[Critique] BATMAN BEGINS

STARVIDEOCLUB | 16 juillet 2012 | 2 commentaires

Titre original : Batman Begins

Rating: ★★★★½ (moyenne)
Origine : États-Unis
Réalisateur : Christopher Nolan
Distribution : Christian Bale, Michael Caine, Katie Holmes, Gary Oldman, Cillian Murphy, Liam Neeson, Morgan Freeman, Ken Watanabe, Rutger Hauer, Tom Wilkinson, Larry Holden, Gerad Murphy, Colin McFarlane, Sara Stewart…
Genre : Action/Thriller/Adaptation/Saga
Date de sortie : 15 juin 2005

Le Pitch :
Bruce Wayne, jeune héritier fortuné, parcours le monde à la recherche de lui-même. Rongé par la colère, la peur et la culpabilité suite au meurtre de ses parents alors qu’il était enfant, Wayne voyage discrètement, tandis que Gotham City, sa ville natale, est peu à peu dévorée par la criminalité et la corruption. Au fil de ses pérégrinations, il tombe sur Ra’s Al Ghul, un homme mystérieux, qui lui propose de l’entrainer en vue de rejoindre un obscur groupe de justiciers. Bruce Wayne devra affronter ses propres démons avant d’envisager de combattre ceux qui grouillent dans les basfonds d’une société en perdition. Un cheminement intérieur difficile commence pour Wayne qui, en plus d’acquérir de nouvelles facultés, va peu à peu échafauder un plan pour combattre le crime…

La Critique (Gilles) Rating: ★★★★½ :
Lorsque les chemins de Batman et de Christopher Nolan se croisent, le premier n’est plus qu’un pantin disco éreinté par un Joel Schumacher en roue libre et le second un cinéaste qui monte et qui s’attaque à son premier blockbuster. Tout deux vont beaucoup gagner dans cette union qui, avec le recul, paraît évidente. Il y a des choses comme ça qui semblent destinées à se rencontrer. La mayonnaise et les frites, la vodka et le jus d’orange, Johnny Cash et Rick Rubin et donc Christopher Nolan et Batman.
Joel Schumacher n’a pas été tendre avec Batman. Relativement chien fou mais s’auto-censurant encore un tout petit peu, il livre avec Batman Forever une relecture décomplexée et fluo, qui jure grandement avec la vision gothique de Tim Burton. Du coup, la différence entre Batman Returns et Batman Forever est à peu près la même que celle qui sépare Abba, d’Alice Cooper. Avec Batman & Robin, Schumacher met plein gaz sur discoland, sort la boule à facette, fait de Batman une espèce de gros blaireau à la ramasse et de Gotham City, une boite de nuit à ciel ouvert. Rien ne semble plus pouvoir sauver l’homme chauve-souris du naufrage. La mise à mort du mythe crée par Bob Kane et Bill Finger pique les yeux et serre le palpitant. Tout est fait pour discréditer le héros de Gotham et tous ceux qui l’entourent. Batman n’est plus menaçant. Il est juste comique… Malgré lui.
Et pourtant ! Alors que tout semblait indiquer que ceux qui avaient eu le tort le parapher les pages du contrat qui les reliait à cette purge, n’allaient jamais se relever, il n’en est rien (du moins pas pour tout le monde). George Clooney, qui de son propre aveux, se pense perdu à jamais quand il découvre le produit fini, poursuit une brillante carrière. Batman quant à lui, trouve Christopher Nolan, qui a sa petite idée pour orchestrer le retour fracassant aux affaires du plus crépusculaire des super-héros DC Comics.

Batman Begins fait table rase du passé, pour la bonne cause. Nolan sait très bien que la réussite de son entreprise passera forcement par une reformulation en règle des origines du héros masqué. Son Batman s’inspire donc de trois comics clés : Batman : The Man Who Falls, de Dennis O’Neil et Dick Giordano, qui revient sur la genèse du personnage, avec notamment le meurtre de ses parents, ses voyages et son entrainement avant son retour à Gotham City ; Batman : Année 1, de Frank Miller et David Mazzucchelli, qui s’attarde sur la création par Bruce Wayne de Batman ; et Batman : Un Long Halloween, auquel le film emprunte principalement le personnage de l’Épouvantail, interprété dans le long-métrage par Cillian Murphy.
Batman Begins prend ainsi son temps pour installer un climat. Batman n’apparait pas tout de suite. On assiste dans un premier temps au cheminement de Bruce Wayne, à son entrainement et à sa rencontre avec Ra’s Al Ghul. Le choix même de ce méchant et non du Joker, qui n’interviendra que dans The Dark Knight, dénote d’un refus de facilité de la part de Nolan. Ra’s Al Ghul est certes un grand badguy, mais, tout comme l’Épouvantail, c’est loin d’être le plus connu du grand public. Le désir du réalisateur de ne pas vouloir mettre la charrue avant les bœufs est lisible dans ce choix pour le moins courageux. Nolan assume la direction qu’il souhaite donner à son film. De plus, Ra’s Al Ghul n’est pas un méchant fantasque, mais très sombre. De quoi éloigner un peu plus le justicier de Gotham des dancefloor de Schumacher.

