[Critique] LA FILLE DU TRAIN

CRITIQUES | 27 octobre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : The Girl On The Train

Rating: ★★½☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Tate Taylor
Distribution : Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Edgar Ramirez, Allison Janney, Lisa Kudrow, Laura Prepon…
Genre : Thriller/Adaptation
Date de sortie : 26 octobre 2016

Le Pitch :
Tous les jours, Rachel prend le même train, direction New York. Tous les jours elle s’assoie à la même place et contemple le paysage, inventant des histoires aux gens qui défilent de l’autre côté des fenêtres du wagon. Au point de s’attacher à certaines de ces personnes. Des personnes comme Megan, une jeune femme dont la vie s’apprête à basculer…

La Critique de La Fille du Train :

Carton de librairie, le roman de Paula Hawkins s’est vendu comme des petits pains. Un succès qui a encouragé cette adaptation cinéma, pilotée par Tate Taylor, le réalisateur de La Couleur des Sentiments et de Get On Up, le biopic de James Brown. Un film qu’on a très vite tenté de nous vendre comme le nouveau Gone Girl, parce qu’il est toujours plus facile de refourguer un truc en tant que « nouvelle version d’un culte bien identifié » plutôt qu’en tant que « nouveau truc sorti de nulle-part ». Pour autant, il est évident, au fil des minutes, que La Fille du Train ne sera ni aussi intense, ni aussi complexe ou ambigu, ou tout bonnement ni aussi bon et maîtrisé que le film de David Fincher…

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Un itinéraire avec encombres

L’histoire de La Fille du Train est plutôt pas mal ficelée. Là n’est pas le problème. On peut s’amuser à deviner qui a fait quoi, qui raconte des mensonges, qui dit la vérité ou tout simplement se laisser porter. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une intrigue conventionnelle, qui cache ses faiblesses et sa banalité dans de fausses fulgurances violentes et/ou crues. Il y a juste ce qu’il faut de sexe pour bien nous faire comprendre qu’on est ici en face d’un spectacle pour adultes et juste assez de violence pour montrer qu’on n’est pas là pour rigoler. Le soucis étant que jamais ou presque le film n’arrive à dépasser ou à ne serait-ce que déguiser la condition très balisée d’un scénario adapté d’un livre que beaucoup ont déjà rangé dans la catégorie littérature de gare. Au fond, pas besoin de l’avoir lu pour comprendre que c’est effectivement le cas. Il n’y a pas de véritable exigence dans le déroulement du récit, juste des artifices. La progression est laborieuse, à l’image de ces flash-backs franchement pas limpides et de cette propension à en faire des caisses pour compliquer inutilement quelque chose de simple. Et effectivement, c’est à mesure que La Fille du Train brouille les pistes, en jouant sur un registre froid (jusque dans la photographie), qu’il tente de venir chatouiller Gone Girl, ne parvenant qu’à mettre en exergue ses propres travers.
Mais si ce thriller est assurément prétentieux et beaucoup moins retors qu’il semble le penser, certains de ses rebondissements fonctionnent, à la manière d’une petit série B. Surtout quand se dessine le dénouement, prévisible mais relativement correct. Surtout si on considère la façon bancale dont il est amené, au rythme d’une narration qui s’intéresse successivement aux trois personnages féminins qui portent le tout. C’est gros, car trop axé sur cet ardent désir d’en mettre plein la vue, mais au fond, quand on accepte ce caractère outrancier, ça fonctionne un peu.

Un casting à la rescousse

Les trois comédiennes qui portent le film, soit Emily Blunt, Rebecca Ferguson (découverte dans Mission Impossible : Rogue Nation) et Haley Bennett, sont évidemment pour beaucoup dans le fait que si il n’est jamais bien loin de le faire, La Fille du Train ne s’écroule jamais totalement. Et tant pis si Emily Blunt est poussée dans ses derniers retranchements et en fait un peu des caisses, elle qui fut jusqu’alors si mesurée. Au fond, c’est un peu la même chose pour Haley Bennett, dont le rôle , pas évident, n’est qu’une longue succession de clichés, mais qui parvient à en tirer le meilleur, à force d’un talent probant et d’un charisme pour le coup mis en valeur. Rebecca Ferguson quant à elle, était beaucoup plus à l’aise dans l’action aux côtés de Tom Cruise, mais se fond néanmoins dans le décors sans faire trop de vagues.
Pour autant, il semble évident que le scénario n’a pas laissé d’autres choix à ses actrices et aux autres membres du casting, d’assumer une outrance que tous se partagent. Justin Theroux, si ambigu dans The Leftovers, livre d’ailleurs lui aussi une performance qui rappelle le côté brouillon de l’histoire. C’est comme ça et dès lors qu’on l’a accepté, La Fille du Train se laisse gentiment regarder. Le temps est long, mais Tate Taylor, même si il n’est pas David Fincher, limite les dégâts. Son film n’a rien d’exceptionnel mais rien de scandaleux non plus, si ce n’est quelques petits détails qui contribuent à le rendre ridicule à certains moments clés, quand plus de sobriété aurait été de mise.

En Bref…
La Fille du Train préfère opter pour l’outrance, au lieu de jouer sur l’ambiguïté. Avec ses gros sabots, il prétend imposer une histoire complexe, mais ne fait qu’aligner les clichés. Les acteurs font heureusement le job, et tant pis si leur investissement aurait mérité une plus grande rigueur sur bien des niveaux, pour au final déboucher sur quelque chose de plus consistant que ce petit thriller plus anecdotique que prévu.

@ Gilles Rolland

la-fille-du-train-emily-blunt  Crédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Gilles Rolland le 27 octobre 2016

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