[Critique] JUSQU’AU BOUT DU RÊVE

STARVIDEOCLUB | 24 décembre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Field of Dreams

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Phil Alden Robinson
Distribution : Kevin Costner, Ray Liotta, James Earl Jones, Amy Madigan, Burt Lancaster, Gaby Hoffmann, Frank Whaley, Matt Damon, Ben Affleck…
Genre : Drame/Fantastique
Date de sortie : 13 septembre 1989

Le Pitch :
Ray Kinsella est fermier dans l’Iowa. Sa vie, plutôt paisible, en compagnie de sa femme et de sa petite fille, est bouleversée le jour où une mystérieuse voix lui demande de construire un terrain de base-ball dans son champs de maïs. Sans trop savoir pourquoi, Ray s’exécute et ne tarde pas à voir débarquer un joueur légendaire, Joe Jackson, tombé en disgrâce suite à un scandale dans les années 10. Joe « Schoeless » Jackson qui, et ce détail a son importance, est décédé depuis plusieurs décennies…

La Critique :
Aux États-Unis, Jusqu’au bout du rêve est un film culte, parmi les films cultes. Il suffit de voir le nombre de longs-métrages ou de séries qui font y référence. Parfois par le biais d’une ou deux répliques (dans How I met your mother par exemple) ou plus directement, comme dans Wayne’s World 2, qui calque carrément son intrigue principale sur celle du film de Phil Alden Robinson.
Une aura très particulière entoure ce que de nombreux spectateurs américains considèrent comme un chef-d’œuvre. Plusieurs raisons plus ou moins évidentes expliquent facilement la fascination que suscite Jusqu’au bout du rêve, de l’autre côté de l’Atlantique.

Jusqu’au bout du rêve traite de base-ball. En France, personne ou presque ne joue au base-ball. Personne ne regarde des matchs à la télévision et généralement, les films qui parlent de base-ball se plantent au box-office. Des longs-métrages comme Duo à trois, Une équipe hors du commun, Pour l’amour du jeu, ou plus dernièrement Une nouvelle chance ou l’excellent Le Stratège. Le base-ball intrigue les français mais ses règles, ainsi que le sens profond que les américains lui confère, restent obscurs.
Jusqu’au bout du rêve traite de base-ball et s’appuie sur l’amour des américains pour ce jeu, pour articuler et rythmer toute son intrigue. Forcement, même si ce n’est pas impossible, la chose passe tout de suite avec moins d’évidence pour nous français.

Phil Alden Robinson opère aussi avec son deuxième long-métrage un retour aux valeurs chères aux jeunes américains de la sphère underground-hippie-beatnick-pacifiste des années 60. Ray Kinsella, le personnage interprété par Kevin Costner, est un ancien de Woodstock. Le LSD est posé sur la table un bref instant, mais c’est l’opposition entre la génération de son père, représentée par un homme aux émotions retenues et au caractère taciturne, et celle où il était de bon ton de s’opposer à un establishment politique et social austère, qui est constamment rappelé à l’ordre. Fâché avec son paternel au moment de sa mort, Ray a passé les années qui ont suivi, à ressasser secrètement, notant au passage une filiation qu’il pensait inexistante. L’ex des 60’s est désormais un fermier, père de famille qui, à l’instar de son père, n’a jamais rien fait de vraiment personnel dans la vie. Quand la voix lui dicte de construire un terrain de base-ball, sport préféré de son géniteur, Ray voit là une occasion de renouer avec ses idéaux d’antan et pourquoi pas, même si il ne s’en rend pas compte tout de suite, de renouer itou avec son père.

C’est peut-être pour cela que Ray accepte avec une facilité un peu désarmante de plus ou moins mettre de côté son gagne-pain (à savoir ses terrains de maïs) pour bâtir un terrain de base-ball. Dans Jusqu’au bout du rêve, on ne se pose pas des masses de questions. On obéit à une voix venue de l’au-delà (ou d’ailleurs), les fantômes de joueurs stars apparaissent du jour au lendemain et le périple qui se dessine alors pour le héros de devenir à la fois un cheminement vers un dénouement personnel, mais aussi vers quelque chose de plus grand et universel.
C’est notamment là où entre dans la partie James Earl Jones et son personnage de vieil écrivain contestataire, auteur d’un ouvrage culte de la littérature beatnick (dans le roman qui inspire le film, c’est carrément J.D. Salinger qui tenait se rôle, mais l’auteur de L’Attrape Coeur refusa d’apparaître dans le long-métrage). C’est là aussi qu’intervient un médecin de campagne, joueur de base-ball frustré de ne jamais avoir disputé une partie avec les plus grands, joué avec une sobriété exemplaire par l’immense Burt Lancaster.

Jusqu’au bout du rêve et ses thématiques viennent tutoyer les grands contes humanistes américains comme La Vie est belle. Il parle de courage, d’audace, de rédemption, de l’amour compliqué entre un père et son fils, d’accomplissement personnel et de l’importance de tenir bon face à l’adversité. Le message est noble principalement car il tient sur les idéaux d’une génération caractérisée par un désir de paix. Un désir matérialisé par une lutte constante face à la politique et aux idées des réactionnaires. Mise en image avec un classicisme approprié et fédératrice, la moelle profonde de Jusqu’au bout du rêve débouche sur un film étrange et néanmoins beau, où tout coule de source avec un peu trop de facilité pour entièrement déclencher l’adhésion. Kevin Costner livre certes, comme tous les autres comédiens, une performance incarnée et passionnée, mais nous, spectateurs, avons un peu de mal à adhérer à cette douce folie un poil de trop féerique pour coller à une réalité contemporaine et du même coup déclencher un flot d’émotions dévastateur. Jusqu’à la dernière image, le long-métrage suit la ligne directrice de ses aînés hollywoodiens, sans se soucier de la logique et de la bonne tenue de son fil directeur. Jusqu’au bout du rêve privilégie les émotions brutes, en délaissant un peu la forme, tout optant plusieurs fois pour quelques raccourcis hasardeux. Mais au fond, vu que le spectacle est quand même de qualité, c’est certainement là qu’est le principal atout du métrage. Dans ce supplément d’âme, de poésie, et de souffle humaniste.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Universal Pictures

Par Gilles Rolland le 24 décembre 2012

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