Batman Begins évolue -et ce de manière radicale- en marge des trajectoires habituellement empruntées par les super-héros. À la base, Batman n’est pas un super-héros ordinaire. Le fait même qu’il ne possède pas de super-pouvoir le situe d’emblée dans un univers propre. Plus réaliste et humain. Batman Begins exploite ce côté. Bien que Bruce Wayne soit, via son statut social privilégié, un personnage auquel il est difficile de s’identifier, la condition mortelle de son alter-égo masqué encourage cette identification. Batman est le plus humain des super-héros. Chez Nolan plus que dans tout autre film inspiré du comic.
Il y a fort à parier que le fait ne pas voir Batman dans sa forme définitive ait à l’époque décontenancé les fans. Tim Burton ne s’était pas attardé bien longtemps sur la naissance de Batman. Nolan lui, accorde autant d’importance à Bruce Wayne. Son long-métrage est un conte initiatique sur la peur et son influence sur nos actes. Chez certains, elle débouche sur de mauvaises actions et chez d’autres, sur de bonnes. Chez Nolan, les héros ne sont pas si différents des criminels qu’ils pourchassent. La frontière est mince et son Batman reflète cette vision anti-manichéennes, même si la chauve-souris incarne finalement une forme assez pure de dévotion envers la cause du bien et de la justice. C’est ici qu’on décèle la brillance du scénario de David S. Goyer et de Nolan. Sans apparaître comme un chevalier immaculé, leur Batman accumule les failles, mais ne cède jamais au côté obscur. Néanmoins, il prend conscience de la difficulté de rester lui-même -c’est à dire incorruptible et intègre- dans un monde où la norme encourage le contraire.
Quand il confie le rôle principal à Christian Bale, Nolan fait écho à la personnalité cabossée de Bruce Wayne. Le comédien, connu pour sa grande sensibilité et pour son caractère soupe-au-lait, ne se contente pas d’incarner le milliardaire héroïque, il est Bruce Wayne/Batman. Habité par la psyché de son rôle, Bale s’impose comme une évidence. Physiquement, il encaisse et personnifie avec charisme et puissance le héros et psychologiquement, il se fait le miroir des émotions blessées de Bruce Wayne. Aussi crédible dans la peau d’un playboy fortuné, amateur de femmes et de beuveries, que dans celle d’un protecteur de l’ombre craint de tous, l’acteur est parfait.
Le casting est lui aussi aux petits oignons. Composée d’une galerie impressionnante de gueules, la distribution de ce premier volet fait preuve d’une cohérence admirable. Michael Caine campe avec toute la classe britannique qu’on lui connait un Alfred, à la fois dévoué, imposant et touchant, Gary Oldman, fait des merveilles dans la peau de l’inspecteur Gordon, Liam Neeson est comme souvent impeccable en figure paternelle mystérieuse et autoritaire, Katie Holmes est tout à fait à son aise au milieu de ces figures imposantes, Morgan Freeman, avec toute la malice qui le caractérise, se glisse avec subtilité dans le costard de Lucius Fox, tandis que Cillian Murphy -qui avait au départ auditionné pour le rôle titre- fait un méchant des plus originaux, sous le masque de jute de l’Épouvantail.

Pour ce qui est de la mise en scène et de tous les aspects purement techniques ou cinématographiques, Batman Begins est -sans surprise- un vrai tableau de maitre. Illustré par une photographie léchée et crépusculaire, le film apparait à la fois comme un grand tour de force technique, multipliant les plans mémorables et les images destinées à rester, mais aussi comme une introspection intimiste de la psyché de ses protagonistes. Christopher Nolan était bel et bien l’homme de la situation. Son style se marie à merveille avec les thématiques inhérentes à Batman. Obligatoirement comparé à l’autre réalisateur qui avait su exploiter au mieux l’univers de Kane et Finger, à savoir Tim Burton, Nolan fait le choix de s’éloigner le plus possible des figures imposées. Miraculeusement libre de ses mouvements, le cinéaste peut tranquillement tisser son univers propre et proposer sa version des choses. Sérieux, mais néanmoins traversé ici ou là de quelques vannes bien senties, Batman Begins n’est jamais plombant et toujours passionnant. Bien plus qu’un simple divertissement de masse, Batman Begins est un authentique tour de force. L’une des meilleurs adaptations de comics de l’histoire du septième-art, qui laisse augurer le meilleur pour la suite. The Dark Knight confirmera tout le bien qu’il faut penser de la succession de choix qu’a fait Nolan.
Celui qui replaça Batman dans une réalité sociale difficile, livre non seulement un grand film d’aventure, mais aussi une mise en abîme de la condition humaine en période de crise. Brillant.

