[Critique] TERMINATOR : DARK FATE

CRITIQUES | 24 octobre 2019 | Aucun commentaire
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Titre original : Terminator : Dark Fate

Rating: ★★★☆☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : Tim Miller

Distribution : Linda Hamilton, Mackenzie Davis, Natalia Reyes, Arnold Schwarzenegger, Gabriel Luna, Diego Boneta, Edward Furlong…

Genre : Science-Fiction/Action/Suite/Saga

Durée : 2h09

Date de sortie : 23 octobre 2019

Le Pitch :

Bien des années se sont écoulées depuis que Sarah Connor, son fils John et le Terminator envoyé pour protéger ce dernier ont évité le Jugement dernier et l’avènement des machines. Au Mexique, Dani, une jeune femme sans histoire, devient du jour au lendemain la cible d’une créature d’un nouveau genre. Un Terminator protéiforme venu du futur, que Grace, une humaine « augmentée » elle aussi en provenance du futur, a été chargée de détruire afin de protéger Dani. Leur route ne tardant pas à croiser celle de Sarah Connor, qui n’a jamais cessé de mener sa propre guerre contre les machines…

La Critique de Terminator : Dark Fate :

La saga Terminator est devenue avec les années un bon gros sac de nœuds. Débutée en 1985 par James Cameron, elle s’est poursuivie en 1991, toujours avec Cameron aux commandes, avec le monumental Terminator 2. Une référence à laquelle Jonathan Mostow a tenté de se montrer digne, en 2003, avec Terminator 3 : le Soulèvement des machines. Puis c’est McG qui a pris la main en 2009 avec Terminator Renaissance. Un film qui pour sa part, imaginait la fameuse guerre tant redoutée entre les humains et l’intelligence artificielle Skynet. 6 ans plus tard, alors que c’était déjà bien le bordel, Alan Taylor en rajouta une couche et tomba un peu dans le grand n’importe quoi avec Terminator Genisys. Blockbuster bizarroïde qui n’a pas convaincu grand-monde, tout en faisant un gros flop au box-office. De quoi enterrer la franchise ? Que nenni ! Car c’était sans compter sur James Cameron, qui avait une idée derrière la tête. Idée qu’il a à peine développé entre deux sessions de tournage sur Avatar 2 et 3 avant de refiler la caméra à Tim Miller, le réalisateur de Deadpool, et garder pour lui la casquette de producteur. Son nouveau Terminator, le sixième donc, effaçant de la timeline de la saga tous les films sortis après T2 et faisant donc revenir sur le devant de la scène Sarah Connor. C’est un peu le grand truc en ce moment. Quelques mois après Halloween de David Gordon Green, qui lui aussi oubliait toutes les suites du chef-d’œuvre de John Carpenter, Dark Fate prend la suite du 2 avec un mépris affiché pour le travail de tous les réalisateurs s’étant frottés au mythe depuis 2003. Une démarche un peu discutable qui de plus, n’encourage pas vraiment l’indulgence. Même si quelque-part dans l’ombre, Cameron a toujours dit veiller au grain. Dark Fate qui a donc fait l’objet d’un bon nombre de doutes, devant se montrer à la hauteur des ambitions affichées. Ce qui n’est malheureusement pas vraiment le cas. En dépit de quelques qualités indéniables…

Terminator-Dark-Fate-Mackenzie-Davis

Retour vers le futur du subjonctif imparfait

Alors que Terminator 3 : Le Soulèvement des Machines l’avait enterré, Dark Fate ramène Sarah Connor à la vie et en fait une sorte de chasseuse de Terminators bien badass. Linda Hamilon retrouvant ainsi son rôle iconique pour le plus grand plaisir des fans. Sa présence au générique étant LA bonne idée du film. Parfaite, solide, impressionnante et totalement dans le ton, l’actrice tient la baraque avec assurance et devient vite la garante d’une émotion vraiment salvatrice. Linda Hamilton parvenant vraiment à faire le trait d’union entre T2 et Dark Fate sans se départir d’une touche d’humour pince sans rire pour le coup très bien amenée. Mais pour autant, l’histoire que James Cameron a imaginé ne la place plus vraiment au centre de la dynamique comme on pouvait s’en douter. Le futur redouté a changé mais reste à éviter. D’où l’arrivée dans la partie d’une nouvelle cible, la jeune Dani, une femme amenée à jouer un grand rôle dans la guerre contre les machines, et d’un nouveau protecteur, soit une protectrice, à savoir Grace, cette guerrière humaine génétiquement modifiée ou un truc du genre. Un emprunt à Terminator Renaissance, dans lequel Sam Worthington campait déjà un hybride. Renaissance n’étant d’ailleurs pas le seul film de la saga auquel Dark Fate fait des emprunts. Car au fond, c’est un peu à cela qu’il se résume au bout du compte : à une succession d’emprunts. Dark Fate se contentant bien souvent de se calquer sur les deux premiers volets, piquant à droite à gauche quelques éléments des épisodes « effacés » pour raconter une histoire elle aussi très similaire à celle de T2, avec une proie et un prédateur. Les enjeux étant plus ou moins les mêmes, à quelques détails pas super solides près et un discours post #metoo visiblement forcé et plutôt opportuniste. Discours qui oublie qu’avant, Terminator et Terminator 2 étaient déjà de grandes œuvres féministes. Et ce sans absolument chercher à en convaincre le public. Mais bon, c’est dans l’air du temps et au fond, MacKenzie Davis, Linda Hamilton et Natalia Reyes se montrent dignes de la mission qui leur a été confiée. Sans compter que ça fait quand même hyper plaisir de voir une femme de plus de 60 ans à l’écran, dans un rôle comme celui de Sarah Connor. Rien que pour ça…

