[Critique] DEEPWATER

CRITIQUES | 13 octobre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Deepwater Horizon

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Peter Berg
Distribution : Mark Wahlberg, Kurt Russell, Kate Hudson, Dylan O’Brien, John Malkovich, Gina Rodriguez, J.D. Evermore…
Genre : Drame/Catastrophe/Adaptation
Date de sortie : 12 octobre 2016

Le Pitch :
20 avril 2010 au large de la Louisiane, aux États-Unis : la plate-forme pétrolière mobile Deepwater Horizon, louée par BP, explose alors qu’elle forait le puis le plus profond jamais creusé en offshore. Une catastrophe qui coûta la vie à de nombreux employés, qui libéra 780 millions de litres de pétrole dans les eaux du Golfe du Mexique provoquant la plus grande marée noire de l’Histoire du pays…

La Critique :
C’est en 1998 avec Very Bad Things, une comédie outrancière, hilarante et trash sur le mariage et l’amitié, que nous avons fait la connaissance de Peter Berg. Depuis, celui qui a commencé sa carrière devant la caméra, a évolué, au fil de films qui mine de rien, sous leurs apparats de blockbusters parfois un peu bourrins (voire beaucoup) se sont imposés comme autant de radiographies de l’Amérique d’aujourd’hui. Berg observe la société, son pays et ses contemporains et fait des longs-métrages qui envoient du bois. L’observation est valable avec Friday Night Lights, Le Royaume, Hancock et sa déconstruction du mythe du super-héros avant l’invasion Marvel, et bien sûr Du Sang et des Larmes, son manifeste guerrier viscéral. Seul Battleship apparaît comme une œuvre de pur divertissement. Un bon gros truc bien fun, qui fait office de parenthèse dans une filmographie plus concernée qu’il n’y paraît. Car avec Deepwater, le cinéaste revient aux choses sérieuses. Et pas qu’un peu…

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La huitième livraison de Peter Berg aborde une tragédie aux multiples facettes. L’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon ayant provoqué la mort de plusieurs personnes mais causé aussi un cataclysme écologique dont les conséquences continuent d’affecter toute la région du Golfe du Mexique encore aujourd’hui. Un sujet délicat par ailleurs déjà traité cette année, par le décevant mais bien intentionné The Runner (avec Nicolas Cage), que Berg choisit d’aborder à hauteur d’homme. Un choix à la fois avisé mais aussi casse-gueule pour la simple et bonne raison qu’il interdit au scénario de prendre trop de recul quant à la catastrophe et surtout vis à vis de ses répercutions. Le personnage incarné par Mark Wahlberg est le point d’ancrage du récit. On le suit lui et ses collègues dès leur réveil précédant leur arrivée sur Deepwater Horizon jusqu’à ce qu’un déluge de feu s’abatte sur eux. Le point de vue est clair et net et élude donc plus ou moins tout le reste à savoir l’aspect écologique. Cela peut choquer mais au fond, si on respecte cet angle, on peut aussi le comprendre. Berg se range derrière les ouvriers et orchestre leur combat pour réparer les erreurs des costards-cravates de BP. On comprend d’ailleurs que la compagnie pétrolière n’ait pas voulu prêter une de ses plates-formes pour le tournage tant le film se pose comme un violent pamphlet contre ses manigances motivées bien entendu par l’appât du gain, au mépris de la vie des personnes qui se mettent à son service. Pas vraiment connu pour sa subtilité, le réalisateur a même embauché John Malkovich, dont le talent pour personnifier le « mal » n’est plus à prouver. L’opposition entre le gentil, talentueux et valeureux Mark Wahlberg et le grand méchant capitaliste est sans équivoque et toute la dynamique de Deepwater repose là-dessus.

Un stratagème pas super fin mais qui a le (grand) mérite de nous placer, nous spectateurs, au beau milieu de l’action. Si les protagonistes sont plutôt attendus et répondent à quelques lieux communs propres au genre abordé, ils s’avèrent suffisamment écrits pour qu’on y croit et même pour encourager l’identification. Quand l’enfer s’ouvre littéralement sous leurs pieds, on est avec eux et c’est là que le génie de la mise en scène de Peter Berg permet au film d’imposer sa puissance. Solide faiseur d’images, il met toutes ses tripes dans l’orchestration de cette destruction massive, maîtrisant la technique qu’il met au service de l’histoire. Heureusement, jamais il ne se laisse déborder et garde toujours ses personnages au premier plan. Chaque détonation va avec ses conséquences. On garde à l’esprit cette terrifiante scène dans laquelle Kurt Russell est projeté à travers la pièce ou encore la vision de ces corps ensanglantés recouverts de pétrole. Deepwater est un film dur et humain. Là est sa plus grande qualité. Spectaculaire, impressionnant, il l’est assurément, mais si il parvient à nous mettre à terre à plusieurs reprises, c’est qu’il ne perd jamais de vue l’important et ne donne pas dans la pyrotechnie facile et opportuniste. Les comédiens, chacun à des postes bien précis, se faisant les relais de cette démarche et de l’efficacité qui en ressort.

Reste donc ce que Deepwater occulte, si on fait exception de la ligne de texte pendant le générique de fin, à savoir la marée noire. Il est très clair à ce sujet et insiste en filigrane en s’imposant comme une œuvre axée sur les traumatismes des hommes de la plate-forme, mais cela reste frustrant. Peu enclins à laisser le long-métrage se faire pensant qu’il allait se montrer irrespectueux envers les victimes, les survivants et les familles de ceux qui ont péri ont droit à un vibrant hommage. Un hommage dont on ne remet pas en cause la sincérité mais qui, là encore, manque de finesse. Avec ses gros sabots, Peter Berg n’y va pas avec le dos de la cuillère et assume pleinement la condition de son œuvre, qui se pose quasiment à elle toute seule comme un monument en mouvement à la gloire des hommes sacrifiés au nom du tout-puissant dollar. Entre d’autres mains, Deepwater aurait peut-être fait preuve d’un peu plus de subtilité mais on ne pourra pas lui reprocher de ne pas y croire. Et probablement qu’entre d’autres mains, il n’aurait pas été aussi tétanisant. C’est ce qu’il faut retenir. Il ne s’agit pas d’un blockbuster. Pas vraiment, si on prend en compte qu’il n’est pas mu pas les mêmes motivations que ces films à gros budget dont le propos sert la plupart du temps l’action, et non l’inverse.

En Bref…
Deepwater opte pour une approche unilatérale de la tragique catastrophe de la plate-forme Deepwater Horizon. Il se focalise sur le drame humain au détriment de la question écologique et peut donc susciter une certaine frustration. Pour autant, il sait ne jamais perdre de vue son sujet et se montrer terriblement impressionnant et parfaitement maîtrisé visuellement parlant. Largement de quoi faire de lui un long-métrage incarné et percutant si tant est que l’on accepte son mode opératoire et les sacrifices narratifs qui en découlent.

@ Gilles Rolland

Deepwater-Kurt-Russell-Mark-Wahlberg  Crédits photos : SND

Par Gilles Rolland le 13 octobre 2016

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