[Critique série] THE LEFTOVERS – Saison 2

SÉRIES | 11 décembre 2015 | 2 commentaires
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Titre original : The Leftovers

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Créateurs : Damon Lindelof, Tom Perrotta
Réalisateurs : Mimi Leder, Carl Franklin, Tom Shankland, Nicolas Kassell, Craig Zobel, Keith Gordon.
Distribution : Justin Theroux, Amy Brenneman, Margaret Qualley, Chris Zylka, Christopher Eccleston, Carrie Coon, Regina King, Kevin Carroll, Jovan Adepo, Darius McCrary, Steven Williams…
Genre : Drame/Fantastique/Adaptation
Diffusion en France : OCS
Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :
C’est un 14 octobre que 2% des être humains ont subitement disparu dans une sorte de ravissement. La ville de Jarden au Texas a cependant mystérieusement été épargnée, devenant ainsi un lieu de pèlerinage pour des milliers de visiteurs. C’est au cœur de cet oasis que Kevin Garvey et sa fille, accompagnés de Nora Durst, décident de s’installer pour tenter de reprendre une existence normale, retrouvant ainsi Matt Jamison et sa femme Mary. Cependant, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévu. Kevin par exemple, souffre de violentes crises de somnambulisme, qui remettent en cause l’intégrité de sa santé mentale…

La Critique :
La première saison du show adapté du roman Les Disparus de Mapleton, de Tom Perrotta, a semé le trouble. Il est certain qu’une série comme The Leftovers ne s’adresse pas à tout le monde. Avec son pitch aussi incroyablement accrocheur que mystérieux, elle ne pouvait pas, si elle voulait rester intègre, ne pas se dérouler suivant un schéma complexe, riche en interrogations diverses et variées, dont certaines étaient forcément amenées à rester en suspend. Suivant à peu près fidèlement l’intrigue du bouquin, la première saison a ainsi posé le décors. On y découvrait une humanité paumée, à l’image de la population de la ville de Mapleton, trois ans après le grand ravissement, qui provoqua la disparition soudaine de 2% des êtres humains. On suivait la vie devenue chaotique d’un shérif et de sa famille, d’un pasteur, ou encore des membres vêtus de banc de cette étrange secte œuvrant pour que personne n’oublie ce qu’il s’était passé ce 14 octobre où tout changea pour le pire.
À l’occasion du deuxième acte, Tom Perrotta, l’auteur du livre et Damon Lindelof, scénariste bien connu pour son boulot sur Lost (entre autres choses), ont coupé les ponts avec l’œuvre matricielle et ont pris la tangente à la recherche d’une liberté totale. Le nouveau générique semble d’ailleurs annoncer la couleur dès le début, tant il se détache de la tonalité grave du premier. Désormais, c’est au son du magnifique Let The Mystery Be, de Iris DeMent, que commence chaque épisode, sur des images lumineuses empreintes de cette même mélancolie affirmée, vectrice d’une tristesse prégnante. N’ayant jamais peur de paumer ses spectateurs, la série parie sur leur intelligence et leur propension à se laisser happer par une histoire certes compliquée, qui appelle le lâcher-prise total.

The-Leftovers-saison2-Liv-Tyler

Nouveau générique donc, mais aussi nouveau lieu. Fini Mapleton, et bienvenu à Jarden, la ville où personne n’a disparu. Resserrant sa dynamique autour d’une poignée de personnages, principalement rattachés à Justin Theroux, alias Kevin Garvey, l’histoire s’appuie sur la volonté de ses protagonistes de faire fi du passé et de regarder vers l’avenir. Une décision nourrie par l’amour et par la volonté d’aller de l’avant, quand bien même le monde souffre de sérieux ratés, quasiment 4 ans après le grand ravissement. Nora, le personnage interprété par Carrie Coon, en particulier, qui a perdu toute sa famille dans le drame, veut croire de toutes ses forces en la possibilité de repartir de zéro.
C’est ainsi qu’un souffle d’espoir caractérise le premier épisode de cette saison 2. Encore marqués par l’incroyable conclusion de la précédente, nous pénétrons dans cet endroit miraculeux en compagnie des personnages que nous avons appris à connaître. Néanmoins, il ne fait aucun doute que l’accalmie sera de courte durée.
Si il était légitime de mettre un peu de temps à accrocher à la saison 1, passé la curiosité encouragée par l’idée à la base du postulat, la saison 2 sait prend à la gorge dès les premières minutes. Que l’on découvre les épisodes très rapidement ou en direct, en devant attendre une semaine avant de voir la suite, The Leftovers se caractérise maintenant plus que jamais par sa capacité à immerger le spectateur dans son univers si fascinant. L’audace dont fait preuve Damon Lindelof est complètement dingue. Il malmène ses personnages sans forcer le trait et les emporte dans un tourbillon d’émotions déclenchées par des événements qui, mis bout à bout, constituent une intrigue incroyablement dense. Donnant l’impression de pouvoir tout se permettre, il prend le temps de ne s’intéresser qu’à un seul d’entre eux, allant jusqu’à consacrer un seul épisode à un seul personnage, pour au final mettre en lumière les liens qui les unissent et ainsi conférer à son scénario une cohérence totale. Il y a aussi cette capacité extraordinaire d’aller dans des directions complètement inattendues. De provoquer des chocs par le biais de choses surréalistes, tout en donnant l’impression qu’elles ont tout à fait leur place dans la dynamique de la série. On se rend alors compte que tout ce que la première saison présentait avait non seulement une raison propre, mais posait également les bases d’une logique parfaitement pensée, intelligente et redoutable d’efficacité.
Il faut par exemple voir le huitième épisode, réalisé par Craig Zobel (Compliance) pour piger à quel point The Leftovers n’a aucune limite. Un tournant dans la série, qui dévoile beaucoup et pose de nouvelles questions, parfait sur le fond et sur la forme, et intégré à la perfection, à plus forte raison au regard de toutes les possibilités qu’il ouvre pour l’avenir du show.

