[Critique série] MARSEILLE – Saison 1

SÉRIES | 7 juin 2016 | 1 commentaire

Rating: ★☆☆☆☆

Origine : France
Créateurs : Dan Franck
Réalisateurs : Florent-Emilio Siri, Thomas Gilou.
Distribution : Gérard Depardieu, Benoît Magimel, Géraldine Pailhas, Stéphane Caillard, Nadia Farès, Hyppolyte Girardot, Éric Savin, Hedi Bouchenafa, Jean-René Privat, Pascal Elso, Lionel Erdogan, Nozha Khouadra, Maruschka Detmers, Gérard Meylan, Nassim Si Ahmed, Antoine Coesens, Carolina Jurczak, Guillaume Arnault…
Genre : Drame/Thriller/Politique
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 8

Le Pitch :
Robert Taro est maire de Marseille depuis 20 ans. Les élections municipales approchent et Taro a choisi son adjoint, le jeune Lucas Barres pour lui succéder à la tête de la cité phocéenne. Au cours d’un vote pour la création d’une marina, Barres se positionne contre le projet de Taro, afin de s’affranchir de son mentor. Privé de son atout majeur et devant cette trahison de Barres, Taro choisit de s’engager contre toute attente dans la bataille des municipales. Entre les deux hommes va s’ensuivre une partie où tous les coups seront permis…

La Critique :
La plate-forme Netflix lance sa première série originale hexagonale. Pour ce faire, elle engage le scénariste Dan Franck et le réalisateur Florent Emilio-Siri (le deuxième a même le statut de showrunner). Devant la caméra, un casting imposant avec en têtes d’affiche Gérard Depardieu et Benoît Magimel. L’objectif est de faire une série politique ambitieuse. Nous partons donc à Marseille, deuxième ville française, métropole stratégique et dont les moindres résultats aux élections locales sont scrutés avec beaucoup d’attention par les médias. Marseille est une ville qui fascine. Son passé tumultueux a forgé sa légende et là comme ailleurs, la vie politique a été émaillée de scandales. Une série sur la politique à Marseille permet de poser certaines problématiques.
Nous avons donc une plate-forme dotée d’un catalogue de séries de très bonne qualité (House of Cards, Orange is the New Black, Daredevil, Narcos…), un réalisateur qui a fait ses preuves dans le drame de guerre (L’Ennemi Intime) et a reçu de bonnes critiques pour son biopic Cloclo, et un scénariste qui a travaillé avec Enki Bilal sur Tykho Moon et avec Olivier Assayas pour la mini-série Carlos. De plus, il y a à l’affiche un monstre sacré du cinéma français (certes, la personne s’est tellement distinguée en se montrant détestable que ses choix de carrière, depuis la fin des années 90, n’ont pas toujours été probants) et un acteur récemment césarisé dans la catégorie second rôle pour La Tête Haute. Et enfin, un sujet intéressant et l’ambition de faire un House of Cards français. Sachant qu’en France, nous avons réalisé des fictions sur la politique ayant reçu de bonnes critiques (le long métrage L’Exercice de l’État ou encore la série Baron Noir), tous les ingrédients étaient réunis pour faire de Marseille une série d’envergure.