I’ll be back (enfin peut-être c’est pas sûr)

Souvent assez feignant, quand il singe sans parvenir à se montrer aussi efficace, ses prédécesseurs, parfois un peu crétin, quand il cherche absolument à nous ressortir des gimmicks emblématiques de la saga (le « je reviendrai » de Sarah tombe par exemple comme un cheveu sur la soupe), trop sûr de lui et par moment bien bordélique, Dark Fate n’est pas la catastrophe redoutée mais pas non plus l’éclatante réussite qu’il aurait pu être si Cameron s’était vraiment investi. Un film qui reste au bout du compte franchement dispensable, avec sa porte ouverte sur une autre trilogie qu’on n’est pas vraiment sûr d’avoir envie de voir. Le pire, c’est que cela commence plutôt mal, avec l’explication justifiant le retour de Sarah Connor et l’absence de son fils John. Mais finalement, ce nouveau Terminator 3 se plante à peu près systématiquement à chaque fois qu’il doit répondre aux grandes questions qu’a entraîné sa mise en chantier. Des questions comme « pourquoi John Connor n’est plus là ? » Pourquoi est-ce que des Terminators continuent d’arriver du futur ? » et surtout « Comment le T-800 peut-il encore faire partie du paysage ? ». Et c’est là qu’Arnold Schwarzenegger entre dans la danse. Nous ne dévoilerons bien sûr pas le pourquoi du comment de sa présence mais là encore Dark Fate peine à convaincre. Même si Arnold lui, toujours à l’aise dans un rôle qu’il pourrait jouer en dormant, fait le job avec classe et prestance. En dépit de l’écriture du personnage, étrange, clivante, peut-être audacieuse mais résolument casse-gueule. Mais tant pis… tant pis car le T-800 permet de raccrocher les wagons et ses scènes restent parmi les meilleures du film. C’est d’ailleurs un peu comme ça qu’on se résout à considérer Dark Fate : tant pis pour les défauts car le show est là. Tant pis pour Tim Miller, dont la mise en scène est parfois brouillonne, car il sait aussi faire preuve de fulgurance et dommage pour les effets-spéciaux numériques inégaux. Tant pis pour le côté remake opportuniste de T2, avec une relecture encore plus high-tech du T-1000 mais pour autant pas aussi efficace (surtout que l’interprète, Diego Luna, n’a pas un quart du charisme de Robert Patrick). Tant pis car le résultat reste divertissant et quoi qu’il en soit moins bordélique que Genisys.

Reste que ce nouveau film finit d’imposer ce qui, avec les années, est devenu une évidence : est-ce que Terminator 2 appelait forcément une suite ? Non bien sûr. Mieux valait à l’époque, et à plus forte raison aujourd’hui, maintenant que bon nombreux de réalisateurs s’y sont cassés les dents, imaginer ce futur. Imaginer le devenir de Sarah Connor et celui de John. C’est aussi à cela que sert le cinéma. À booster l’imagination. À nourrir l’inconscient. Mais on le sait, malheureusement, l’imagination à Hollywood de nos jours, n’a plus la place qui était la sienne dans les années 80/90 (et avant). L’heure est au grand recyclage. Y compris quand on affirme le contraire…

En Bref…

Ce nouveau Terminator 3 est peut-être plus ambitieux que le précédent Terminator 3 mais reste tout de même moins efficace, moins direct et paradoxalement moins sombre. Mais Sarah Connor assure et grâce à elle, ainsi qu’au talent des autres actrices et à la prestance du grand Arnold, le film fait le job. Le temps d’une séance. Loin de fasciner autant que les deux premiers volets, il s’impose comme un divertissement léger, dispensable et maladroit, plutôt fragile par endroits mais généreux. Le genre de truc que Martin Scorsese appellerait probablement un roller coaster.

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : 20th Century Fox France
Par Gilles Rolland le 24 octobre 2019

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