[Critique] NERVE

CRITIQUES | 25 août 2016 | 1 commentaire
Nerve-poster

Titre original : Nerve

Rating: ★★☆☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateurs : Ariel Schulman, Henry Joost
Distribution : Emma Roberts, Dave Franco, Emily Meade, Miles Heizer, Machine Gun Kelly, Juliette Lewis…
Genre : Thriller/Adaptation
Date de sortie : 24 août 2016

Le Pitch :
À New York, Vee, une jeune fille plutôt timide se laisse entraîner par sa meilleure amie et finit par s’inscrire à Nerve, un jeu en ligne qui impose à ses participants des défis audacieux en échange de sommes d’argent, pendant que d’autres regardent et votent. Alors qu’elle accomplit son premier challenge, Vee se retrouve à faire équipe avec un mystérieux garçon. Ils vont acquérir ensemble une popularité grandissante, et finir par découvrir les limites de Nerve…

La Critique :
En 1995, alors que la plupart d’entre nous n’étaient pas équipés, le film Traque sur Internet nous mettait déjà en garde contre les dangers du World Wide Web. Plus de 20 ans plus tard, Nerve fait la même chose, en focalisant son discours sur les réseaux sociaux et la propension du net à annihiler la vie privée, tout en exacerbant les penchants malsains et voyeurs de certains de ses utilisateurs. Précisément ceux qui profitent à fond de la protection présumée que leur fournit le réseau pour se lâcher et adopter des comportements dont ils se privent dans la « vraie vie ». Adapté du roman Addict, de Jeanne Ryan, Nerve s’adresse donc à la génération Facebook et Snapchat et annonce la couleur dès son introduction, qui fait allègrement de la pub pour Google, Skype et compagnie, histoire, entre autres raisons mercantiles, d’ancrer son récit dans une réalité tangible pour les spectateurs.

Nerve-Juliette-Lewis

L’héroïne de Nerve est une jeune fille de 17 ans, jouée par une femme de 25, qui, avec son vélo et sa prudence vis à vis du jeu dont tout les monde parle, apparaît un peu comme l’incarnation de l’expression « avoir le cul entre deux chaises ». On ne sait pas trop ce qu’elle veut, ni où elle va, sinon qu’elle est amoureuse d’un gros bœuf et que sa meilleure copine est aussi délurée qu’elle est coincée. Le décors étant établi, on peut entrer dans le vif du sujet quand Vee, c’est son nom, commence une partie de Nerve et se met à faire des défis débiles comme embrasser un inconnu ou rouler à fond les ballons dans les rues de New York, au guidon d’une moto, les yeux bandés.
En fait, il apparaît assez rapidement que Nerve entend faire la leçon au public auquel il s’adresse, armé d’un discours bien lourdingue, car appuyé par des situations parfois débiles car trop rapidement exagérées et donc pas vraiment réalistes. On imagine par exemple ainsi mal comment un attroupement de 50 personnes, le nez collé à leur smartphone en train de suivre d’autres gens pour les inciter à faire des conneries dans une ville aussi surveillée que New York, n’attire pas davantage l’attention de la police. Il suffit de voir le bordel qu’a déclenché Pokémon Go dans certaines villes, avec tous les dérapages qui vont avec, pour se rendre compte que Nerve prend pied dans un univers qui, si il ressemble au notre, n’est pourtant habité que par deux genres de personnes : ceux qui jouent et les autres, des espèces de moldus qui n’entravent que dalle et qui, de toute façon, n’en ont rien à faire. À commencer par la mère de Vee, incarnée par Juliette Lewis. Une femme tellement larguée et naïve, qu’elle dénote à elle seule de l’écriture hyper bancale du long-métrage.

Sorte de conte de fée, sans fée, mais avec des crétins inconscients qui ne peuvent exister que par le biais de leur profil internet, Nerve nous offre une leçon, pleine de démagogie et sans aucune demi-mesure. Au début néanmoins, la sauce prend assez rapidement, grâce à une mise en image « catchy » et à un montage au diapason. Il faut aussi reconnaître qu’Emma Roberts et Dave Franco font le maximum pour porter le projet le plus haut possible, tandis qu’ils se baladent dans un New York bien sûr toujours aussi cinégénique. Nerve leur doit de toute évidence beaucoup. On retrouve aux manettes le duo déjà responsable de Paranormal Activity 3 et 4 et du documentaire Catfish, qui traitait déjà des dérives d’internet. Des metteurs en scène manifestement portés sur la chose numérique, qui oublient néanmoins de faire preuve de mesure tant leur film manque de substance.

En l’état, sans être désagréable, Nerve est surtout une belle coquille vide. Pas trop belle, mais suffisamment pour accrocher le regard. Pour le reste, rien de vraiment consistant à se mettre sous la rétine. Encore moins quand, à la fin, le long-métrage se la joue Mr. Robot, sans aucune vergogne. Avec ses hackers du dimanche et la façon hyper bâclée dont il dénoue son intrigue, il finit par décevoir un peu plus qu’il n’avait réussi à le faire jusqu’alors. En quelques mots, on peut ainsi le définir comme un pur produit de son époque qui se limite, comme un clip MTV 2.0, à une succession d’images calquées sur un scénario prétexte, qui s’adresse à un public qu’il ne prend jamais vraiment au sérieux.

@ Gilles Rolland

Nerve-Emma-Roberts-Dave-Franco  Crédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Gilles Rolland le 25 août 2016

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