[Critique] LA CHUTE DE LONDRES

CRITIQUES | 2 mars 2016 | 1 commentaire
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Titre original : London Has Fallen

Rating: ★★★½☆
Origines : États-Unis/Grande-Bretagne/Bulgarie
Réalisateur : Babak Najafi
Distribution : Gerard Butler, Aaron Eckhart, Morgan Freeman, Alon Aboutboul, Angela Bassett, Robert Forster, Jackie Earle Haley, Melissa Leo, Radha Mitchell…
Genre : Action/Suite
Date de sortie : 2 mars 2016

Le Pitch :
Les plus grands chefs d’état du Monde sont attendus à Londres pour les funérailles du Premier Ministre britannique. Rapidement, les choses tournent extrêmement mal quand des hommes infiltrés dans les forces de l’ordre anglaises mettent à exécution leur plan, pilotés depuis l’étranger par un mystérieux ennemi. Alors que la ville sombre dans le chaos, Mike Banning, le chef de la sécurité de la Maison-Blanche tente par tous les moyens d’exfiltrer le Président. La journée va être longue…

La Critique :
Le cinéma a depuis toujours tenté d’exorciser les démons de son époque. Parfois avec finesse, en tendant par exemple un miroir à la société, mettant en exergue des problèmes bien réels, d’autre fois en proposant d’habiles métaphores, en dénonçant ou plus simplement en illustrant de grands événements passés, de manière à remettre en perspectives des préoccupations actuelles. Hollywood a tout fait. Y compris foncer dans le tas, avec de gros films bien bourrins, manichéens au possible et totalement dénués du moindre complexe. Hier, la Cannon produisait ce genre de film (entre autres boites de production). Des longs-métrages dans lesquels on pouvait voir par exemple Chuck Norris botter le cul des terroristes à lui tout seul dans une ville ravagée par la violence. Certains se sont même fait les spécialistes de ce genre de divertissements. Pour le meilleur, avec des œuvres phares comme les premiers Die Hard ou pour le pire, avec les tonnes de séries Z fauchées produites à la chaîne dans l’espoir de récupérer les fans d’action décomplexée, peu regardant sur la qualité de la réalisation, de l’interprétation ou des effets-spéciaux.
Depuis, la tendance s’est un peu amoindrie. Néanmoins, de temps à autre, un film vient raviver la flamme de ces spectacles rentre-dedans. Des films comme La Chute de la Maison-Blanche, d’Antoine Fuqua ou bien sa suite, qui déboule dans un contexte ô combien sensible, avec la ferme intention de ne pas faire dans la dentelle…

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Propulsé par Millenium, une sorte d’héritière de la Cannon, La Chute de Londres aurait pu, vu l’actualité, voir sa sortie repoussée voire annulée. Si on considère que le film parle de quelque chose de malheureusement très tangible, il aurait été logique de voir un mur s’élever entre lui et le public. Pourtant, le long-métrage s’est frayé un chemin jusque dans les salles obscures. Avec ses terroristes prenant Londres en otages, ses chefs-d’état dézingués les uns après les autres, ses explosions et son super-héros sans super-pouvoirs, seul contre tous.
Alors oui, La Chute de Londres ne prétend pas à autre chose qu’à caresser dans le sens du poil les amateurs d’action old school, désireux de voir un type ordinaire casser du bad guy en balançant des répliques qui tuent sans jamais se départir d’une attitude cool totalement hors sujet. Un public bien présent, en demande d’un autre John McClane, pour exorciser ses craintes, sans trop se préoccuper de choses ici de toute façon encombrantes, comme le réalisme, la logique ou encore le bon goût.
Avec sa tronche burinée, Gerard Butler était le candidat parfait. Pas trop baraqué, il appelle à une certaine identification, et se positionne en quelque sorte entre un Jack Bauer et le genre de héros qui pullulaient dans le cinéma d’action des années 80. Comme le protagoniste de 24, lui aussi peut régler une situation épineuse en quelques heures, armé jusqu’aux dents et toujours enclin à faire souffrir à outrance tous ceux qui pourraient se mettre en travers de son chemin.
Le personnage de Butler, Mike Banning a pris du galon depuis La Chute de la Maison-Blanche. Avant tricard pour avoir laissé la Première Dame mourir, afin de sauver le Président, il est ici totalement réhabilité. Il sait tout avant tout le monde, est littéralement increvable, sait se battre mains nues et pourrait dégommer une mouche sur le cul d’une mouette en mouvement à 500 mètres avec son flingue réglementaire.
Sur le terrain, forcément, quand il s’agit de sauver les fesses du Président, auquel il parle comme à un pote de beuverie, Banning ressemble à un psychopathe lâché en liberté. Il tranche, tire et tue, sans oublier de faire des traits d’humour. Jamais il ne se décourage et jamais il ne doute de son talent. En somme, il est la réincarnation des Chuck Norris et autres Steven Seagal des glorieuses 80’s et 90’s. Il est le petit grain de sable capable de foutre une merde pas possible dans la machinerie terroriste et en toute logique, le second film à narrer ses aventures se positionne comme une sorte de remake de tout un tas de longs-métrages sortis il y a une vingtaine d’années.

