[Dossier] Kristen Stewart : vampires, scandales et cinéma indépendant

DOSSIERS | 29 septembre 2012 | Aucun commentaire

« Jusqu’à Twilight, l’aspect célébrité m’avait totalement échappé. Je me suis tout d’un coup retrouvée confrontée à cet intérêt malsain qui a plus trait à la « pop culture » qu’au cinéma. »
Aujourd’hui, Kristen Stewart est une superstar. De la pop culture, avec tout ce que cela implique donc, et du cinéma. En ce moment particulièrement où sa relation avec l’acteur Robert Pattinson, qui vient d’être mise à mal par sa petit incartade dans les bras de Rupert Sanders (le réalisateur de Blanche-Neige et le Chasseur), se trouve être au centre de beaucoup de discussions d’aficionados des scandales associés aux célébrités.
De l’avis de beaucoup, si l’on en croit du moins les brimades dont la jeune femme est la cible sur les réseaux sociaux, Kristen Stewart n’est pas une bonne actrice. Elle n’est que le produit de son époque. Une époque qui s’apparente à une grosse usine qui produit des stars jetables, tout juste bonnes à faire vendre du papier et des tickets de cinéma à 10€. Quand tout le monde -ou presque- loue la prestation de son boyfriend, dans le Cosmopolis de David Cronenberg, personne ne semble remarquer la sienne dans l’adaptation cinématographique du roman Sur la Route de Jack Kerouac. C’est Twilight qui focalise toute l’attention. Twilight et les mésaventures amoureuses de la belle. Une saga à succès et un téléfilm-réalité qui passionnent les foules.

Pour autant, Kristen Stewart mérite-t-elle cet acharnement ? Son succès est-il vraiment usurpé ? Pourquoi Kristen fait-elle la gueule sur 90% des photos de presse ? Pourquoi les vampires de Twilight sont comparables à des lapins albinos qui grimpent aux arbres et brillent la nuit ? Tentative de réponses en trois points essentiels, afin d’essayer d’y voir plus clair au sujet de l’énigme que représente Kristen Stewart…

1 – Kristen Stewart, cette californienne aux cheveux sombres

C’est le 9 avril 1990 que déboule par des voies naturelles, la petite Kristen Stewart dans ce monde. Son père bosse à la télévision et s’appelle John Stewart, comme l’autre, celui qui dissèque avec humour l’actualité et qui tire à boulets rouges sur les républicains. Sa mère écrit des scripts. Tout va bien dans la vie de la gamine, qui souffre néanmoins d’un trouble de l’attention. Ce qui ne l’empêche pas d’atterrir sur les plateaux de tournage dès l’age de 8 ans, à la suite d’une performance remarquée lors d’un spectacle de Noël. Direction Disney, où Kristen tourne, sans être créditée, un téléfilm. Son premier grand rôle -et c’est peu de le dire- elle le tiendra aux côtés de Jodie Foster, Forest Whitaker et Jared Leto, dans Panic Room, de David Fincher. Kristen a 12 ans et fait montre d’une vraie présence à l’écran. Fille de Jodie Foster dans le long-métrage, Kristen impressionne son monde. On place sur cette gamine à l’air perpétuellement inquiet de sérieux espoirs. Sa carrière est lancée. Il aura suffi d’un rôle de jeune fille diabétique fan des Beatles dans un brillant huis-clos, pour lancer la machine. On a vu pire comme débuts.

Kristen et Jodie dans Panic Room

Née en Californie, mais ressemblant plutôt à une new-yorkaise, Kristen Stewart est depuis son plus jeune age, à contre-courant des canons en vigueur à Hollywood. Son regard perdu et sa faculté à incarner des personnages rebelles retiennent l’attention. Une caractéristique qui contribuera à bâtir l’image publique pas franchement enviable de la comédienne, qui sera souvent par la suite, envisagée pour tenir des rôles de jeunes ados revêches.

