[Critique série] MIKE JUDGE PRESENTS : TALES FROM THE TOUR BUS – Saison 1

SÉRIES | 11 mai 2018 | Aucun commentaire
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Titre original : Mike Judge Presents : Tales From The Tour Bus

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Créateurs : Mike Judge, Richard Mullins, Dub Cornett
Réalisateur : Mike Judge
Distribution : Mike Judge, Johnny Paycheck, Jerry Lee Lewis, George Jones, Tammy Wynette, Billy Joe Shaver, Waylon Jennings, Blaze Foley…
Genre : Documentaire/Animation
Nombre d’épisodes : 8
Diffusion en France : OCS

Le Pitch :
Mike Judge raconte l’histoire de quelques fameux hors-la-loi de la country music américaine, à travers d’anecdotes et à grand renfort d’images d’archive…

La Critique de Mike Judge Presents : Tales From The Tour Bus – Saison 1 :

Le concept de Tales From The Tour Bus, l’une des dernières séries portées par Mike Judge (on lui doit Beavis and Butt-Head, Silicon Valley et le film Idiocracy) est redoutable : raconter l’histoire de 7 légendes de la country music à travers des épisodes mêlant images d’archive et passages animés. On retrouve ainsi Judge lui-même, un peu dessiné sur le même mode que King Of The Hill, une autre de ses séries à succès. Assis dans un tour bus, un vinyle à la main, il évoque la vie et l’œuvre d’un chanteur country. Tous les intervenants apparaissant à l’écran de la même façon, dessinés de manière très réaliste, avec juste ce qu’il faut de fantaisie. Leurs interventions étant mêlées à des séquences lives ou des interviews des artistes dont il est question. Plus qu’un simple documentaire musical, Tales From The Tour Bus est donc carrément une œuvre d’art marquée par une audace certaine ainsi qu’un désir de casser certains des codes les plus fréquents de l’exercice pour au final rendre hommage à des personnages appréciés pour leur musique, mais aussi connus pour avoir mené une existence totalement incroyable, faite de scandales, de coups d’éclats et d’outrances diverses et variées.
On peut ainsi écouter et voir des proches de Jerry Lee Lewis ou George Jones prendre la parole, face caméra, sous leur forme animée, tandis que s’enchaînent les séquences « flash-back », où les héros de la country sont directement mis en scène. Tout est vrai ! C’est important de le souligner. Les plus incroyables faits relatés sont vrais ! Pas d’invention ici ou d’extrapolation. Animé d’une passion et d’un attachement indéniables pour ces artistes cabossés, dont les œuvres ont défini le cadre d’un genre malheureusement trop souvent sujet aux clichés (la country donc), Mike Judge a aussi su faire preuve d’un soucis du détail flagrant, s’attachant à rendre justice au jusqu’au-boutisme et la ferveur de ces hommes et de ces femmes dont les récits dépassent pourtant parfois l’entendement.

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Country Outlaws !

Le casting de Tales From The Tour Bus est hallucinant. On ne tarde pas à s’en rendre compte même si pour nous Français, finalement, seuls Jerry Lee Lewis et Waylon Jennigs font office de véritables stars parmi les 7 musiciens choisis par Mike Judge pour figurer dans cette première saison. Mais le premier épisode donne le ton en se focalisant sur le stupéfiant Johnny Paycheck. Là est l’un des nombreux coups de génie de la série : parvenir à passionner, immédiatement, en parlant de gens qu’il n’est pas nécessaire de connaître au préalable. Paycheck donc, que le show se charge d’introduire en faisant honneur à sa faculté à l’excès, en soulignant tout autant son talent de musicien, mais aussi sa tendance à se mettre dans des situations pas possibles. Très avisé d’avoir débuté par un personnage aussi iconoclaste que lui, Mike Judge le précise d’ailleurs : des mecs comme Johnny Paycheck, soit d’authentiques hors-la-loi, n’auraient pas dépareillé dans des gangs. Et d’ailleurs, il est question des Hells Angels, c’est dire…

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Voyage au cœur de la country

En fait, Tales From The Tour Bus réhabilite la dangerosité et la rugosité sans concession d’un style musical que certains ont policé à coups de ritournelles assorties de leçons de morale au service d’un Oncle Sam bien-pensant. Les mecs comme Johnny Paycheck, George Jones, Blaze Foley, Waylon Jennings ou Jerry Lee Lewis n’ont jamais respecté les lois, si ce n’est les leurs. Ils ont tracé leur route, à contre-courant bien souvent, volontairement ou de manière plus inconsciente, composant avec leurs personnalités enclines aux conflits et/ou aux dépendances. Jerry Lee Lewis qui a défoncé le portail de Graceland, George Jones et son pote Donald Duck, Blaze Foley et sa manie de vouloir à tout prix refourguer une guitare qui n’était même pas à lui, le parcours unique de Waylon Jennings… Riche en morceaux de bravoure, cette exceptionnelle série ne s’économise pas et se montre plus qu’à son tour généreuse. Et si certains épisodes s’avèrent en effet meilleurs que d’autres, par le simple fait du personnage en leur centre, la saison dans son intégralité raconte une histoire jamais vraiment racontée de cette manière. Avec ferveur donc, comme souligné plus haut, mais aussi avec originalité et méticulosité. C’est une véritable saga que Mike Judge nous narre, en compagnie des héros d’une scène caractérisée par ses chansons mais aussi par les débordements et le caractère outrancier de ses plus fiers représentants. Une histoire de musique, de drogues et de flingues, sentant bon la poussière accumulée sur les santiags et les chapeaux, baignant dans la sueur, le sang et les larmes.
Formidable série documentaire, unique en son genre, incroyable mine d’anecdotes savoureuses, hilarantes, pathétiques ou simplement stupéfiantes, bijou de mise en scène parvenant à instaurer des ambiances très immersives, Tales From The Tour Bus est véritablement immanquable pour quiconque s’intéresse de près ou de loin à la musique. Parce qu’elle se montre sans cesse parfaitement divertissante, mais aussi car elle rend hommage à celles et ceux qui ont écrit l’histoire en se donnant corps et âmes à leur art, sans prendre en compte la bien-séance et les conventions. Des musiciens, des vrais, mais aussi d’authentiques rebelles, magnifiquement racontés par une somme dingue d’intervenants dont les propos distillent une nostalgie prégnante mais pas seulement. Tour de force !

En Bref…
Tales From The Tour Bus s’impose en seulement 8 épisodes comme l’un des documentaires les plus importants, les plus dingues et les plus passionnants sur les outlaws de la scène country américaine. Le genre de show qu’on regarde à répétition pour en saisir toutes les subtilités. Un bijou.
Espérons que Cinemax ait le bon goût de renouveler la série pour une seconde saison…

@ Gilles Rolland

Tales-from-the-tour-bus-George-Jones   Crédits photos : Cinemax

Par Gilles Rolland le 11 mai 2018

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