Tous les clichés du genre se retrouvent dans La Chute de Londres. Sans exception. Du mec super burné au Président héroïque, en passant par le staff de la Maison-Blanche dépassé, sans oublier la femme enceinte jusqu’aux yeux restée à la maison, personne ne manque à l’appel et c’est précisément ça qui est bon. Cette suite continue sur la même lancée que son prédécesseur. Elle joue sur les mêmes ressorts et ne cherche pas à péter plus haut que son cul.
On aurait pu craindre que le départ d’Antoine Fuqua au bénéfice d’un illustre inconnu allait plomber le show mais pas du tout. En regardant plus attentivement la filmographie du type en question ,un dénommé Babak Najafi, on aurait d’ailleurs pu être rassurés. Après tout, il a officié en tant que metteur en scène sur Banshee, soit LA série d’action la plus jubilatoire depuis des lustres. Ainsi, son boulot sur La Chute de Londres fait honneur à celui d’Antoine Fuqua. Précise, sa réalisation embrasse les codes du genre et rend l’action lisible. Percutante, elle sait aussi se montrer carrément virtuose, comme dans ces deux incroyables et hyper longs plans-séquences, dans le dernier tiers, qui suivent Gerard Butler en pleine guérilla urbaine, sans jamais défaillir et en accentuant au taquet l’immersion, comme peut d’artisans actuels savent le faire.
Il est comme ça ce film : il vogue sur une mer de clichés, et parfois enchaîne les fulgurances visuelles, sans se départir d’un esprit sévèrement badass.
Rajoutez à cela un Gerard Butler en pleine forme, un Aaron Eckhart appliqué et un Morgan Freeman professionnel jusqu’au bout des ongles, et vous obtiendrez un pur film coup de boule comme on en voit peu ces derniers temps.

Pour ce qui est du scénario par contre, on ne va pas se mentir, La Chute de Londres ne vole pas haut. Au ras des pâquerettes, il joue comme au bon vieux temps sur limage d’une Amérique glorieuse, propre de tous soupçons quant à son engagement à l’étranger. L’intrigue progresse, à coups d’idées foireuses et toutes les questions un peu épineuses relatives à la teneur de l’intrigue sont traitées par-dessus la jambe, comme pour nous dire qu’ici, l’histoire n’est qu’un prétexte à des bastons et qu’après tout, si vous voulez de la géo-politique et bien vous feriez mieux de regarder Homeland.
Hyper caricatural, notamment quand il fait le portrait des chefs- d’état (l’italien est un queutard, le français un branleur un peu précieux, le japonnais est à la ramasse, la chancelière allemande est catatonique, les anglais suspicieux, etc), le film semble sorti d’une machine à voyager dans le temps. Si on fait exception des quelques effets-spéciaux dégueulasses dénotant d’une utilisation abusive d’images de synthèse bon marché, on jurerait qu’un tel truc nous vient directement de 1988 et que Ronald Reagan est toujours au pouvoir, bien tranquillement assis sur ses certitudes.
Rien ne sert alors de jouer à analyser le discours de La Chute de Londres. Le scénario a été bâclé. Seul le spectacle compte. Et finalement, quand on le prend sous cet angle, soit de la façon dont il doit être envisagé, le long-métrage s’avère cohérent. Généreux aussi et pour le coup, parfaitement efficace.
Et si on en croit la fin, ce n’est pas fini…

@ Gilles Rolland

La-Chute-de-Londres-Gerard-Butler-Aaron-Eckhart  Crédits photos : SND

Par Gilles Rolland le 2 mars 2016

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