un nouveau glorieux chapitre à sa carrière déjà marquée par ses rôles dans Community et Girls. Deux comédiens complémentaires et habités, de plus remarquablement entourés. Notamment par la géniale Claudia O’Doherty, qui campe la colocataire de Mickey, allant même parfois jusqu’à se tailler la part du lion, prouvant alors que la série ne se limite pas aux interactions de ses deux têtes d’affiche.

Undeclared, le show prématurément arrêtée de Judd Apatow fut vite considéré comme une suite officieuse de Freaks and Geeks. Aujourd’hui, c’est Love qui vient se placer dans le sillage de l’œuvre culte maintes fois citées dans les listes des meilleures séries de télévision. Contrairement à Girls, qui pêche par ses excès mal canalisés et sa redondance excluante relative mais bien présente, Love trouve le mélange parfait. À l’image de Master of None, de Aziz Ansari, également propulsé par Netflix, Love dépeint avec une pertinence accrue et une sensibilité rare, doublée d’un humour souvent jubilatoire, la vision d’une génération qui parfois, a du mal à trouver sa place.

@ Gilles Rolland

Love-Gillian-Joacobs-Paul-Rust Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 29 février 2016

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