[Critique] THE SUICIDE SQUAD

CRITIQUES | 3 août 2021 | 1 commentaire
The-Suicide-Squad-poster

Titre original : The Suicide Squad

Rating: ★★★★½

Origine : États-Unis

Réalisateur : James Gunn

Distribution : Margot Robbie, Idris Elba, John Cena, Joel Kinnaman, Sylvester Stallone, Viola Davis, Jai Courtney, Peter Capaldi, Daniela Melchior, Alice Braga, Sean Gunn, Taika Waititi, Nathan Fillion, Steve Agee…

Genre : Action/Fantastique/Comédie/Adaptation

Durée : 2h12

Date de sortie : 28 juillet 2021

Le Pitch :

Alors qu’une menace d’envergure se profile du côté du Corto Maltese, une île du Pacifique, le gouvernement américain charge Amanda Waller de former une équipe afin de se rendre sur place. Plutôt que de faire appel à de véritables héros, peu compatibles avec la nature ambiguë de la mission, Amanda Waller convoque des supers méchants qu’elle sort de prison en échange d’une liberté inconditionnelle…

La Critique de The Suicide Squad :

Petit retour en arrière :

3 août 2016. David Ayer, l’estimé réalisateur de End of Watch et Fury sort Suicide Squad, l’adaptation du comic book DC éponyme et se prend une volée de bois vert en plein dans les dents. Il faut dire que son film est mauvais et foire à peu près tout ce qui pouvait être foiré. Seuls quelques personnages surnagent au milieu d’un océan de nullité crasse. On apprend alors plus tard que David Ayer s’est complètement fait déposséder de son film et que son Suicide Squad est le fruit d’un remixage en règle des costards-cravates de la Warner.

Juillet 2018. James Gunn, le célébré réalisateur des deux volets des Gardiens de la Galaxie se fait débarquer par Disney à cause de quelques tweets douteux déterrés par un internaute. Warner voit alors sa chance et propose à Gunn plusieurs projets rattachés à l’univers DC. Plutôt que d’opter pour Man of Steel 2, Gunn jette son dévolu sur une nouvelle illustration de Suicide Squad qu’il nomme simplement The Suicide Squad. Contrairement à David Ayer, l’ancien de chez Troma bénéficie d’une carte blanche et peut pousser le bouchon aussi loin qu’il le désire.

Depuis, Gunn a été rappelé par Disney et s’il fut un temps question de confier la réalisation du prochain volet des Gardiens de la Galaxie à un autre, c’est bien lui qui s’en chargera… Mais c’est une autre histoire.

The-Suicide-Squad-cast

Bad to the Bone

Plutôt que d’orchestrer une simple suite au film d’Ayer, Gunn a donc choisi de remettre les compteurs à zéro. Ce qui ne l’a pas empêché de reprendre certains acteurs du premier film. C’est ainsi que Margot Robbie retrouve Harley Quinn, aux côtés de Joel Kinnaman, Jai Courtney et Viola Davis. S’il fut un temps question que Will Smith reprenne aussi les flingues de Deadshoot, une incompatibilité de planning a précipité son remplacement par Idris Elba, qui ne campe pas le même personnage, bien que les deux soient proches. Bref, nous revoilà avec certaines têtes connues, appelées à évoluer aux côtés des petits nouveaux que sont John Cena, Peter Capaldi, Alice Braga, Daniela Melchior ou encore Sylvester Stallone. Ce dernier prêtant sa voix à King Shark, le personnage le plus étrange de ce trip coloré et jubilatoire en forme de brillante alternative aux productions super-héroïques lissées et trop sages.

Méchamment mauvais

James Gunn ne tarde pas à annoncer la couleur : s’il respecte d’une certaine façon le boulot de David Ayer et comprend aussi que celui-ci a été dépossédé de sa vision, il ne compte pas emprunter la même voie. Le film d’Ayer lui permettant en outre de raccourcir considérablement les présentations. Le scénario s’appuie ainsi sur le premier Suicide Squad en cela qu’il ne réexplique pas le concept et va directement à l’essentiel en nous proposant une scène introductive absolument brillante. Une entrée en matière brutale et drôle, qui s’amuse à déjouer nos attentes. Ce que Gunn ne cesse d’ailleurs de faire 2h12 durant.

Dirty bastards

Car au fond, le défi était là : parvenir à réhabiliter le concept même à la base de Suicide Squad et proposer une aventure à la fois épique mais aussi réellement cohérente par rapport aux enjeux et aux personnages. Ces derniers sont ici enfin de vrais salopards. Même les plus amusants, comme Weasel ou King Shark, n’hésitent pas à bouffer de l’humain à toutes les sauces sans réfléchir. Peacemaker, le personnage brillamment campé par John Cena, s’il est celui qui ressemble le plus à un super-héros, est en fait un psychopathe de la pire espèce, obsédé par la paix et prêt à tuer n’importe qui pour l’instaurer. Sans oublier Bloodsport, auquel Idris Elba prête ses traits, qui, contrairement à Will Smith dans le premier film, n’est pas un enfant de chœur qui joue au méchant, mais un vrai bad guy qui flingue à tout va pour arriver à ses fins.