2 – Kristen Stewart, cette princesse du cinéma indépendant

La saga Twilight a provoqué de nombreux dommages collatéraux. Sur l’image des vampires, sur celle des loups-garous notamment, mais surtout sur la réputation d’actrice de Kristen Stewart (elle a aussi révélé Taylor Lautner, mais là n’est pas le sujet).
Car on oublie bien souvent le nombre de films indépendants dans lesquels l’actrice s’est impliquée. Souvent avec talent et perspicacité d’ailleurs.
Sur la petite trentaine de longs-métrages que dénombre la filmographie de Kristen, on remarque en effet beaucoup de projets confidentiels et audacieux.
Into the Wild par exemple. À l’époque, Kristen n’est qu’une aspirante au succès comme les autres. Elle reste la gamine qui jouait la victime face aux coups de marteaux de Jared Leto, aux côtés de Jodie Foster. On a pu la voir dans l’anecdotique film d’épouvante La Gorge du diable, dans le remix spatial de Jumanji, Zathura, où elle se fait congeler suite à un mauvais coup du sort, dans In the Land of Women où elle fait de l’ombre à Meg Ryan et à ses lèvres malmenées par la chirurgie plastique, ou encore dans le très dispensable mais pas forcement désagréable Les Messagers.

Avec Emile Hirsch dans Into the Wild

Quand Sean Penn caste Kristen, rien n’indique quelle tournure va prendre l’existence de cette jolie brunette un peu maigrichonne. Son rôle dans Into the Wild n’est pas énorme, mais marque les esprits. Elle séduit le héros, incarné très justement par le surdoué Emile Hirsch, joue de la gratte, chante et trimballe sa mélancolie au sein d’une communauté hippie. Kristen a 17 ans et tient son premier vrai rôle mature. Succès notoire, Into the Wild propulse Kristen en tête de liste des actrices tendances. Son long-métrage suivant, The Yellow Handkerchief, très confidentiel, ne sort pas en France mais achève de confirmer tout le bien qu’il faut penser de cette jeune femme qui, sous les spotlights d’Hollywood, se transforme en valeur sûre. Les producteurs de Twilight qui préparent dans l’ombre leur coup, lorgnent sur les yeux tristes de Kristen…
Juste avant de signer pour Twilight, Kristen Stewart donne la réplique à Robert De Niro dans l’anecdotique Panique à Hollywood, qui s’avère soporifique malgré la galerie de stars qu’il expose. Jumper arrive, repart la queue entre les jambes et Kristen prend la décision qui changera sa vie : apposer son nom en bas du contrat qui la lie jusqu’au bout, c’est dire pour 5 films, aux producteurs de Twilight, l’adaptation sur grand écran du carton de librairie de Stephenie Meyer. Nous y reviendrons…

Quand elle ne tourne pas autour du pot dans Twilight, entre Robert Pattinsson et Taylor Lautner, Kristen en profite pour renouer avec ses racines underground.
Vient alors, en 2009, ce qui restera à jamais comme l’un de ses meilleurs films : Adventureland (on oublie tout de suite le titre français : Job d’été à éviter).
Dans Adventureland, Kristen incarne Emiy, une jeune employée d’un parc d’attraction qui entretient une relation complexe avec un musicien mythomane (Ryan Reynolds), tout en voyant ses certitudes sur l’amour chamboulées, lorsque un nouvel employé ramène sa fraise (Jesse Eisenberg). Réalisé par l’excellent Greg Mottola (Supergrave), Adventureland (critique ici) est une authentique réussite car il arrive, sans mièvrerie ni vulgarité déplacée, à décrire la mélancolie qui caractérise les prémices de l’âge adulte. Tout en douceur, le film déroule sa partition et fait preuve d’une pertinence ahurissante, d’une tendresse palpable et d’un humour aussi fin qu’efficace (la B.O. est à tomber). Une réussite artistique imputable à Mottola bien sûr, mais aussi à Kristen, qui illumine ce teen movie pas comme les autres, de son charisme indéniable. Un long-métrage que tous ses détracteurs devraient voir, pour peut-être réviser leur jugement quant aux capacités de la comédienne. Sans chercher à tirer la couverture face à ses collègues, Kristen est une force tranquille qui se remarque, qui se démarque et qui imprime la pellicule de son attitude à la fois cool, mélancolique, sexy et réaliste.

