[Critique série] OLIVE KITTERIDGE

SÉRIES | 3 octobre 2015 | 1 commentaire
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Titre original : Olive Kitteridge

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Créatrice : Jane Anderson
Réalisatrice : Lisa Cholodenko
Distribution : Frances McDormand, Richard Jenkins, John Gallagher Jr., Bill Murray, Zoe Kazan, Jesse Plemons, Peter Mullan, Rosemarie DeWitt, Ann Dowd, Brady Corbet…
Genre : Drame/Adaptation
Diffusion en France : OCS
Nombre d’épisodes : 4

Le Pitch :
Olive Kitteridge vit dans l’état du Maine, au bord de l’océan, avec son mari, Henry, et Christopher, leur enfant unique. Si Henry est de l’avis de tous un homme remarquable, avenant et toujours prêt à aider son prochain, son épouse passe plutôt comme l’acariâtre du village. Misanthrope, et un peu dépressive, elle dit toujours ce qu’elle pense et se moque bien du qu’en-dira-t-on…

La Critique :
HBO a frappé très fort en commandant la mise en images du roman d’Elizabeth Strout. Livre ambitieux relatant l’existence d’une famille américaine ordinaire (du moins en apparence), à travers les yeux d’une femme au caractère bien trempé, Olive Kitteridge a très justement reçu le prestigieux prix Pulitzer et s’impose comme la chronique de l’Amérique des oubliés. De ceux qui ne font pas de vagues.
Porté par Jane Anderson, qui en plus de tenir le rôle de showrunner, a écrit et produit la série, le show est, à l’instar de la première saison de True Detective, mis en scène par une seule personne, à savoir Lisa Cholodenko, à laquelle on doit plusieurs épisodes de Six Feet Under ou de The L Word, mais aussi le film The Kids Are All Right. Ainsi, les quatre épisodes de ce que l’on appelle une mini-série, forment un tout cohérent, finalement plus proche d’un long-métrage de cinéma.
Du générique, poétique à souhait, à ses plans magnifiant à la fois les paysages du Maine et les regards de personnages éreintés par la vie, Olive Kitteridge est formellement une merveille. Tout s’imbrique parfaitement. La photographie appuie la pertinence de la réalisation, à la fois contemplative mais néanmoins toujours dynamique, tandis que la bande-originale souligne avec une délicatesse infinie les élans mélancoliques du scénario.
Et le script, justement, parlons-en… Il n’était à priori pas évident de savoir comment adapter un livre comme celui d’Elizabeth Strout. Sans parler de la pression des fans, il fallait résumer intelligemment l’intrigue, faire les bonnes coupes sans rien sacrifier de la force évocatrice. Jane Anderson a dans ce sens pleinement atteint son objectif. Scindée en quatre parties, la mini-série s’intéresse à quatre époques. Parfois éloignées dans le temps, parfois attenantes. Parcouru de savantes ellipses, qui sont toutes parfaitement agencées, et de flash-backs remarquablement placés, le récit s’avère des plus fluides. Loin d’être linéaire, la série fait preuve de l’audace de son auteur, en phase totale avec l’histoire de cette femme pas comme les autres, et pourtant à première vue tragiquement ordinaire.

