[Critique série] BLACK MIRROR – Saison 3

SÉRIES | 15 décembre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Black Mirror

Rating: ★★★★½
Origine : Royaume-Uni
Créateur : Charlie Brooker
Réalisateurs : Joe Wright, Dan Trachtenberg, James Watkins, Owen Harris, Jakob Verbruggen, James Hawes.
Distribution : Bryce Dallas Howard, Alice Eve, James Norton, Cherry Jones, Wyatt Russell, Hannah John-Kamen, Alex Lawther, Jerome Flynn, Gugu Mbatha-Raw, Mackenzie Davis, Malachi Kirby, Madeline Brewer, Kelly Macdonald, Faye Marsay, Benedict Wong…
Genre : Science-Fiction/Thriller/Drame
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 6

Le Pitch :
Anthologie de 6 histoires distinctes, Black Mirror explore notre rapport aux nouvelles technologies :
Une jeune femme accroc aux réseaux sociaux cherche à devenir toujours plus populaire au risque de rejoindre dans la fange ceux que la majorité considère comme des moins que rien pour la simple raison que leur compteur de likes ne décolle pas.
Un homme en voyage en Angleterre se porte volontaire pour essayer un jeu-vidéo révolutionnaire en réalité augmentée.
Un adolescent se fait piéger sur internet par un mystérieux individu qui le force à accomplir des défis de plus en plus risqués.
Deux jeunes femmes vivent leur amour dans un monde à part, au beau milieu de la frénésie des années 80.
Un soldat souffre d’hallucinations qui tendent à remettre à compte son engagement vis à vis de sa hiérarchie.
Une vague de meurtres d’un nouveau genre met en échec les services de police…

La Critique de Black Mirror – Saison 3 :

Si on devait énumérer les choses qui font que Netflix est incontournable, le fait que ce dernier ait commandé à Charlie Brooker une nouvelle saison de Black Mirror, figurerait pas loin du sommet de la liste. Brooker qui est donc de retour avec 6 histoires indépendantes les uns des autres. 6 histoires qui parlent de notre société par le biais d’une science-fiction remarquablement « discrète » mais pourtant omniprésente…

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Social network

Charlie Brooker s’est récemment confié à propos de l’adjectif qu’on accole souvent à Black Mirror à savoir « clairvoyant ». L’occasion de revenir sur l’épisode 3 de la saison 2 dans lequel un personnage de synthèse se présentait à des élections face à de vrais candidats. Il est vrai qu’à l’heure où quelqu’un comme Donald Trump peut parvenir à se hisser à la tête d’un pays comme les États-Unis, ce genre de fiction gagne malheureusement en consistance. Black Mirror a toujours eu pour vocation de tendre un miroir à la face de notre société mais parfois, sans même le chercher, la série a tellement mis dans le mille qu’elle en est devenue effrayante.
Chute libre, le premier acte de la saison 3, qui est d’ailleurs le seul que Brooker n’a pas écrit (on le doit à l’actrice Rashida Jones) est un nouvel excellent exemple. Dans cette dystopie dans laquelle il n’est pas difficile de se reconnaître, les likes qu’on récolte sur internet font la pluie et le beau temps de nos existences, allant même jusqu’à définir la nature de notre travail et de nos relations aux autres. Voir Bryce Dallas Howard se balader le nez collé à son smartphone, photographier son déjeuner et envoyer des pouces à tout va dans l’espoir d’exister un peu plus dans ce monde « hyper social » fait vraiment peur. Non pas au premier degré, quoi que, mais parce que cet épisode brocarde nos habitudes en extrapolant un tout petit peu. Assez pour se montrer convainquant et pertinent sans sonner comme une démonstration exagérée. La fin de l’épisode en question lui conférant encore plus de puissance.
C’est lorsque Black Mirror n’hésite pas à justement oser critiquer en se gardant bien de trop donner de leçon qu’elle s’avère la plus impressionnante. Ce n’est donc pas un hasard si Chute libre, par ailleurs réalisé par Joe Wright (Pan) est l’un des meilleurs épisodes de la série dans son intégralité.