Kristen Stewart et Jesse Eisenberg dans l’excellent Adventureland

Deux Twilight plus tard, Kristen revient fort vers quelque-chose de plus âpre avec Welcome to the Rileys, de Jake Scott (le fils de Ridley et donc le neveu de Tony). Dans Welcome to the Rileys (critique ici), la comédienne joue face -excusez du peu- à James Gandolfini, le Tony Soprano de la série du même nom. Melissa Leo est aussi de la partie.
Si on peut reprocher à Kristen d’incarner encore une fois une âme torturée et paumée, difficile de ne pas s’incliner devant sa composition viscérale. Son personnage, Mallory, est une stripteaseuse qui fait des extras en coulisses, pour se payer sa gnôle et sa drogue. Une épave en bas-résilles en quête de rédemption, face à un homme lui aussi dévasté suite au décès de sa fille. Une somme de traumas pour une œuvre sensible, qui slalome entre les clichés, sans toujours réussir à les éviter, mais réussissant à ne jamais perdre la face.
Du même coup, le film de Jake Scott marque un véritable tournant dans la démarche de Kristen, qui n’hésite pas à donner de sa personne, écorchant au passage l’image de la jeune brebis immaculée qu’entretient Twilight. C’est une bonne chose, car cela permet à l’actrice de poursuivre en parallèle une trajectoire autrement plus intéressante que celle qui fait les gros titres des journaux.
Dommage que ses films ne récoltent pas le succès escompté. Pas encore bankable quand elle quitte ses vampires et ses loups-garous, Kristen a du mal à s’imposer aux yeux du grand public comme une actrice polymorphe. Mais ce n’est peut-être pas plus mal. En tout ca, elle, semble s’en foutre comme de sa première morsure.

James Gandolfini et Kristen Stewart n’attendent pas le bus dans Welcome th the Rileys

La suite sera rock and roll. Kristen est choisie pour personnifier la légendaire Joan Jett dans le biopic consacré au groupe The Runaways. Partageant la tête d’affiche avec l’ex-enfant star Dakota Fanning, mais aussi avec le génialement timbré Michael Shannon, Stewart joue de la guitare, porte du cuir, picole et affiche une assurance bienvenue dans une rôle casse-gueule, car attendu au tournant par les fans de cette formation emblématique de la culture punk rock. Fondamentalement, le rôle de Joan Jett ne permet pas à l’actrice de changer de registre, mais la performance ne manque pas de fougue et encore une fois, souligne l’audace de la jeune femme. Rebelle parmi les rebelles, Joan Jett est aussi discrète à la ville qu’enragée sur scène. L’occasion pour « Bella Swan » d’apprendre à jouer de la six cordes et de laisser libre court à toute l’expression de son attitude rock, qui parfois sur les tapis rouges, jure avec le glam de ses partenaires. The Runaways permet en outre à Kristen de faire la tronche sans ce que cela soit mal jugé. Le rôle le demande et c’est tant mieux, car sans tomber dans les vannes qui soulignent exagérément le peu d’expression dont peut faire preuve la jeune fille, il faut dire que la gueule, Kristen la fait rudement bien.
Quoi qu’il en soit, Runaway est un succès d’estime. Joan Jett est satisfaite de son alter-égo cinématographique et Kristen retourne à Twilight apaisée.

Festival de Cannes 2012. Kristen Stewart débarque de l’avion et se fait méchamment bousculer par le comité d’accueil. Le majeur levé, Kristen s’engouffre dans la voiture qui l’amène sur le tapis rouge de la Croisette. Elle et son majeur font la une des journaux. Le scandale prévu n’est pas en retard. Sur la Route de Walter Salles est plus ou moins massacré par la critique et tout le monde se focalise sur la moue boudeuse de Kristen, jusqu’à en oublier à quel point elle est excellente dans le long-métrage qui s’inspire du classique de Jack Kerouac. Formant un triangle amoureux avec Garrett Hedlund et Sam Riley, Kristen se donne sans retenue à l’objectif de Walter Salles. Allant même parfois s’aventurer dans des contrées jusque là inexplorées. Kirsten tombe le haut, le bas et les masques. Tout le monde semble s’en foutre, mais quand même. Dans Sur la Route (critique ici), l’américaine sait faire parler le souffre, au propre comme au figuré, prouvant du même coup une audace grandissante et un refus de se complaire dans la gloire post-Twilight.

Kristen accompagnée par Walter Salles et Garrett Hedlund, pendant la promo de Sur la Route

3 – Kristen Stewart dans la Twilight Zone

La déferlante Twilight dévaste tout sur son passage dès les premiers jours d’exploitation du premier volet, Fascination. À l’heure où les fans attendent fébriles la sortie de Révélation – partie 2, Twilight est plus que jamais un phénomène de mode. Un phénomène à résonance mondiale qui envahit les médias et qui provoque autant de files d’attente devant les cinémas, que de quolibets de la part des détracteurs.
Kristen Stewart et Robert Pattinson, au cœur du cyclone, sont devenus des stars. Des acteurs qui tentent de faire oublier, à grand renfort de rôles marquants et de tentatives audacieuses leur image lissée et sage que la saga à solidement ancré dans l’inconscient collectif.
Pas évident donc, notamment pour Kristen Stewart qui ne semble pas accepter le package qui va avec Twilight, à savoir les paparazzi, les rumeurs et les attaques personnelles.

