[Critique] BABY DRIVER

CRITIQUES | 17 juin 2017 | Aucun commentaire

Titre original : Baby Driver

Rating: ★★★★★
Origine : Grande-Bretagne
Réalisateur : Edgar Wright
Distribution : Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Jon Hamm, Jamie Foxx, Eiza Gonzalez, Flea, Jon Bernthal, R. Marcos Taylor…
Genre : Thriller/Action
Date de sortie : 19 juillet 2017

Le Pitch :
Souffrant d’acouphènes depuis qu’il a été victime d’un accident de voiture quand il était enfant, Baby passe son temps des écouteurs vissés aux oreilles, et a fait de la musique le centre de son univers. Y compris quand il met ses incroyables talents de chauffeur, au service du chef d’une organisation qui se livre très régulièrement à des braquages. Désireux de décrocher et de revenir à une existence normale, il rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux et entrevoit un avenir plus serein. Mais c’était sans compter sur son employeur qui ne semble pas prêt à le laisser partir comme il l’entend. Baby va devoir manœuvrer avec maestria et audace si il veut éviter la sortie de route…

La Critique de Baby Driver :

Victime du système hollywoodien moderne, Edgar Wright se fit éjecter du projet Ant-Man sur lequel il avait bossé de longues années, voyant certaines de ses idées exploitées par un autre, Peyton Reed en l’occurrence, pour le compte d’un studio (Marvel) peu enclin à laisser les coudées libres à ceux qui sortent un peu trop du cadre imposé. Un mal pour un bien ? Nous ne le serons pas tant le Ant-Man que Wright avait en tête ne sortira justement jamais. Cela dit, si tout s’était passé comme prévu, nous n’aurions peut-être pas eu la chance de voir le réalisateur se tourner vers un projet beaucoup plus personnel, soit Baby Driver, dans lequel il a non seulement mis tout son talent mais qui représente aussi la quintessence de son cinéma. Attention, le chef d’orchestre de la Cornetto Trilogy (Shaun Of The Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la Fin du Monde) est de retour ! Ne cherchez pas plus loin le film de l’été 2017 (voire de l’année)…

Baby-Driver-Eiza-Gonzalez-Jon-Hamm

Pied au plancher

Dès ses débuts dans la série Spaced, qu’il a portée avec son ami Simon Peg (et Nick Frost), Edgar Wright a imposé un style de mise en scène très rythmé, notamment basé sur un montage millimétré. Style qu’il n’a cessé d’affiner au fil des années et qui a fait des merveilles avec Shaun Of The Dead, mais surtout Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la Fin du Monde, où son œil acéré donnait lieu à des affrontements à la fois très référentiels et virtuoses. Alors que beaucoup se seraient reposés sur cette formule, Wright lui, a plutôt cherché à toujours avancer et à prendre une somme considérable de risques. Avec Baby Driver, il démontre avec une audace renouvelée que son cinéma n’a définitivement rien de statique. Qu’il évolue, en recherche constante, prenant le public par surprise et imposant des figures de style qui font souffler à elles seules un vent de fraîcheur sur la production filmique moderne, souvent empêtrée dans des clichés parfois mal digérés.
En cela, il serait juste que Baby Driver récolte le même genre de lauriers que La La Land tant lui aussi base sa dynamique sur une grande chorégraphie, aussi savante que sonnant avec une évidence rare, et un sens de la rythmique dévastateur, propice à des enchaînements et des trouvailles folles dont seul un cinéaste en pleine possession de ses moyens, avec les coudées libres, peut se fendre sans déraper.
La scène d’introduction, à base de longs plans, où la musique, omniprésente, se mêle avec les événements, outrepassant largement le « rôle » de toile de fond, suffit pour s’en convaincre. Alors que Baby, le héros incarné par Ansel Elgort (Nos Étoiles Contraires), déambule insouciant dans la rue, le moindre bruit, le plus petit et en apparence insignifiant mouvement, vient appuyer et illustrer les inclinaisons du morceau choisi.