Harley Quinn pour sa part, est enfin à sa place. Après avoir tenté de porter à elle seule le Suicide Squad d’Ayer et après avoir été au centre d’une aventure pop et boiteuse toute entière dédiée à sa gloire (Birds of Prey), la tueuse incarnée par Margot Robbie est ici totalement comprise et donc parfaitement exploitée, au cœur d’une scénario où, à l’instar des autres, elle apporte véritablement une valeur ajoutée. Pour la première fois dans sa courte histoire sur grand écran, Harley Quinn exprime sa folie dans une dynamique qui lui donne du sens et de la substance (cf. la scène d’évasion avec les fleurs).

Car au fond, c’est aussi ça The Suicide Squad : tous les personnages ont leur importance et tous, s’ils semblent amusants à bien des égards, trimballent une bonne grosse part de noirceur. Une noirceur non seulement visible mais parfois carrément dérangeante, à l’image de Polka-Dot Man, cet étrange personnage capable de balancer des pastilles de couleur, traumatisé depuis l’enfance par une mère abusive.

De l’art de pousser le bouchon

Les personnages de The Suicide Squad sont donc cohérents. Ils sont mauvais, brutaux, boursouflés de traumatismes (parfois au sens littéral) et évoluent au cœur d’une aventure qui peu à peu, va les changer. Ou pas. C’est là que le film est réjouissant : jamais James Gunn ne tente de raccrocher les wagons avec une quelconque bien-séance. Son Suicide Squad s’apparente ainsi à un authentique et inspiré jeu de massacre qui surprend sans cesse par son audace visuelle et narrative, par sa violence (le gore est omniprésent), son humour et plus globalement par sa tonalité sauvage et subversive.

James Gunn vient de chez Trauma et on sent depuis ses débuts qu’il n’a jamais oublié ses origines ni renoncé à son idéal de cinéma. Ici, sous la coupe d’un gros studio, comme chez Disney avec les Gardiens, mais habité d’une rage encore plus visible, le metteur en scène fonce dans le tas sans jamais perdre de vue son objectif ni tomber dans un quelconque excès. Car au fond, dans The Suicide Squad, tout n’est qu’excès. Les têtes volent, un requin géant avec la voix de Stallone coupe les gens en deux et une étoile de mer monumentale détruit une ville. En détournant les codes chers à ce genre de film, pour les reformater selon ses propres désirs, histoire de servir son récit et de nourrir la psyché de ses personnages, Gunn réussit ce que l’on pensait aujourd’hui impossible : imposer un film de super-héros non seulement épique et spectaculaire mais aussi profondément intègre et original.

Massacre XXL

Jamais décevant, sans cesse prompt à nous balancer une idée folle parfaitement mise en image, James Gunn maîtrise tous les aspects de son film. Un film par ailleurs visuellement très enthousiasmant. Que ce soit au niveau des costumes ou des effets-spéciaux. La dernière séquence est là pour le prouver. Un climax figurant parmi les les plus exaltants de toute la galaxie super-héroïque au cinéma, qui s’apparente à une pure leçon à l’adresse des productions trop timorées pour leur propre bien.

Et puis The Suicide Squad a du cœur. Au détour d’une séquence caractérisée par sa sauvagerie, James Gunn parvient à glisser un regard, une réplique ou un sourire qui font toute la différence. Quand Bloodsport sourit à Ratcatcher II par exemple ou quand cette dernière se souvient de son enfance aux côtés de son père, mine de rien, les larmes ne sont pas loin. Et c’est aussi car The Suicide Squad n’est pas uniquement un jubilatoire festival de sang, de feu et de rires qu’il est aussi bon. Parce que sous l’outrance, sous les tripes et les vannes, un cœur bat à tout rompre…

En Bref…

Miracle de cinéma, produit au sein d’une industrie qui confie désormais plus souvent son destin aux algorithmes qu’aux vrais artisans, The Suicide Squad est une flamboyante réussite. Un film de super-héros méchant et violent, sauvage et brutal, drôle et subversif, qui sait aussi faire vibrer la corde sensible, sans cesser de se montrer palpitant, passionnant et spectaculaire. Un pur divertissement aux accents vintage, honnête et franc, inspiré et maîtrisé sur tous les aspects.

@ Gilles Rolland

The-Suicide-Squad-Margot-Robbie
Crédits photos : Warner Bros. France
Par Gilles Rolland le 3 août 2021

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Karl Libus
Karl Libus
1 mois il y a

Voilà!!! Oui oui oui!!!! Enfin!!! Yes!!! J’ai hâte de le voir, je n’attendais que ça!!!! Après la daube d’il y a 2- 3 ans, j’avais espoir en James Gunn pour DC. Yes!!!