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Nous pourrions rapprocher Olive Kitteridge de ces shows prenant pied dans de petites communautés. Parler de cette radiographie de l’Amérique ordinaire. Du monde rural. De cette peinture « classique » d’une famille à priori normale. Olive Kitteridge, c’est tout ça à la fois, mais aussi beaucoup plus. Dès les premières images, l’univers de cette mère de famille prend aux tripes et peu à peu, tandis que les années font leur œuvre sur l’existence de ces âmes troubles, l’addiction et l’empathie s’installent. On ne pense pas vraiment pouvoir s’attacher à Olive, vu le caractère de cette dernière, mais c’est pourtant bel et bien ce qui se passe. Si le mérite en revient au scénario et à la réalisation, il n’est pas concevable de ne pas rendre « responsable » l’excellente Frances McDormand, qui, en première ligne, compose un personnage ambigu et complexe. Le genre qu’il serait tentant de rapprocher d’une Tatie Danielle, mais qui, en réalité, en est très loin. Les piques, remarques et autres observations cinglantes d’Olive n’ont pas vocation à être drôles. Elles traduisent juste les peurs, les tourments et les interrogations d’une femme qui ne réagit par comme les autres devant l’adversité et les bâtons que le destin lui met dans les roues. Au début bien sûr, il est simple de s’attacher en premier lieu à Henry, son mari, incarné par le fabuleux Richard Jenkins. Celui qui est gentil, affable, serviable et avenant. Tout l’inverse de son épouse, qu’il aime pourtant du plus profond de son cœur. C’est alors grâce à lui, quand nous commençons à percevoir Olive à travers ses yeux, et à voir ce qui a pu le retenir auprès d’elle toutes ces années, que le personnage qui donne son nom à la série, peut véritablement occuper le devant de la scène. Remarquablement entourée, elle est bien celle qui veille. Qui donne sans avoir l’air de donner. Qui ne se laisse pas faire mais qui, dans l’intimité de sa maison en bord de mer, avec pour seule compagnie son vieux chien fidèle, nous expose ses fêlures et ses angoisses, jusque là si bien dissimulées.

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Pour autant, Olive Kitteridge n’est pas une œuvre facile. Ce qu’il faut comprendre par là, c’est que cette histoire est souvent douloureuse. Pas plombante car les respirations sont nombreuses, via ces petites piques un peu comiques, mais terriblement émouvante. Étalée sur plusieurs décennies, le récit aborde de multiples thématiques qui nous touchent tous. Il encourage la réflexion et l’introspection et met en valeur des fondamentaux que parfois, nous avons tendance à oublier. Jamais les personnages ne sont de vulgaires caricatures. Tous jouent un rôle majeur dans la construction d’un univers parfaitement agencé, loin des clichés trop souvent mis en avant à la télévision ou au cinéma.
Forcément, Olive Kitteridge est une œuvre habitée par ses comédiens. Frances McDomand et Richard Jenkins donc, mais pas que. Que ce soit la pétillante Zoe Kazan, Rosemarie DeWitt, le transfuge de Breaking Bad qui n’en finit plus de monter, Jesse Plemons, le touchant Peter Mulan, John Gallagher (tout juste libéré de ses obligations inhérentes à The Newsroom), la toujours parfaite Ann Dowd (The Leftovers) et bien entendu le génial Bill Murray, dont le rôle est aussi bref que terriblement émouvant, tous les acteurs naviguent avec un naturel confondant sur une partition aux petits oignons.

À première vue, sur le papier, Olive Kitteridge n’a peut-être pas les atouts pour s’imposer comme une évidence. Elle pourrait même rebuter ceux qui cherchent plus d’action ou de concepts plus puissants (à première vue). Pourtant, elle se place sans problème parmi les plus flamboyantes réussites d’HBO et même, allons-y franchement, de la production télévisuelle américaine. Son triomphe aux Emmy Awards (meilleure actrice, meilleur acteur, meilleure mini-série, meilleur montage, meilleure réalisation, meilleur scénario et meilleur casting) n’a rien d’un hasard. On tient là une œuvre majeure. Un classique instantané. De ceux qui touchent en plein cœur et qui restent longtemps dans les esprits, tout en encourageant de multiples visions. Chef-d’œuvre !

@ Gilles Rolland

OLive-Kitteridge-Frances-McDormand-Richard-JenkinsCrédits photos : HBO/OCS

 

Par Gilles Rolland le 3 octobre 2015

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[…] croisement de celui qu’elle tenait dans Fargo et de celui d’Olive Kitteridge, cette magnifique mini-série HBO où elle campait une mère de famille acariâtre mais attachante sur bien des points. Frances […]