Playlist idéale

Et justement la musique parlons-en. Ici, c’est un personnage. Un personnage posé sur l’épaule du héros, qui masque les acouphènes qui lui rappellent la tragédie qui l’a façonné en tant qu’adulte et qui l’aide à appréhender un quotidien et des événements qui prennent la forme dans son existence de scènes d’un film qu’il se construit, perpétuellement en mouvement, imprévisible, galvanisant et excitant. Que Wright choisisse de piocher dans le répertoire Stax ou dans le rock avec cette incroyable fusillade/poursuite (la meilleure depuis celle de Heat de Michael Mann c’est dire à quel point on se situe dans la stratosphère) au son du Hocus Pocus du groupe Focus, tous les morceaux ont leur utilité et servent la progression de l’intrigue et la dramaturgie. Via les paroles, le rythme ou simplement les saveurs et les images qu’ils convoquent. À l’instar de Damien Chazelle dans La La Land, Edwar Wright fait de son film une partition millimétrée. Une sorte de comédie musicale superbement déviante et cool où personne ne chante mais où la valse des voitures lancées à pleine vitesse, les coups de feu et les répliques claquent au diapason de la batterie, de la guitare et des voix des artistes présents sur la bande-originale. Le tout, il convient vraiment d’insister là-dessus, avec une précision chirurgicale folle et une inspiration de tous les instants. Forcément, c’est jubilatoire.

Rapide et furieux

Au final, Edgar Wright remodèle complètement les contours du film de braquage pour notre plus grand bonheur. Il s’approprie des codes et les gimmicks bien connus et leur offre un lifting classieux pour assembler un récit nerveux qui interdit toute notion d’ennui. Baby Driver, c’est du grand cinéma. Un pur shoot d’adrénaline qui jamais n’a recours à des raccourcis. Sorte d’alternative burnée aux explosions gargantuesques de Fast & Furious et à la violence sourde et maniérée de Drive, il convoque toute l’éloquence d’une certaine pop culture qu’il met au service d’un élan collectif pour se hisser largement au-dessus de la masse et de ses excès en tous genres. Le tout sans être prétentieux, ce qui est d’autant plus dingue quand on se rend compte de l’ampleur de cette étonnante démonstration de force.
Le casting de son côté, insuffle de la classe au film. Tous les acteurs jouissant de partitions travaillées, même si, aussi bien écrit soit-il, Baby Driver ne possède pas la même verve que la Cornetto Trilogy, qui traduisait du génie et de la merveilleuse alchimie du trio Wright/Pegg/Frost. Mais ne faisons pas la fine bouche car Baby Driver, sur la papier aussi, parvient à dépoussiérer un genre qui en avait bien besoin. Moins de références mais une prose vivante, parfaite pour donner du corps à des personnages puissants. Ansel Elgort, sur lequel beaucoup n’auraient pas misé, ayant ignoré ses premiers faits de gloire, prouve qu’il a de la ressource et sublime à lui tout seul cette sorte de figure mystérieuse déjà au centre de Drive. Avec un joli sens de la mesure, il fait du pied aux grandes figures hollywoodiennes, Steve McQueen en tête, et tient tête à un Kevin Spacey une nouvelle fois impérial et plus complexe qu’il n’y paraît. Quel plaisir également de retrouver Jon Hamm, dont le charisme suffit à faire le job, surtout compte tenu de l’inclinaison que prend son personnage à mesure que l’histoire progresse. Jamie Fox aussi est excellent, lui qui a écopé du rôle le plus « simple » au premier abord, mais dont la fougue et le talent savent exploiter les subtilités. Eiza Gonzalez, la révélation de la série From Dusk Till Dawn, est aussi géniale que troublante, à l’instar de Lily James, la caution « innocence » de ce film en forme de conte sur la rédemption, sur le pouvoir de l’amour, sur la mort et l’importance d’aller de l’avant pour ne pas s’enliser.
Une distribution surprenante au service d’un long-métrage bourré à raz la gueule d’action. Pas dans le sens où on l’entend généralement. Baby Driver n’est pas bourrin mais il envoie du lourd. Il fait parler la poudre, fait crisser les pneus sur l’asphalte et ronfler les moteurs, mais se montre aussi d’une sophistication suprême, sans même avoir l’air de le rechercher. La marque des grands. Un signe parmi d’autres qu’on a ici affaire à un chef-d’œuvre.

En Bref…
Trip incroyablement tendu, galvanisant, sexy, furieux et excitant, Baby Driver renouvelle à lui tout seul le film de braquage. Sous ses apparats de thriller conventionnel, il pousse tous les compteurs dans le rouge et propose un spectacle incroyable, au sein duquel la musique tient le premier rôle. Une expérience de cinéma aussi intense, on n’en voit pas tous les jours. Idem pour la maîtrise dont fait preuve Edgar Wright, qui ici, a une nouvelle fois fait très fort.

@ Gilles Rolland

Baby-Driver-Ansel-Elgort  Crédits photos : Sony Pictures Releasing France

Par Gilles Rolland le 17 juin 2017

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