@ Gilles Rolland

La Critique (Daniel) Rating: ★★★★½ :
Le consensus général dit que c’est Joel Schumacher qui a tué Batman. Que c’est Batman Forever et sa suite, Batman & Robin, qui ont flingué la saga originale de Warner Bros, avec les décors techno-gays, personnages ultra-kitschs et des séquences archi-débiles salissant l’image jadis parfaite du Chevalier Noir.

Le consensus général a tort.

Quelles que soient les vertus qu’elle possédait, la saga Batman sonnait faux depuis le début, et tous les défauts tant déplorés dans les films de Schumacher (un protagoniste en carton, plus d’attention porté sur le côté esthétique que sur la structure narrative, et des erreurs de casting surmédiatisées en guise de méchants) étaient présents dans les deux premiers volets de Tim Burton. La série alla dans la mauvaise direction à partir du moment où le Batman creux de Michael Keaton enfila son costume en caoutchouc pour la première fois, pour faire face à un Joker qui n’était, en fin de compte, que Jack Nicholson faisant son numéro habituel sous un maquillage de clown.

Batman Begins, cependant, représente le prochain grand pas pour les films de super-héros depuis Spider-Man, un reboot qui a pour but de redessiner les bases de la saga et replacer le Chevalier Noir au sommet du panthéon du cinéma comic-book. Warner Bros a enfin donné les clés du royaume à un cinéaste qui respecte enfin le sujet. En retournant aux racines du mythe, Christopher Nolan évite de faire du neuf avec du vieux et explore minutieusement les profondeurs troublées de la légende de Batman, en ne tenant nullement compte de ce qui fut tourné auparavant.

Alors que les films de super-héros deviennent le standard émergent du cinéma d’action, l’œuvre de Nolan est plutôt un film d’art et d’essai qui se donne des airs de blockbuster. Begins est avant tout un long-métrage initiatique, loin du carton-pâte de Tim Burton ou du Gotham bling-bling de Joel Schumacher, qui évite de servir les origines de Batman dans la tradition habituelle de ses semblables. À la place, il préfère explorer le chemin tourmenté qu’à suivi Bruce Wayne, et faire une réflexion sur les traumatismes de l’enfance et leurs conséquences sur la vie adulte. Nolan crée un super-héros qui, s’il n’est pas plausible, est au moins convaincant en tant qu’homme qui se déguise en chauve-souris.

Batman lui-même n’apparaît pas avant une bonne heure. Le film passe cette heure à construire un monde vivant et à le peupler de personnages et des relations qui le font respirer, ponctuant le tout par des flashbacks. Alors que les péripéties familières des origines de Batman sont tracées (Bruce Wayne voit ses parents riches se faire assassiner par un agresseur quelconque et devient un justicier mélancolique en quête de vengeance sur le monde du crime), l’intrigue est magistralement incorporée autour d’une demi-douzaine de fils narratifs différents pour donner au spectateur une image claire du fonctionnement de ce nouvel univers. La ville de Gotham et son empire de la pègre, ses titans d’entreprise, sa police corrompue et sa distinction internationale comme symbole d’idéaux métropolitains révolus, sont tous étoffés et approfondis au détail près. Au moment où un Bruce Wayne adulte (Christian Bale) est en train de perfectionner ses talents d’arts-martiaux avec un culte moraliste de ninjas tibétains appelé la Ligue des Ombres, le spectateur a déjà une bonne idée de ce que Batman doit faire et pourquoi lorsqu’il « commence » dans le deuxième acte. Ainsi, lorsque Bruce refait surface à Gotham, il pose les pieds dans des mondes les plus étonnants et complexes jamais réalisés pour une franchise de super-héros sur son voyage inaugural.