Il y a peu de chance qu’en 2008, lorsqu’elle se pointe pour la première fois sur le plateau du tournage de Twilight, que Kristen mesure l’ampleur que les évènements vont prendre.
Qui sait ce qu’il serait arrivé si Twilight avait fait un bide, ou si Kristen n’avait pas accepté d’y jouer ? Une chose est certaine : sa réputation et son image médiatique ne seraient pas la même. Elle aurait pu fauter avec n’importe qui, personne ne s’en serait soucié outre-mesure.
Twilight a donné aux actes les plus anodins de l’actrice, un écho gargantuesque. Une simple sortie dans la rue et les photos se vendent plusieurs milliers d’euros. Les médias spécialisés soulignent sans cesse le manque de cohérence entre le rôle de Bella Swan et la personnalité d’une comédienne qui ne joue pas souvent le jeu de la gloriole. Kristen a l’air gêné et embarrassé. Oui elle fait la tronche et porte des converses sur les tapis rouges. Ce qui est apparemment scandaleux si l’on en croit les experts avisés.
En signant pour Twilight, Stewart et Pattinsson ont signé pour devenir les incarnations parfaites de la machine médiatique qui prédomine à notre époque. Et comme les films Twilight n’ont jamais su s’attirer -à juste titre- les faveurs des critiques de cinéma, Kristen et Robert en pâtissent (attention, un jeu de mot se cache dans cette phrase). Twilight n’a en cela rien à voir avec Harry Potter, qui récolte pendant ce temps de nombreuses critiques favorables. Twilight est et sera toujours le canard boiteux du film vampirique. Et Kristen va se coltiner très longtemps l’image de cette jouvencelle amoureuse d’un bellâtre pâlichon aux canines émoussées, qui brille en plein jour.

Échec et mat pour Kristen et Robert

Quand son aventure avec le réalisateur de Blanche-Neige et le Chasseur est découverte, Kristen Stewart devient carrément la fille à abattre. À cause d’elle, Robert Pattinsson est malheureux et le couple de Rupert Sanders, le réalisateur en question, est en péril. Charlize Theron, qui s’était liée d’amitié avec Kristen sur le tournage de Blanche-Neige se sent trahie. Kristen reste cloîtrée chez elle et ne s’alimente plus. On prédit la chute de la jeune californienne qui s’attire les foudres des fans de la relation qu’elle entretenait depuis quelques années avec son partenaire de Twilight.
Ce non-évènement -car faut pas déconner non plus, on sait pertinemment que Kristen n’est pas la première à aller voir ailleurs et ne sera pas la dernière- donne lieu à des déclarations ultra violentes et à de diverses attaques en règle. Will Ferrell désamorce heureusement par deux fois la chose, par le biais de sketches improvisés pendant la promo de Moi, Député. Comme une façon de souligner l’absurdité de ce scandale en carton. Le système de la célébrité moderne aime porter au pinacle de jeunes acteurs, mais préfère par dessus tout les flinguer alors qu’ils sont au sommet. C’est flagrant ici et Kristen n’a pas fini d’en entendre parler, même si les deux tourtereaux semblent se rapprocher à nouveau. Un rapprochement qui a apparemment contrarié James Franco, qui tel un prédateur, lorgnait méchamment sur la silhouette aérodynamique de Kristen.

Le scandale n’a pas lieu d’être. Personne n’en a fait tout un foin lorsque Di Caprio a lourdé Claire Danes, avec qui il jouait dans Roméo + Juliette, par texto à la St-Valentin.
Kristen Stewart, la nouvelle pestiférée de l’usine à rêves, reste discrète. C’est peut-être mieux. Et si cette aventure malheureuse peut l’encourager à refuser les grosses machines, ce sera toujours ça de gagné. Et même si le blockbuster Blanche-Neige et le Chasseur fait excellente figure, dans son genre. L’avenir nous le dira…

Espérons que la même chose n’arrive pas à Jennifer Lawrence, autre star du cinéma indépendant, qui vient de rentrer, grâce à Hunger Games dans le grand bassin. Là où zigzaguent les requins d’Hollywood. Ceux qui n’attendent que la petite goutte de sang pour refermer leur étreinte sur les pauvres starlettes…

@ Gilles Rolland

Par Gilles Rolland le 29 septembre 2012

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