Marseille-Depardieu-Magimel
Pourtant, après avoir réussi à venir au bout des huit épisodes, on se retrouve avec les sentiments mélangés de consternation et d’abattement. Tel le personnage principal de The Walking Dead qui se réveille dans un hôpital désert au beau milieu de l’apocalypse, on se retrouve devant ce champ de ruines en se demandant ce qui a bien pu se passer. Sur le papier, on a tout d’une série ambitieuse et on se retrouve avec un mix assez foireux entre Plus Belle La Vie sous Tranxène, des soaps comme Les Feux de l’Amour et Sous le Soleil avec un niveau qui est juste au-dessus des telenovelas sud-américaines. Tout commence dès le premier plan, notre Gégé national alias Robert Taro (maire de Marseille, Taro…Marseille… vous l’avez ?) en train de s’envoyer un rail de cocaïne dans les loges du Stade Vélodrome. Et la suite est du même tonneau, on a un chauffeur ancien flic, des twists improbables à la pelle… Rien n’est fait pour qu’il y ait une once de crédibilité. Et c’est dommage car, à côté, il y a des références à des faits existants comme l’affaire Bygmalion, les fausses factures, Taro a de nombreux points communs avec Jean-Claude Gaudin (le maire de Marseille dans la vraie vie, a qui le personnage de Taro emprunte la longévité à la tête de la ville, la gouaille et un gabarit imposant) et le parti politique dominant se nomme UPM (suspense, à quel parti ce nom peut-il faire penser ?).
Les personnages sont à peu près tous des caricatures ambulantes et on remplit même le poncif des séries des années 80/90 qui passaient sur TF1 : le chauffeur de la mairie noir, le maghrébin caïd de banlieue, la femme fragile qui pense tromper son mari, la femme volage et manipulatrice, la fille d’un personnage politique de haut rang qui tombe amoureuse d’un jeune des quartiers, dealer et braqueur au grand cœur, le truand corse à cheveux et costard qui sponsorise le club de foot (à faire dans le cliché, autant y aller à fond), le journaliste incorruptible, l’assistante un peu cruche qui couche avec son boss… D’ailleurs, sur ce dernier point, il y a tout pour faire bondir les féministes. Les scènes de sexe sont toutes gratuites, n’apportent absolument rien à l’intrigue et ne sont même pas crédibles pour deux sous. Le sommet est atteint avec le personnage de Barres, le beau et jeune loup aux dents longues qui couche avec à peu près toutes les femmes avec qui il est en affaire (d’ailleurs, souvent la scène en question est précédée de dialogues improbables) et qui va jusqu’à essayer de se faire passer pour bi pour tenter de corrompre un journaliste qu’il n’arrive pas à acheter.
En parlant de dialogues, c’est probablement le pire point de la série, au point qu’un Tumblr a regroupé les perles de la série. On dépasse là l’entendement, c’est à se demander si celui qui les a pondu a déjà écrit des scénarios. Le niveau des plus gros navets est atteint. En voici pour preuves quelques extraits :
« On le retrouve où là ?
– Sur l’eau
– C’est grand l’eau
– Hmmm »

« J’aime bien quand ta copine baise beaucoup
– Ah bon pourquoi ?
– Parce que plus elle baise, plus tu viens ici. »

Marseille

Je me garderai d’en citer d’autres, qui sont à peu près du même acabit. Le sexe est omniprésent et gratuit aussi dans les dialogues. On doit trouver des centaines d’allusions graveleuses ou de références aux parties génitales, bref c’est vraiment bas de plafond. Et le jeu d’acteur s’en ressent.
Côté acteurs justement, Gérard Depardieu surnage. On peut même dire que quand le navire se crashe contre un récif et coule lamentablement (dès le premier épisode), il est celui qui, faute de pouvoir le remettre à flots, reste courageusement à jouer du violon alors que le reste de l’orchestre s’est noyé. À ses côtés, Stéphane Caillard (qui joue le rôle de sa fille) et Hyppolyte Girardot sont les seuls qui, sans être non plus extraordinaires, s’en sortent quasiment indemnes avec un jeu sobre et propre. Géraldine Pailhas n’est pas à son niveau habituel, Nadia Farès est ridicule, et Maruschka Detmers et Nozha Khouadra ont l’air de se faire chier. Parmi les révélations de la série, la plus mauvaise est Carolina Jurczak (l’assistante de Barres) qui est complètement à côté de la plaque. Mais le pire du pire, c’est Benoît Magimel, assez symptomatique de la qualité de la série. Certes, il n’est pas aidé par les dialogues mais ses récompenses (Les Voleurs, La Pianiste, La Tête Haute) sont l’arbre qui cache la forêt et son non-talent éclate au grand jour. Un type capable de faire toute une série avec seulement deux ou trois expressions dont une magnifique avec les yeux plissés et la bouche en duck face, comme s’il s’était shooté au Botox. Cerise sur le gâteau, il nous offre un accent marseillais aléatoire (très drôle d’ailleurs) et par moments aussi forcé qu’une mauvaise imitation de Fernandel. À lui tout seul, il illustre le non-jeu à la Plus Belle La Vie exercé par une partie des acteurs de la série. J’arrête-là d’égrainer les nombreux défauts pour éviter de tirer sur l’ambulance, même si là, l’ambulance a trois roues, est tractée par un vieil âne atteint d’arthrose aux pattes et se tire sur elle-même.
D’un ridicule achevé, coupée entre chaque séquence par des plans inutiles des monuments-clichés de la ville, montée à la hache, filmée à la truelle, dotée des pires dialogues qu’on ait vu depuis longtemps, Marseille n’est pas la catastrophe industrielle décrite par la critique, c’est le Tchernobyl du petit écran. Ce qui devait être un House of Cards français ressemble plus à une version longue d’un soap français très connu adapté pour la télévision moldave.

@ Nicolas Cambon

Marseille-Depardieu-Benoit-Magimel  Crédits photos : Netflix

Par Nicolas Cambon le 7 juin 2016

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