À l’instar de Lost, l’autre grande série métaphysique de Lindelof, The Leftovers fait partie de ces œuvres au sujet desquelles ont lit des choses comme « j’ai rien compris mais j’ai adoré ». Pourtant, là, il n’est pas impossible de comprendre. Illustration philosophique des mécanismes du deuil, du lâcher-prise,du sentiment d’abandon, de la solitude, de la folie, de l’amour, de l’amitié, de l’accomplissement ou encore de la rédemption, la série donne quelques clés pour comprendre de quoi il retourne. Si elle peut apparaître encore nébuleuse, c’est tout simplement car, fidèle à son identité et à ses références (la bible notamment, mais aussi certains ouvrages fondateurs de la philosophie), elle ne s’apparente pas à ces fictions dont le désir est de perdre les spectateurs pour ensuite les ramener sur le chemin de la compréhension au terme d’une série de rebondissements abracadabrants. La force du parti-pris est justement d’appréhender des idées et des concepts insaisissables et d’en proposer une illustration, via la vie de personnages auxquels il est simple d’accorder du crédit et ainsi de s’identifier. Alors non, il n’est pas nécessaire de tout comprendre. Comme il n’est pas nécessaire de connaître l’histoire de l’art ou les motivations d’un artiste pour apprécier une peinture. Là est la dimension grandiose de The Leftovers : amener l’Art à la télévision, via une fiction exigeante.
Un aspect renforcé par la beauté des images et la pertinence de la musique. Au sujet de cette dernière justement, on peut carrément affirmer qu’elle constitue en soi un personnage à part entière. Le travail accompli par Max Richter est remarquable. Capable à lui seul de déclencher un torrent de larmes. Le thème récurent de la série est d’ailleurs l’un des plus beaux jamais composés pour une série. Sans oublier la reprise du Where Is My Mind ? des Pixies, qui s’impose dans ce deuxième acte comme une sorte de mantra musical, dont la beauté renvoie directement aux sentiments partagés, bien que parfois antinomiques, par les personnages.

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Renvoyant directement, comme Lost en son temps, aux cadors de l’anticipation télévisuelle (Le Prisonnier notamment), The Leftovers passe à la vitesse supérieure. Il est toujours incroyable de constater, alors que tant d’autres séries s’effondrent ou se contentent simplement de faire du sur-place , que d’autres redoublent de trouvailles et de courage pour progresser. La saison 2 de The Leftovers en est l’exemple parfait (il y a aussi Fargo, mais c’est une autre histoire), à plus forte raison si on considère le caractère casse-gueule de son intrigue. Sans crier gare, et même, sans avoir l’air de le chercher vraiment, au détour d’une scène, d’une note, d’un regard, elle prend à la gorge. Les comédiens sont tous parfaits, dont l’étonnant Justin Théroux, écorché vif, Carrie Coon, incroyablement touchante, la fragile Margaret Qualley, la troublante Amy Brenneman, Liv Tyler, devenue terrifiante, ou encore le génial Christopher Eccleston, dont le personnage progresse de manière considérable. Sans oublier les nouveaux et excellents Kevin Carroll et Regina King. Éléments indispensables à la construction de cette série à la force sans précédent, ils communiquent des sentiments complexes de la plus simple des façons, ne cédant jamais à la facilité. Du premier rôle, au personnage que l’on ne croise qu’une fois ou deux, tous bénéficient d’une écriture aiguisée, empreinte de cette même poésie qui confère au rendu global son époustouflante puissance.