Le scénario, les enjeux, les préparations et les détails posés par Nolan en font une situation qui a besoin d’un super-héros. À la place, c’est plutôt une créature qui répond à l’appel. Pour la première fois, un film Batman a enfin compris que la compétence primordiale de l’homme chauve-souris, c’est d’être effrayant, de faire peur. Le Batman de Bale est, encore une fois, costumé dans une armure en caoutchouc, mais ses mouvements et ses capacités de combat ressemblent plus aux monstres titulaires de la saga Alien qu’à ceux d’un justicier masqué. Batman entraîne les bad guys dans l’obscurité, les chope à travers le plancher, ou fait des attaques aériennes depuis le plafond, et même si on veut qu’il gagne, il inspire également la crainte.

Christian Bale, décidément plus musclé après son apparence squelettique dans The Machinist, est le Batman parfait. C’est le premier acteur a bien trouver l’équilibre plausible entre le playboy millionnaire et le Chevalier Noir. Le film travaille efficacement l’angle souvent survolé de Wayne, utilisant son comportement irresponsable en public pour détourner l’attention de son vrai business. Mais même sans ses prétextes, Wayne est quelqu’un qui apprend lentement, parfois maladroit, prenant des risques insensés, et inventant le personnage de Batman tout au long de l’histoire.

Gary Oldman est incroyablement puissant dans le rôle du futur commissaire Jim Gordon, un personnage immédiatement attachant, qui voit le monde de Batman à travers les yeux du spectateur et qui pour une fois, ne devient pas lassant comme les archétypes qui le précèdent. Michael Caine est également louable, apportant sa propre version du sage majordome Alfred, ici conçu comme l’homme qui enseigne à Batman comment être Bruce Wayne.

Contrairement aux films du passé, Batman Begins mise beaucoup sur les origines du personnage principal, et donc les méchants sont nécessairement secondaires. Après une brève apparition de Ken Watanabe, la place est largement laissée à Liam Neeson, qui se jette avec brio dans le rôle de « Qui Gon Jinn s’il était passé du côté obscur » et Cillian Murphy, dont le personnage de l’Épouvantail semble être plus un hobby malsain qu’un véritable choix d’identité.

Si Batman Begins est à la fois une dramaturgie riche en personnages et un thriller policier complexe, qui dit blockbuster dit forcément scènes d’action, et Nolan les a quasiment toutes gardées pour l’acte final chaotique : déploiements massifs de la police anti-émeute, poursuites en voitures dominées par le tank blindé qui sert de Batmobile, guerre à la ninja, évasions de prisons, hystérie-psychédélique collective, bagarres et bastons, etc.… On dirait presque que ce domaine n’intéresse pas le cinéaste, qui empile les séquences spectaculaires dans la dernière demi-heure avec une maîtrise exceptionnelle, comme pour faire seulement plaisir aux bandes annonces, qui elles, misent uniquement sur ce côté-là.

Seul point faible ? Katie Holmes. Tout simplement parce qu’elle ne semble pas être à la hauteur de la complexité du long-métrage. Son personnage est chroniquement hors de propos à travers le film, et le fait qu’elle est entourée par une collection d’acteurs qui ont tous déjà bien fait leurs preuves (Bale, Freeman, Neeson, Hauer, Caine, Watanabe, Oldman, Wilkinson, Murphy, et j’en passe…) n’arrange pas les choses. Plus problématique encore, la présence de son personnage, Rachel Dawes, qui semble être uniquement justifiée par le manque de rôles féminins importants dans le long-métrage. C’est assez flagrant. En tant qu’alliée secondaire inutile de Batman (également affiliée à la loi et à l’ordre), elle détourne l’attention portée au développement du personnage de Jim Gordon, et porte également atteinte à celui d’Alfred, en tant qu’adversaire moral de Bruce. On pourrait souhaiter la présence du procureur Harvey Dent à la place, mais avec la sortie du deuxième volet, cet argument est désormais obsolète.

Batman Begins est le film Batman qu’on attendait tous. Ou plutôt, c’est le film Batman qu’on ne savait pas qu’on attendait tous, puisque plus d’importance accordée au scénario et aux personnages et moins à l’action est précisément ce qu’il fallait pour faire renaître la licence. Exit l’infantilisation du spectateur, bonjour à la sobriété du réalisme, la brutalité, et le côté indéniablement sombre et sérieux qui popularisera les reboots du même genre. L’œuvre de Nolan a peut être assez de défauts qui l’empêchent de toucher la perfection, mais Batman Begins est autant une méditation efficace sur la vengeance et la rédemption qu’étaient des films comme Munich ou History of Violence. Le personnage de Batman résonne beaucoup plus profondément que ses autres super-collègues. Même lors de ses débuts, il semble plus sombre et adulte que le gentil Superman. Il a des secrets. Dans une ère où l’élite culturelle est désormais obligée de prendre les sorciers et les hobbits au sérieux, les super-héros ne sont pas loin derrière, et Batman Begins est l’un des premiers.