De l’autre côté du miroir

Cela dit, le show parvient aussi à faire dans le divertissement plus « léger ». Comprendre par là, sans aborder de front une problématique précise. Comme avec le génial Playtest, de Dan Trachtenberg (10 Cloverfield Lane) et son jeu-vidéo en réalité augmenté à la Resident Evil mais en beaucoup plus flippant. On entre là dans quelque chose proche de La Quatrième Dimension ou d’Au-Delà du Réel et c’est franchement réussi. Porté par le très bon Wyatt Russell (oui, le fils de Kurt), le récit, avec son rythme trépidant, son inventivité et sa façon de mener tambour battant une intrigue redoutable d’intelligence rivalise avec certains des meilleurs films du genre. C’est fort ! Les gamers vont adorer, les fans de films d’horreur et de fantastiques aussi. Avec Playtest, Black Mirror verse dans le « cinéma » de genre et touche au vif.

Dance with the Devil

Avec ce troisième épisode signé James Watkins (Eden Lake, La Dame en Noir), Charlie Brooker revient à une réflexion plus en phase avec nos habitudes numériques et confronte ses personnages à l’insécurité en ligne, tout en tissant une intrigue digne des plus grands thrillers, dont il est difficile de voir venir l’issue. Pas du tout futuriste, l’histoire de cet ado pris au piège par un maître-chanteur en ligne, est aussi très effrayante en cela qu’elle matérialise l’existence de ces failles « numériques », mais aussi parfaitement calibrée, vu qu’elle en profite pour venir brocarder d’autres perversions qui, si elles n’ont pas attendu internet pour exister, y ont trouvé un nouvel essor. Un épisode qui peut compter sur l’excellent Alex Lawther et sur Jerome Flynn, le Bronn de Game Of Thrones, dans un joli rôle à contre-emploi.

Back To The Future

San Junipero, le quatrième épisode de cette saison 3 est probablement le meilleur. Le plus poétique aussi. Intriguant, il ne prend pas pied dans un futur proche mais dans un passé empreint de nostalgie, avant de brutalement dérouter. Nous n’en dirons pas plus au risque de gâcher la formidable surprise qu’il nous réserve. Charlie Brooker a fait très fort. En racontant une histoire d’amour à fleur de peau, il est aussi parvenu à aborder d’autres thématiques et à jouer sur les codes visuels et sonores des années 80, nous offrant un retour dans le passé à la fois savoureux, tragique et ô combien lyrique.

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Soldat de fortune

Celui-là est clairement le plus faiblard du lot. Narrant le « réveil » d’un soldat pris dans les affres d’un conflit contre des créatures monstrueuses dans un monde à la dérive, cette réflexion sur le conditionnement des soldats est bourrée de bon sens, mais la démarche n’est pas aussi fine que pour les autres épisodes. Loin d’être mauvais, Tuer sans état d’âme souffre bien évidemment de la comparaison avec les autres de cette saison 3 (et des deux précédentes), et s’avère un poil trop long également. Assez linéaire et plutôt prévisible il se laisse regarder sans mal mais ne fait pas preuve d’une audace particulière au regard des enjeux qui sont les siens. On notera néanmoins la belle performance du jeune Malichi Kirby.

Sa majesté des abeilles

On finit en beauté avec un authentique thriller mettant à l’amende 90% des séries policières qui inondent les chaînes de télévision. En partant d’une idée directement liée à l’utilisation de la technologie, Haine Virtuelle déploie des trésors d’inventivité pour nous embarquer dans une histoire retorse, dont l’issue s’avère des plus incertaines. Une chose est sûre : c’est passionnant. Les acteurs, Kelly Macdonald, l’une des stars de Boardwalk Empire et Faye Marsay, la fille maléfique qui poursuit Arya dans Game Of Thrones, portant le récit avec une intensité qui force l’admiration.

En Bref…
D’une pertinence et d’une efficacité à toute épreuve, la saison 3 de Black Mirror parvient à offrir un parfait mélange de divertissement et de réflexion. C’est malin, souvent virtuose et rythmé. Et si c’est bien l’écriture qui retient de prime abord l’attention, il faut aussi saluer la mise en image, superbe et souvent audacieuse et le jeu des acteurs, au diapason des intentions de Charlie Brooker, l’un des showrunners les plus clairvoyants de l’univers des séries TV sur qui nombre de magnats du cinéma devraient prendre exemple.

@ Gilles Rolland

black-mirror-saison3-wyatt-russell  Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 15 décembre 2016

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