De l’aveu même de Damon Lindelof, The Leftovers n’est pas une série facile. Elle s’appuie sur des sentiments pas toujours très gais, auxquels il est tentant de tourner le dos. S’immerger dans l’histoire de ces laissés pour compte implique de faire face à quelque chose de viscéral et de profondément ancré en chacun de nous. Jamais spectaculaire pour être spectaculaire, parfaitement imprévisible, cette deuxième saison sait ménager ses effets pour à l’arrivée, livrer une fresque à la beauté pénétrante. La conclusion, à nouveau, met au tapis. Impossible de rester insensible devant une telle éloquence. Devant une telle compréhension de l’âme humaine et de ses contradictions. Ainsi, il n’est pas exagéré d’affirmer haut et fort que The Leftovers est l’une des meilleures séries jamais produites. Elle mélange les genres avec du goût et de l’audace, entre drame pur, épouvante (sur bien des aspects, la série fait davantage flipper que toutes les séries actuelles du genre), anticipation, fantastique et thriller. En 2015, cinéma et télévision confondus, dans le genre, vous ne verrez pas mieux. Et c’est la larme à l’œil et avec la chair de poule que les images de ce nouvel acte résonneront encore longtemps après le générique de fin de ce qui s’impose comme un chef-d’œuvre total et définitif.

@ Gilles Rolland

The-Leftovers-saison2-Justin-Theroux-Carrie-Coon Crédits photos : HBO/OCS

Par Gilles Rolland le 11 décembre 2015

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Regis
Regis
5 années il y a

Bonsoir.

Il est 22h41, et le générique du dernier épisode de la saison 2 de cette série defile encore sur mon écran de télévision.

Je n’ai pas pu résister à l’idée de taper sur la barre de recherche de mon navigateur : “critiques the lefovers, saison 2″. Un peu comme pour chercher mon chemin sur mappy tantôt cette serie deroute, ou de vérifier les réponses se trouvant à la fin de tout bon magazine de mots fléchés, tantôt on est livré à sa propre réflexion et à sa propre compréhension de l’histoire.

Cette série m’a fait étonnement penser à the wire, ou treme, qui, si ma mémoire ne me joue des tours, sont des pépites d’HBO. Celle-ci ne déroge pas à la règle, le réalisateur, bien que différent, utilise la même philosophie : il nous montre des faits, sans les juger, sans parti pris, juste une histoire, à nous de nous faire notre propre idée, notre propre opinion. Le rythme se veut lent, même s’il s’accélère par moment, il n’en reste pas moins peu soutenu, mais jamais, au grand jamais ennuyeux.

Je ne connaissais rien de cette série, et passé les premiers épisodes de la saison 1, j’ai compris que le côté science fiction des soudaines disparitions s’arrêteraient là.

Le but du réalisateur était tout autre : nous montrer, par le biais des personnages de la série, tous autant fabuleux les uns que les autres, comment ils, ou nous même (en nous projetant dans un ou plusieurs protagonistes de la série) comment nous reagirions si nous devions faire face à une tragedie de ce genre. Le côté psychologique prends alors le pas sur la fiction, sans jamais le lâcher, pour notre plus grand bonheur.

Il aurait était terriblement décevant que cette fresque, cette oeuvre d’art télévisuelle tombe dans la facilité scénaristique de l’énigme se résolvant à la fin, sous forme d’explication mystique, extra-terrestre, de conspiration terroriste ou d’un truc du genre.

Il n’en est rien, et heureusement.

Les performances d’acteurs, sont à la hauteur du talent du réalisateur, qui tel un artiste peiniant sa toile, nous tiennent en haleine à chaque épisode. Pour comprendre ce qui s’est réellement passé, certains y voient, exactement comme nous le ferions dans la vraie vie, une explication religieuse, scientifique, ou tout simplement surnaturelle.

Chacun affronte à sa façon l’après tragédie, et j’ai tout particulièrement apprécié le rôle de Justin Theroux et de son père, nous emmenant dans une explication à la fois surnaturelle mais aussi psychotique ou à la limite de la folie, sans jamais prendre parti pour l’un ou pour l’autre, nous laissant choisir quel chemin nous prefererioins prendre.

La série fleurte avec brio, elégance et intelligence entre science fiction cachée et psychologie. Déroutant mais ennivrant.

On ne peut aussi décemment pas rester indifférent à la musique, omniprésente dans chaque épisode, et choisit de main de maître. D’une précision chirurgicale, elle fait mouche presque à chaque fois, nous emmenant au coeur de l’événement de l’histoire, nous touchant presque à chaque coup. Quel talent.

Rajouté à cela une photographie léchée, une réalisation extraordinaire, on obtient un pur bijou, parfait de bout en bout.

C”est une serie multifacette, à la fois série fleuve, dramatique parfois tragique même, et énigmatique.

Ce qui est sur, c’est qu’elle ne laissera pas indifférente. Les téléspectateurs détesteront ou adorereront, comme tout oeuvre d’art un tant soit peu originale.

Je fais sans contexte parti de la deuxième catégorie.

Régis.

PS : j’ai adoré votre critique me Rolland.