@ Daniel Rawnsley

Crédits photos : Warner Bros.

Par Gilles Rolland le 16 juillet 2012

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[…] Batman Begins posait les bases. On y voyait naitre le héros. The Dark Knight questionnait cette condition de héros en la mettant à rude épreuve. The Dark Knight Rises poursuit l’analyse et y apporte un point final. Avec souffle et grandiloquence, mais comme pour les deux précédents volets, sans forcer le trait inutilement, ni tomber dans la démonstration de force pleine d’esbroufe. Dans The Dark Knight, le Joker mettait à mal la figure quasi-mythologique qu’était devenu Batman. Il a fragilisé l’homme derrière le masque, pour atteindre directement le héros. Sondé les fondations de la société pour en fracturer scrupuleusement les piliers. Au terme de son combat contre le Joker, qui a perverti Harvey Dent, autre symbole d’une justice incorruptible, Batman est devenu un paria qui n’a plus aucune légitimité aux yeux du peuple. C’est alors que débarque Bane, un terroriste sur-puissant à l’intelligence redoutable. Ce dernier profite de la fragilité d’une ville qui se repose sur une paix précaire. Il s’immisce dans les fissures créées par un système judiciaire trop sûr de lui et pose des charges explosives. Si le Joker reste sans aucun doute un génie du mal machiavélique, adepte de la torture psychologique, Bane, de son côté, incarne plus le mal dans sa forme la plus destructrice. Son ambition voit large et ses moyens sont considérables. En cela, TDKR entretient le suspens. Il repose sur une pression sous-jacente qui exerce son influence de manière exponentielle. Comme dans les précédents films, Nolan prend son temps, pose les jalons de son intrigue et place ses pions sur l’échiquier. Ensuite, la partie commence véritablement, les enjeux se dévoilent et les noirs desseins de Bane de prendre une ampleur insensée. Bane, qui physiquement est largement supérieur à Batman. Bane qui ne connait pas la pitié et qui n’hésite pas à tuer pour arriver à ses fins. Un être cruel, bourrin, mais méthodique, radical et mystérieux. Le méchant suprême, incarné par un Tom Hardy puissant et une nouvelle fois impressionnant. Physiquement, l’acteur fait montre d’une masse musculaire ahurissante. Gardant son masque fiché sur le visage, Hardy arrive néanmoins avec un talent qui force le respect, à insuffler de la nuance à son jeu. Son Bane n’en devient que plus humain et paradoxalement, d’autant plus effrayant. Certains ont fait la comparaison avec Heath Ledger dans The Dark Knight. Qui est le meilleur ? Une question hors-sujet. Ledger a marqué la trilogie de son interprétation subtile, grandiloquente, jubilatoire et incarnée. Bane est plus froid, mais c’est cette froideur qui correspond au personnage. On ne peut pas mettre côte à côte l’un et l’autre, tout simplement car les deux acteurs ont incarné deux méchants très différents. Même chose si on tente de superposer la Catwoman de Nolan et celle de Tim Burton dans Batman Returns. Rien à voir, tant la Catwoman de TDKR (qui n’est jamais nommée en tant que telle) s’inscrit dans la démarche réaliste de la trilogie, tandis que celle de Michelle Pfeiffer se plaçait plus dans la lignée fantasmagorique des comics. Michelle Pfeiffer était sexy à tomber dans Batman Returns et Anne Hathaway surprend en guerrière roublarde dans TDKR. Deux visions pour deux films diamétralement opposés, qui ne partagent finalement que le héros qu’ils mettent en scène. Tom Hardy est donc puissant au possible (sa voix seule glace le sang), Anne Hathaway dévoile une facette insoupçonnée et s’avère elle aussi sensuelle dans la combinaison noire de son personnage et Christian Bale est parfait. Bale qui en prend inexplicablement un peu plein la poire ces derniers temps dans les médias, qui poursuit ici son exploration d’un personnage à deux facettes, avec un aplomb et une fragilité admirables. Le corps de Wayne accuse le coup, son âme semble tout aussi cabossée. Son retour aux affaires, donne tout son sens au « rises » (« s’élever » en français) du titre. Tel un phœnix, Batman remonte à la surface, avec ses failles. Encore et toujours, Nolan remet en question le statut de héros, trop souvent illustré dans les films à grand renfort d’une quasi-invulnérabilité fantastique. Le Batman de TDKR en prend plein la gueule, au propre comme au figuré. Mis à l’épreuve par un bad guy qui lui semble supérieur en tous points, Batman doit aller chercher au plus profond de son enseignement, l’étincelle qui fera peut-être la différence. […]

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