[Critique] BURYING THE EX

CRITIQUES | 2 février 2016 | Aucun commentaire
Burying-The-Ex-poster

Titre original : Burying The Ex

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Joe Dante
Distribution : Anton Yelchin, Ashley Greene, Alexandra Daddario, Oliver Cooper, Dick Miller…
Genre : Comédie/Horreur
Date de sortie : 2 février 2016 (DTV)

Le Pitch :
Max vient d’emménager avec Evelyn, sa petite-amie. Très possessive, cette dernière est également très directive envers celui qu’elle cherche manifestement à contrôler. Las d’une telle situation, Max essaie de rompre quand, brutalement, Evelyn se fait renverser par un bus. Plusieurs mois plus tard, le jeune homme fait la rencontre de la superbe Olivia, avec laquelle il a de nombreux points communs. Leur idylle naissante va pourtant devoir composer avec Evelyn, qui a décidé de revenir d’entre les morts pour pourrir la vie de Max…

La Critique :
Il fut un temps où Joe Dante était au sommet de la chaîne alimentaire hollywoodienne. Formé à l’école de Roger Corman, il fut vite repéré par Steven Spielberg, qui lui confia la réalisation de Gremlins, son plus gros succès à ce jour. Spielberg avec lequel il retravaillera à l’occasion de L’Aventure Intérieure, La Quatrième Dimension ou encore Small Soldiers, dont l’échec, qui survient après une série de déconvenues au box-office, contribuera à rendre le cinéaste un peu tricard auprès des grands studios. En quête d’indépendance, jamais vraiment soumis aux diktats des producteurs, Joe Dante a livré quelques-unes des plus flamboyantes pépites du cinéma yankee des années 80/90 (on pense à Panic sur Florida Beach et aux Banlieusards). Des films souvent incompris par le public et la critique, dont le peu d’impact, à l’époque de leur sortie, a contribué à faire de l’homme une sorte de franc-tireur. Aujourd’hui objet d’un culte véritable, Dante peine pourtant à réaliser ses films. The Hole, son précédent long-métrage, qu’il monta difficilement, ne sortit pas en salle. Que ce soit aux États-Unis ou en France. À l’instar de John Carpenter, Joe Dante a subi de plein fouet le courroux que l’industrie impitoyable réserve à ceux qui un jour, ont cartonné pour ensuite partir dans des directions allant à l’encontre d’une démarche purement commerciale. Du coup, et ce n’est pas une surprise, Burying The Ex déboule lui aussi directement en vidéo, après avoir passé, en France, de longs mois dans les tiroirs, comme si il s’agissait d’un film hybride que les exécutifs ne savaient pas vraiment comme traiter.
Pas étonnant qu’aujourd’hui, le nom de Joe Dante ne résonne pas avec l’éloquence qu’il mérite auprès des jeunes générations. Si son Gremlins a su vieillir avec classe, touchant sans cesse de nouveaux spectateurs, lui a sombré et est traité aujourd’hui comme un vulgaire tâcheron.
Pour autant, chaque nouveau film de Joe Dante est un événement. Parce que l’on sait que le réalisateur a trimé pour le sortir et pour le faire, et parce que l’on n’ignore pas non plus qu’il y aura toujours quoi qu’il soit quelque chose d’intéressant à en tirer.

Burying-The-Ex-Alexandra-Daddario

Avec son pitch aussi simple qu’efficace, Burying The Ex se place dans la lignée des précédents films du maître. Son ambiance, c’est manifeste, évoque aussi les belles heures du studio Amblin et donc, de Gremlins ou de L’Aventure Intérieure. Prenant pied dans notre réalité, le récit semble pourtant s’ancrer dans une époque un peu hors du temps, avec ses nombreux clins d’œil à la culture pop et au cinéma horrifique et ses personnages immédiatement attachants, car eux aussi inscrits dans le même arbre généalogique que les héros des précédents long-métrages de Dante. Certes, Burying The Ex n’a pas la puissance évocatrice d’un Panic sur Florida Beach et ne porte pas un discours social comme Les Banlieusards, mais il se démarque lui aussi par son absence de cynisme et par le côté irrémédiablement divertissant de son traitement. On peut aussi apprécier son analyse du couple, peut-être basique, mais néanmoins pertinente.
En faisant fi d’un certain réalisme, Joe Dante inscrit son histoire dans une dynamique proche des contes de fée. L’univers qu’il construit se repose alors peut-être sur des mécanismes connus, mais son désir d’en exploiter correctement tous les éléments fait toujours autant plaisir à voir.
D’autant qu’ici, le casting s’avère particulièrement enthousiasmant. Anton Yelchin possède ce petit quelque chose lui permettant de se couler avec tout le naturel et la spontanéité nécessaires dans la démarche de Dante. On peut facilement s’identifier à lui et à ses vicissitudes, contrairement au personnage certes sympathique, mais moins attachant, incarné par Dane DeHaan, dans Life After Beth, auquel il est difficile de ne pas penser tant son scénario ressemble à celui de Burying The Ex. On retrouve chez Yelchin un peu du Billy Peltzer de Gremlins, ce qui contribue à conférer immédiatement un fort capital sympathie au long-métrage. Un comédien confronté à deux actrices très bien choisies elles aussi. Alexandra Daddario tout d’abord, toujours spectaculaire, ici parfaitement à sa place dans un rôle lui aussi ancré dans les codes propres à ce genre de films, et Ashley Greene, dont la performance traduit un plaisir évident à sortir enfin de sa zone de sûreté et des rôles trop sages (pour rappel, elle a joué dans Twilight).

Gore, Burying The Ex l’est à plusieurs reprises, mais ne tombe jamais dans le glauque ni dans la surrenchère. Joe Dante fait le nécessaire pour conserver une certaine légèreté et si certains y verront l’épuisement d’un réalisateur rincé par le système, il sera peut-être moins cynique d’y voir s’exprimer le talent d’un homme injustement tenu à l’écart et ici toujours aussi heureux de pouvoir s’amuser avec ses personnages, les ambiances, et les gimmicks qu’il contribua à créer, avec une poignée d’autres faiseurs d’images dans les années 80. Une chose est sûre : Burying The Ex n’est pas son plus grand film. Difficile pour lui, surtout dans ces conditions particulières, d’égaler ses faits de gloire aujourd’hui gravés dans la pierre des tables de loi du septième-art. Il s’agit par contre d’une œuvre résolument fun, souvent drôle et totalement décomplexée. On ne s’ennuie pas une seconde, on s’amuse devant les références, et la mise en image est toujours aussi appréciable. À l’instar du précédent The Hole, cette love story avec une fille zombie et un jeune homme désireux de donner un vrai sens à sa vie ravive les braises d’un cinéma aujourd’hui un peu oublié, représenté par une petite poignée d’artisans, encore conscients de la valeur d’un discours filmique populaire et fédérateur.

@ Gilles Rolland

BURYING-THE-EX-Ashley-Greene  Crédits photos : Factoris Films

Par Gilles Rolland le 2 février 2016

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